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«Les écoutes de la NSA sont à but économique»

Espionnage

Le scandale provoqué par les révélations d'Edward Snowden ne cesse de prendre de l'ampleur en Europe. Au-delà des faits, quels sont les tenants et les aboutissants de cette affaire? Décryptage avec un expert.

Par Myriam Amara. Mis à jour le 30.10.2013 49 Commentaires

Image: DR

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Le vaste système de surveillance de la NSA américaine (National Security Agency -Agence nationale de la sécurité) qu'Edward Snowden a mis au jour a provoqué un tsunami en Europe. Pas une journée ne se passe sans une réaction indignée des Etats concernés. Outre les faits, quelles sont les coulisses de cette affaire? Bernard Snoeck, ancien membre des services de renseignement militaires belges, nous aide à y voir un peu plus clair.

Le Matin - La Maison Blanche a assuré que les opérations de surveillance avaient pour unique but la sécurité des Américains, dans le cadre de la lutte anti-terroriste. N'est-ce pas un argument valable?

Bernard Snoeck - Quel est le danger le plus prégnant pour un pays européen? Les attentats terroristes ou la crise économique? Combien de morts dus au terrorisme en Europe depuis Londres ou Madrid? Combien de pertes de contrats, et donc d'emplois, suite à l'espionnage économique? Qu'est-ce qui fait le plus mal à nos pays, aujourd'hui? En quoi l'espionnage de chefs d’État participe-t-il à la sécurité des USA?

Les écoutes US préexistaient aux attentats du 11-Septembre, et n'avaient pas pour finalité la lutte contre-terroriste. La grande majorité de ces écoutes, bien évidemment, est à but économique.

La prétention du renseignement américain de lutter contre le terrorisme ne serait donc qu'un faire-valoir?

Les polices européennes font parfaitement leur boulot dans ce domaine, tant de manière préventive, préemptive que réactive. Le renseignement n'est qu'un complément au travail policier. Utile, certes, mais complémentaire. L'ampleur de la collecte US est donc difficilement justifiable.

On reste néanmoins interdits face à la réaction de l'Europe, qui semble découvrir la problématique de la surveillance entre alliés. Naïveté ou hypocrisie?

Les deux! Hypocrisie, car la plupart des pays espionnent, y compris leurs alliés. Mais stupeur tout de même devant l'ampleur de la collecte du renseignement américain. Et stupeur surtout de découvrir que des chefs d'Etat et des responsables politiques ont été la cible directe des écoutes US.

Il y a un manque évident de contrôle légal des interceptions de la NSA. Contrairement à ce qui est en pratique dans nos pays européens.

Et aussi un manque de réciprocité. Les USA demandent beaucoup à l'UE, mais ne donnent que très rarement en échange, et uniquement si c'est utile aux Etats-Unis.

L'Europe cherche, désormais, plus que jamais, des moyens de se protéger. Les appareils cryptés sont-ils une solution?

Oui, mais... On ne communique de la sorte que d'appareils cryptés à appareils cryptés, et ils doivent être compatibles. Vu le coût et la lourdeur de la mise en oeuvre, seuls quelques privilégiés pourraient en bénéficier. Donc inutile dans la vie quotidienne. De plus, les Etats européens seraient-ils prêts à partager un cryptage commun, au risque d'être écoutés par leur voisin?

Il existe toutefois une autre solution: les responsables politiques et économiques ne doivent pas communiquer de données sensibles par téléphone, sms ou e-mails. Seule la communication de vive-voix dans un milieu sécurisé est acceptable. Le luxe: une salle aseptisée, totalement imperméable.

On évoque des sanctions à foison. Quelles pourraient-elles être?

Lorsqu'un pays est pris la main dans le sac, il est généralement prévu la convocation de l'ambassadeur de l'Etat coupable d'espionnage et l'expulsion des diplomates liés au renseignement. Cela a toujours été le cas lorsqu'il s'est agi de pays "non-alliés" (Russie, Chine...) Mais ça devient problématique avec un pays dit "allié" comme les USA. Parce que cela comporte des risques: complications diplomatiques, rétorsions économiques... Inutile de dire que dans ce cas, ça ne se fera jamais!

Votre conclusion?

Nous devons arrêter de travailler au profit des USA. Mais bien travailler avec eux, en nous faisant RESPECTER! (Newsnet)

Créé: 30.10.2013, 07h50

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49 Commentaires

Olivier Borgeaud

30.10.2013, 09:00 Heures
Signaler un abus 46 Recommandation 1

Enfin un discours qui met le doigt sur la réalité, remettant au centre la guerre économique et non celle imaginaire contre laquelle les USA prétendent nous protéger, alors que pendant les données stratégiques de nos PME et grandes entreprises sont pillées dans les "Clouds" si "simple à mettre en œuvre pour pas un rond..." Répondre


François Etienne

30.10.2013, 10:01 Heures
Signaler un abus 37 Recommandation 6

Le terrorisme a été et continue à être induit par l'impérialisme américain, ce communisme à l'envers. Aussi longtemps que des nations, des peuples, des êtres seront asservis, exploités, 'esclavagisés', alors la terreur régnera. Honte à cette Amérique moralisatrice, délaissant 60 millions de concitoyens dans une misère avancée. Allez aux USA pour vérifier l'American dream ... Répondre



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