Vendredi 28 avril 2017 | Dernière mise à jour 01:29

Autodéfense les homos américains prennent les armes

Depuis le massacre de 49 personnes dans un club gay d’Orlando cet été, les Pink Pistols engrangent les adhésions. Rencontre avec trois membres de cette organisation LGBT.

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«Jamais l’attentat islamiste et homophobe d’Orlando n’aurait fait 49 morts le 12 juin au Pulse club si les fêtards avaient eu le droit de porter une arme à l’intérieur et s’ils l’avaient fait! Même remarque pour les attaques ayant eu lieu en Europe depuis ou pour les abus sexuels de masse perpétrés en Allemagne au Nouvel-An…», assène Nicole Stallard en agitant son Colt 45 en direction du plafond. La solide Californienne de 56 ans résume ainsi d’une phrase la tribune qu’elle a publiée fin juin dans le New York Times et le Guardian. Nicky, comme on la surnomme, est l’une des cheffes de file des Pink Pistols.

Séances de tir communes

Ce mouvement né en 2000 encourage les membres de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) à utiliser des armes à feu «de manière légale, proportionnée et responsable» pour se défendre. Il comptait 1500 membres avant le massacre de Floride. Ils sont désormais 8300, dont environ 40% de femmes, répartis dans 46 chapters (sections) dans tout le pays et à se voir régulièrement pour une séance de tir ou autour d’un bon repas. «Pouvoir défendre sa vie est un droit fondamental de chaque être humain. Posséder une arme à feu permet de le faire respecter. Ce droit n’est en aucune façon un privilège accordé par le gouvernement!» insiste Nicky Stallard qui jusqu’en 2007 était un homme. Au cours de cette ancienne vie, cette militante «radicalement modérée et pragmatiquement libertaire» avait servi dans la très virile US Navy.

Aux Etats-Unis, tous les LGBT ne sont pas de son avis. Une grosse majorité de la communauté est même pour un contrôle des armes à feu comme le prouve un autre mouvement, Gays against Guns (Gays contre les armes, lequel milite pour une régulation plus stricte. Mais à en croire Nicky Stallard, le vent tourne. «La montée de l’intolérance et des violences va mener à une guerre civile idéologique sur ce thème au sein du mouvement LGBT, pronostique avec enthousiasme la Californienne de San José. Et d’ici deux ans, je suis convaincue que les Pink Pistols compteront un million de membres!»

Trump comme soutien

Sean Spradlin l’espère vivement également. Le gay de 46 ans, originaire de Toledo, dans le très conservateur Etat de l’Ohio, a relancé le chapter local des Pink Pistols suite à l’attentat d’Orlando. Ce conducteur de poids lourd l’avait fondé il y a huit ans après avoir été tabassé devant un centre commercial par deux lycéens le jugeant efféminé. Lui et son fidèle Glock 42 se revendiquent comme de «fiers républicains, fervents défenseurs du second amendement». Pour mémoire, ce passage de la Constitution américaine défend depuis 1791 le droit des citoyens à posséder des armes à feu. Et ce, afin qu’ils soient en mesure de défendre leurs libertés face à d’éventuels oppresseurs. «Notre histoire a prouvé cette nécessité. Les Etats-Unis se sont construits sur les armes, rappelle de sa voix grave Sean Spradlin. Jamais nous n’abandonnerons ce droit. Surtout avec tout le terrorisme qui endeuille l’Europe!»

Aujourd’hui, chaque Etat américain a sa propre réglementation en matière d’armes. En Ohio, pour acheter une arme de poing, il suffit par exemple d’être un résident de plus de 21 ans sans antécédents criminels et de passer à travers une rapide enquête. Pour Nicky Stallard, il n’y a là rien de choquant «car acheter une arme est un droit constitutionnel et à ce titre, cela ne doit pas être plus compliqué que de voter!» Face à de tels propos, la très conservatrice National Rifle Association (NRA) – pas tendre avec les gays par le passé – jubile. Certains LGBT, à l’instar de Sean Spradlin, sont désormais membres de ce puissant lobby pro-armes. Et campagne présidentielle oblige, les déclarations gay friendly de Donald Trump notamment et même un coming out médiatique ont marqué la récente convention républicaine de Cleveland.

Un chaton, un fusil et un revolver

«Plusieurs armureries au Texas ont même carrément mis sur pied des cours d’initiation au tir, gratuits pour les gays, qui ont eu un sacré succès, rappelle Brandon Marshal. Mais on n’est pas dupe. Derrière tout ça, il y a surtout la volonté de faire des affaires ou d’avoir nos votes.» Et le jeune homosexuel de 28 ans de conclure sa remarque en faisant une petite démonstration de tir au fond de son jardin, tandis que son chaton prend la fuite. Chez lui, cet éducateur sans emploi de la région de Colombus (Ohio) porte très souvent son Glock à la ceinture. «Pour protéger nos poules des coyotes et aussi parce qu’il est arrivé que des malfrats en fuite déboulent dans notre jardin!» précise-t-il. Comme la loi de son Etat le lui permet, il arbore parfois son arme ostensiblement dans des lieux publics. Et lui et son compagnon Michael sont en train de passer le permis nécessaire pour l’avoir sur eux en la cachant sous leurs habits.

«Même si se promener main dans la main passe mal ici, on ne répondra jamais à des insultes homophobes avec une arme car il faut faire preuve de bon sens et de proportionnalité. Et puis tirer sur quelqu’un est la dernière chose qu’on aurait envie de devoir faire», confesse Brandon Marshal. D’autant que «simplement» dégainer son arme suffirait à calmer le jeu dans 99% des cas, d’après Nicole Stallard. Et la volubile transfemme de conclure: «Et je peux vous dire qu’en cas d’agression, c’est furieusement plus efficace que de pisser dans son froc en priant pour ne pas y passer!» (Le Matin)

Créé: 12.10.2016, 12h23


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