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Le drame de Munich hante les Jeux

Londres 2012

Malgré une forte mobilisation, le CIO refuse d’accorder une minute de silence en souvenir des athlètes israéliens assassinés il y a quarante ans aux JO de Munich. Débat.

Par Renaud Malik. Mis à jour le 28.05.2012
Le massacre perpétré durant les JO de 1972 a coûté la vie à 17 personnes au total.

Le massacre perpétré durant les JO de 1972 a coûté la vie à 17 personnes au total.
Image: AP

LA QUESTION DU JOUR: La politique peut-elle se servir du sport?

RAPPEL DES FAITS

L’assaut
Le 5 septembre 1972, un commando palestinien investit le village olympique et prend en otage la délégation israélienne, réclamant la libération de 200 prisonniers arabes.

L’issue tragique
A l’aéroport de Munich, où ont été conduits les otages, la police allemande tente en vain de les libérer. Bilan: 17 morts, dont 11 Israéliens.

L’hommage
Après une pause de 34?heures pour rendre hommage aux disparus, les Jeux reprennent, sous haute surveillance.

Dangereuse minute de silence

Par Renaud Malik, journaliste

Faire des Jeux olympiques un lieu de stricte neutralité: le rêve de Coubertin, on le sait, s’est souvent heurté à la réalité. Dès l’instant où les JO ont bénéficié d’une audience planétaire, ils sont devenus un enjeu majeur de géopolitique internationale.

C’est à Munich, il y a tout juste 40?ans, que la démonstration en a été faite de la pire manière qui soit. Le 5 septembre 1972, un commando palestinien faisait irruption sur le site des JO, séquestrant des membres de la délégation israélienne. Cette prise d’otages, qui s’est soldée par la mort de 17?personnes, demeure la plus grande tragédie de l’histoire de l’olympisme.

Doit-on commémorer?cet événement par une minute de silence le 27 juillet, lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Londres? Oui, estiment certains, qui assurent qu’un tel hommage ne ferait que réaffirmer l’idéal pacifique prôné par le baron de Coubertin.

Le CIO, pourtant, ne veut rien savoir. En dépit d’une mobilisation internationale, l’organisation a fait savoir qu’elle ne rendrait hommage aux onze victimes israéliennes de Munich qu’en présence de la délégation israélienne, et hors du stade olympique.

On aurait tort d’y voir de la lâcheté, ou de l’hypocrisie. Car, en dépit de ce que prétendent ceux qui exigent une minute de silence le 27 juillet, cette dernière serait bel et bien un acte de nature politique, au vu du contexte international explosif au Proche-Orient. Le CIO n’a nullement envie d’entrer dans ce jeu, et on le comprend. Ce serait mettre le doigt dans un engrenage bien trop dangereux pour lui.

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Rarement une minute de silence avait fait autant de bruit. A deux mois des JO de Londres, le débat fait rage autour de l’opportunité de rendre un hommage silencieux, lors de la cérémonie d’ouverture, aux athlètes israéliens tués par un commando palestinien aux Jeux de Munich il y a quarante ans. Un débat qui prend aujourd’hui la tournure d’un bras de fer entre l’Etat israélien et le CIO.

Campagne sur le Web En Israël, la mobilisation est incarnée par Danny Ayalon, vice-ministre des Affaires étrangères. Membre du parti nationaliste Israël Beitenou, il mène une campagne active sur les réseaux sociaux pour obtenir un geste de Jacques Rogge, président du Comité international olympique. «Tout ce que nous demandons, c’est une minute, clame-t-il sur sa page Facebook. L’idée est raisonnable, juste et morale. Elle symbolise la solidarité entre les pays participant aux Jeux olympiques.» Des arguments relayés par certains membres du Congrès américain, par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), ainsi que par des ONG actives contre le terrorisme.

Le président du CIO ne semble pourtant pas décidé à plier. Dans une lettre adressée à Danny Ayalon, il a récemment rappelé que le CIO avait rendu hommage «à plusieurs occasions» aux victimes du massacre de Munich, et qu’il continuerait de le faire «en coopération étroite avec le Comité olympique israélien». Traduction: oui aux hommages, tant qu’ils restent cantonnés hors des stades olympiques.

«Nous ne prévoyons pas de commémoration durant la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres», admet pour sa part Emmanuelle Moreau, porte-parole du CIO, contactée par «Le Matin». Et d’égrener la longue liste des actions menées au fil des ans par son organisation: commémoration de la mémoire des victimes à l’occasion des sessions du CIO, inauguration en présence de Jacques Rogge d’un mémorial à Munich, installation au Musée olympique de Lausanne d’une sculpture rappelant l’événement.

Autant de gestes jugés bien trop timides par Danny Ayalon et ceux qui, comme lui, ont juré de faire changer d’avis le CIO. La commémoration des 40?ans de l’événement, estiment-ils, ne doit pas seulement impliquer Israël, mais le monde entier. «Les assassinats des athlètes israéliens ne furent pas seulement une attaque envers des gens en raison de leur nationalité ou de leur religion, ce fut une attaque contre les JO et la communauté internationale, écrit Danny Ayalon dans un communiqué publié la semaine passée. Il est donc nécessaire pour les Jeux de commémorer cet événement lors de leur ouverture plutôt que dans une cérémonie marginale».

Neutralisation du politique Le bras de fer est donc loin d’être terminé. Pourtant, la mobilisation a peu de chances d’aboutir, pour l’historien du sport Nicolas Bancel, professeur à l’Université de Lausanne: «Depuis Coubertin, la logique du CIO n’a pas varié. Il s’agit toujours de faire du stade un lieu de neutralisation du politique. Si l’organisation dérogeait à cette règle, elle ne pourrait plus garder le statut d’autonomie qui est le sien.»

Certes, cette stricte neutralité n’a jamais empêché la politique de s’inviter dans les stades olympiques, depuis les JO de Berlin (1936) marqués par le déchaînement de la propagande nazie. Reste que le CIO n’a jamais cautionné ces incursions, précise Nicolas Bancel. Et le Comité international olympique, conclut le spécialiste, n’a «aucune envie d’avoir affaire avec la complexité des relations géopolitiques moyen-orientales». Peu de chances, donc, qu’il accepte de cautionner une petite minute de silence qui risquerait de fâcher bien trop de monde.

(Le Matin)

Créé: 28.05.2012, 22h47

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