Vendredi 9 décembre 2016 | Dernière mise à jour 00:20

First Lady syrienne Asma al-Assad se rêvait en Diana de l'Orient

Alors que le sang continue à couler à Homs, sa ville natale, l'épouse du président syrien est sortie de son silence pour soutenir Bachar al-Assad. Qui est cette belle femme, ancienne avocate d'affaires? Portrait.

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Le clan Assad à la tête de la Syrie

Le clan Assad à la tête de la Syrie Le pouvoir du président syrien Bachar al-Assad est, outre un efficace appareil policier et militaire, également basé sur un réseau familial très serré. Présentations.

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Pour un peu, elle aurait pu ne pas parler arabe. Ou aussi mal qu'elle connaissait la Syrie avant son mariage avec Bachar al-Assad. Une Syrie de vacances d'été, celle de la ville natale de ses parents, Homs, qui y mettaient les pieds aussi peu qu'elle depuis qu'ils avaient posé leurs valises dans les quartiers chics de l'ouest londonien, 30 ans auparavant.

Mais heureusement, son père clairvoyant, éminent cardiologue, lui a fait prendre des cours d'arabe derechef durant des dizaines d'années depuis Acton. «Cette langue te servira un jour», prédisait-il à raison.

En revanche, difficile de dire aujourd'hui si ses brillantes études lui ont été utiles. Au King's college, celle qui se fondait dans le paysage britannique sous le surnom d'Emma a étudié la littérature française et l'informatique. Elle n'a pas encore 25 ans quand elle travaille dans un hedge funds de la Deutsche Bank, puis au département Fusions & Acquisitions de JP Morgan, à Londres puis à New York.

Master à Harvard avorté

Mais au lieu de capitaliser ces expériences pour en faire un Master en économie à l'université d'Harvard, comme c'était prévu, Emma change de projet. La faute à son amoureux rencontré quelque temps plus tôt lors d'une réception à l'ambassade syrienne de Londres.

«Le coup de foudre», s'accordent-ils à dire tous les deux. Difficile de remettre ce qualificatif en cause, quand on sait que la belle est sunnite et que le clan al-Assad aurait préféré que le pouvoir restât dans le giron alaouite (une branche du chiisme).

Asma aurait donc été accueillie avec plus ou moins de réticence par sa belle-mère Anissa et sa belle-soeur Bouchra. La preuve: ce n'est qu'en 2006, plus de cinq ans après leur union officielle, et six ans après l'accession de Bachar au pouvoir, qu'Anissa, épouse d'Hafez, aurait consenti à lui transmettre le titre de Première dame.

Qu'importe. Asma est amoureuse. Pour son étudiant en ophtalmologie – la discipline que Bachar étudie à Londres – elle plaque tout: son master en économie prometteur à Harvard, ses entrées à JP Morgan et... son pays. Celui où elle est née et dont elle a la nationalité.

Direction la Syrie où le patriarche Hafez (au pouvoir de 1970 à 2000), qui avait formé Bachar en catastrophe pour être son futur dauphin après le décès subit de son fils Bassel, vient de mourir.

Une multitude d'ONG

Asma troque les magasins chics de Londres pour les quartiers déglingués de Damas: «sans personnel de maison, au milieu des voisins», assure-t-elle dans la presse. Pour que ses trois enfants - Hafez, Karim et la petite Zein - soient élevés les pieds sur terre. Mais cela ne l'empêchera pas de se donner du relief: elle se lance à cor et à cri dans une foule de bonnes actions: la lutte pour la condition des femmes, pour celle des enfants dans les camps de réfugiés, le développement rural, l'employabilité des jeunes. On ne compte plus le nombre d'ONG – pourtant si peu présentes en Syrie – auxquelles elle prête main forte.

Comme Diana, son modèle, son élégance est naturelle. Pour le magazine Vogue, c'est même «la plus fraîche et la plus magnétique des premières dames». Mais ce n'est pas parce que Madame -dix ans de moins que Monsieur- porte des chaussures Louboutin et des colliers griffés Chanel, qu'elle ne pense qu'à son apparence. Loin de là.

Relations publiques

Pour redorer le blason d'une Syrie mise au ban de la communauté internationale depuis «l'axe du Mal» de Georges Bush en 2002, elle engage en 2007 une société de relations publiques londonienne. Coïncidence ou non, un an plus tard, elle foule les Champs-Elysées lors de la fête nationale française du 14-Juillet. Une visite pendant laquelle elle préfère visiter le campus de la HEC (haute-école de commerce) et aller serrer la main du patron du Louvre plutôt que d'aller flâner à la boutique Hermès.

D'ailleurs, à observer la libéralisation bancaire du pays, on peut supputer que la main de cette ancienne spécialiste de la haute finance y soit pour quelque chose. Jusqu'à la mort du patriarche, le secteur bancaire syrien était archaïque. Aujourd'hui, les crédits privés sont possibles, le circuit a bénéficié d'un peu d'oxygène.

Emue pour les Gazaouis

D'ailleurs, Asma ne se cache pas de l'influence qu'elle peut exercer sur son mari. Au magazine Paris Match, elle a dit de son couple: «Nous sommes une équipe très soudée sur le plan professionnel. Nous nous conseillons mutuellement.»

En politique extérieure, Asma s'était émue du sort des enfants gazaouis après l'opération israélienne «Plomb durci». Elle s'était alors étranglée sur CNN: «C'est le XXIe siècle. Dans quelle partie du monde ces choses arrivent-elles encore?»

Une question que l'on pourrait retourner à la Première Dame aujourd'hui. Et peut-être aussi à son ophtalmologue de mari qui, de la révolte actuelle, n'a rien vu venir.

(nxp)

(Créé: 08.02.2012, 16h12)

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