Samedi 27 mai 2017 | Dernière mise à jour 21:05

Brésil L'étau se resserre sur Michel Temer

Le président brésilien est accusé d'entrave à la justice.

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Michel Temer est accusé d'obstruction à la justice dans un document juridique officiel, alors qu'il tente de manoeuvrer pour éviter la défection de ses alliés politiques.

Dans une demande d'ouverture d'enquête contre le président auprès de la Cour suprême, le procureur général Rodrigo Janot affirme que le chef de l'Etat, en collaboration avec plusieurs hommes politiques influents, a essayé d'«empêcher l'avancée» de l'opération «Lavage express», l'enquête tentaculaire ayant révélé le méga-scandale de corruption Petrobras.

Cette demande d'ouverture d'enquête, rendue publique vendredi, s'appuie sur un accord noué avec la justice par le magnat de l'agroalimentaire Joesley Batista, dont les révélations explosives ont déclenché un véritable séisme.

Le président a été enregistré à son insu par cet homme d'affaires, propriétaire du géant de la viande JBS et de la célèbre marque de tongs Havaianas, qui l'aurait piégé en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin.

Enregistrement public

Ces dessous-de-table, révélés mercredi soir par le journal O Globo, viseraient à acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des députés, aujourd'hui en prison pour son implication dans le scandale Petrobras.

La Cour suprême a rendu l'enregistrement public jeudi soir, peu après avoir donné son feu vert à l'ouverture d'une enquête contre Michel Temer.

Malgré ces graves accusations, Michel Temer s'est montré catégorique. «Je ne démissionnerai pas. Je le répète. Je ne démissionnerai pas», a-t-il martelé lors d'un discours télévisé très attendu.

Même si le capitaine tente de maintenir le cap dans la tempête, certains ont déjà abandonné le navire, comme le ministre de la Culture Roberto Freire, qui a quitté son poste jeudi.

«La montagne a accouché d'une souris»

Vendredi, l'heure était aux grandes manoeuvres et le président a réuni certains ministres. «Le gouvernement travaille sur trois fronts pour revenir à la normalité après la crise: le front politique, le judiciaire et l'économique», ont déclaré des sources du palais présidentiel. «Le président lui-même participe aux négociations avec ses alliés» politiques, ont-elles ajouté.

Jeudi soir, après avoir eu accès au contenu de l'enregistrement, Michel Temer s'est confié au site G1 et a affiché une confiance inébranlable en affirmant: «La montagne a accouché d'une souris, je vais sortir de cette crise plus vite qu'on ne le croit».

Pour lui, le contenu de cet enregistrement, par ailleurs de piètre qualité, ne permet pas d'établir de façon irréfutable qu'il donne son aval pour le versement de pots-de-vin.

Joesley Batista dit simplement «être en de bons termes» avec Eduardo Cunha, ce à quoi Michel Temer dit: «il faut continuer comme ça, OK?». Le chef d'entreprise lui répond alors: «Tous les mois, j'essaie de maintenir les choses sous contrôle», une allusion à des versements mensuels, selon l'acte d'accusation.

Motions de destitution

Pour l'opposition, il n'y a aucun doute: Michel Temer doit démissionner. Plusieurs motions de destitution ont été déposées par des parlementaires, mais la procédure est longue et nécessite la majorité des deux tiers à la Chambre des députés puis au Sénat. C'est par le biais de cette procédure que Michel Temer est arrivé au pouvoir, il y a un an, après la destitution de Dilma Rousseff, dont il était le vice-président.

«La grande question est de savoir si les partis qui forment le socle du gouvernement vont (le) quitter», analyse Thomaz Pereira, professeur de droit constitutionnel à la Fondation Getulio Vargas.

Pression populaire

Dès jeudi soir, des milliers de Brésiliens ont manifesté dans plusieurs grandes villes, aux cris de «Temer Dehors». D'autres grandes manifestations sont prévues dimanche, l'occasion de prendre la température de la pression populaire.

En pleine tourmente, le gouvernement tente de sauver les apparences: plusieurs ministres-clé ont rappelé dans des vidéos l'importance des réformes en cours d'approbation au Parlement pour tenter de sortir le Brésil de la crise.

Après la chute brutale de la Bourse jeudi (8,8% à la clôture), les choses se sont normalisées vendredi, avec une hausse de 2,78% en début d'après-midi. (ats/nxp)

Créé: 19.05.2017, 21h28


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