Mercredi 28 septembre 2016 | Dernière mise à jour 06:47

Guerre Syrie: les prochains jours seront «cruciaux»

Différentes parties du conflit doivent définir vendredi les modalités de la trêve qui devrait avoir lieu en Syrie.

En Afghanistan, des combattants de l'EI déposent les armes

Dix membres afghans du groupe Etat islamique (EI) ont déposé les armes dans l'est de l'Afghanistan et rejoint le processus de réconciliation nationale, ont affirmé les autorités, «une première» depuis que les djihadistes se sont implantés dans ce pays.

L'Etat islamique en Afghanistan et au Pakistan, adoubé il y a un an par la direction du mouvement, a intensifié son offensive dans l'est de l'Afghanistan ces derniers mois. Les djihadistes sont même parvenus à chasser les rebelles talibans de certains de leurs fiefs de la province de Nangarhar, à la frontière avec le Pakistan, mais ils font aussi face aux coups de boutoir de l'armée afghane et aux frappes de drones américains.

«Pour la première fois, dix combattants de Daech (acronyme arabe de l'EI), dont deux commandants, ont rejoint le processus de paix enclenché par le gouvernement», a déclaré un porte-parole du gouverneur de Nangarhar.

D'après Malik Nazir, chef du conseil provincial pour la paix, les dix hommes étaient actifs dans le district de Shinwar, entre Jalalabad, le chef-lieu de la province, et la frontière pakistanaise.

«Nous allons assurer leur sécurité et leur proposer des emplois. Nous allons aussi faire en sorte qu'ils ne repartent plus au combat», a précisé Mohammad Hanif Girdiwal, gouverneur adjoint.

Interrogé par les autorités au cours d'une cérémonie destinée à officialiser leur défection des rangs de l'EI, Zeïtoun, un des dix combattants, s'est dit «heureux de rejoindre le processus de paix. Je me battais contre le gouvernement au sein de Daech depuis neuf mois».

Les combattants de l'EI en Afghanistan sont souvent d'anciens talibans déçus par leur direction, mais aussi des insurgés venus de pays voisins.

Malgré ses victoires sur le terrain et un spectaculaire attentat contre le consulat pakistanais de Jalalabad en janvier, l'EI doit faire face à la fois à l'armée afghane, à ses ennemis talibans et aux drones américains. Il y a un peu plus d'un mois, le président Barack Obama a d'ailleurs conféré à l'US Army une autonomie accrue dans sa lutte contre les djihadistes, l'autorisant à «les viser de façon plus active», selon le Wall Street Journal.

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Russes et Américains se préparent à définir les modalités d'application du cessez-le feu en Syrie vendredi, une journée jugée «cruciale» par l'ONU à la veille de l'entrée en vigueur de cette trêve, qui serait la première du genre en cinq ans de guerre.

Le régime de Bachar el-Assad, l'opposition ainsi que les forces kurdes ont annoncé qu'ils respecteraient le cessez-le-feu, parrainé par les Etats-Unis et la Russie, et censé commencer samedi à minuit heure locale (vendredi 23 heures en Suisse), alors que des doutes subsistent sur son application.

Sont tenus normalement par la trêve les forces du régime de Bachar el-Assad et les rebelles mais ceux-ci sont très affaiblis par la montée en puissance des groupes djihadistes et ne contrôlent plus qu'une partie minime du territoire, notamment près de Damas, à Deraa (sud), et Homs et Hama (centre).

Examen des modalités à Genève

Les organisations djihadistes de l'Etat islamique (EI) et du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, deux groupes rivaux qui occupent une grande partie du pays, sont exclus de l'accord de trêve et resteront par conséquent la cible des opérations du régime, des frappes de son allié russe et des raids de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Les modalités du cessez-le-feu qui s'annoncent très complexes sur le terrain seront examinées vendredi après-midi à Genève par une «task force» regroupant les représentants des 17 membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG) et dirigée par Washington et Moscou.

Vendredi, journée très importante

Ensuite, l'émissaire spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, aura à 21 heures une réunion par vidéo avec le Conseil de sécurité après laquelle il décidera si les conditions sont remplies pour une éventuelle relance des discussions intersyriennes à Genève après l'échec de janvier.

«Demain (vendredi) sera un jour très important, je dirais même crucial», a déclaré Staffan de Mistura.

Des diplomates à l'ONU ont affirmé que les membres du Conseil de sécurité discutaient d'un projet de résolution qui entérinerait l'accord américano-russe de trêve, et qu'ils espéraient pouvoir l'adopter vendredi.

Conflit multidimensionnel

Dans ce conflit qui a fait plus de 270'000 morts et déplacé plus de la moitié de la population, la Russie et l'Iran soutiennent le régime Assad alors que les Etats-Unis, l'Arabie saoudite et la Turquie notamment appuient les rebelles.

Alliée des Etats-Unis dans la guerre anti-EI, la principale milice kurde syrienne des Unités de protection de peuple kurde (YPG) a annoncé qu'elle respecterait l'accord de trêve tout en se réservant le droit de «riposter» en cas d'attaque.

Mais la Turquie est en profond désaccord avec son allié américain au sujet des YPG qu'elle considère comme «terroristes» et qu'elle bombarde depuis une dizaine de jours par intermittence. Elle a estimé d'ailleurs que l'accord de cessez-le-feu n'était «pas contraignant» pour elle.

Soutien saoudien contre le groupe EI

Alors que la guerre anti-EI n'est pas censée s'arrêter, des avions de combat saoudiens venant participer à la campagne de frappes contre les djihadistes devraient arriver jeudi ou vendredi en Turquie.

Ils doivent être positionnés à Incirlik (sud), une grande base militaire qui accueille déjà des appareils américains, britanniques et français prenant part aux bombardements contre le groupe EI.

Localité clé perdue par le groupe EI

Sur le front des combats, les violences font toujours rage dans plusieurs régions notamment dans la province d'Alep où l'armée appuyée par l'aviation russe a repris au groupe EI une localité stratégique près de la ville éponyme.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 20 djihadistes ont été tués dans les raids russes lors de la prise de la localité de Khanasser.

Fort de ses succès avec l'aide russe, le régime a d'ailleurs souligné, en acceptant la trêve, qu'il poursuivrait ses «opérations militaires pour lutter contre Daech (acronyme en arabe du groupe EI), Al-Nosra et les autres groupes terroristes qui leur sont liés».

Les rebelles craignent que Damas et son allié russe ne profitent de cette exclusion pour frapper les régions où ils sont alliés avec le Front Al-Nosra, notamment à Idleb (nord-ouest) ou Alep, mais aussi dans d'autres régions où le groupe djihadiste est moins omniprésent.

Obama se veut «très prudent»

«Nous sommes très prudents pour ne pas créer des attentes trop fortes», a déclaré mercredi le président américain Barack Obama, alors qu'un cessez-le-feu censé entrer en vigueur vendredi dernier avait été ignoré.

Jeudi soir, à l'issue d'une réunion de son Conseil de sécurité nationale à Washington, il insistait en prévenant le régime de Bachar el-Assad et son allié russe: «Les jours à venir seront cruciaux, le monde regardera».

«La cessation des hostilités qui doit entrer en vigueur demain (vendredi) à minuit est une étape possible afin de mettre fin au chaos», a dit Barack Obama. Et d'ajouter: «Tout cela dépendra largement du respect de leurs engagements par le régime syrien, la Russie et leurs alliés», a-t-il martelé.

Déclenché par la répression de manifestations pacifiques proréformes, le conflit en Syrie a dégénéré en guerre ouverte impliquant des parties internationales et régionales qui a provoqué un désastre humanitaire. (afp/nxp)

(Créé: 25.02.2016, 17h19)

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