ACCUEIL 26.5.2012 Mis à jour à 00h19

A Turin, c'est l'heure de vérité pour Stephan Schmidheiny

Drame de l'amiante

Le plus grand procès jamais organisé sur le drame de l'amiante a débuté ce matin à Turin. Stephan Schmidheiny, ex-propriétaire du groupe Eternit encourt 20 ans de prison. Verdict aujourd'hui.

Mis à jour le 13.02.2012 2 Commentaires
Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, ici en 1997, est accusé d'avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente». Il risque 20 ans de prison.

Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, ici en 1997, est accusé d'avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente». Il risque 20 ans de prison.
Image: Keystone

Un précédent?

Une Première. Le procès Eternit du drame de l’amiante est le tout premier au pénal et pourrait créer un précédent pour les autres pays d’Europe et du reste du monde concernés.

En France, les premières plaintes de travailleurs exposés datent de 1996, mais il n’y a eu aucun grand procès à ce jour alors que l’amiante, interdite en 1997, est jugée responsable de 10 à 20% des cancers du poumon et pourrait provoquer 100.000 décès d’ici 2025.L’association des victimes françaises Andeva voit dans le procès Eternit un "formidable espoir pour les victimes du monde entier".

En Suisse, il n’y a plus de plaintes au pénal, trois recours déposés contre les ex-propriétaires d’Eternit dans le pays, Thomas et Stephan Schmidheiny ayant été jugés prescrits en 2008. Les procédures en cours concernent désormais surtout la reconnaissance du cancer du poumon ou du cancer de la plèvre (provoqués par l’amiante) comme maladie professionnelle par la Suva. Cette qualification donne droit à diverses prestations dont une rente d’invalidité, une indemnité pour atteinte à l’intégrité, et en cas de décès une rente pour les proches.

Suva. Selon Henri Mathis, porte-parole de la Suva, depuis le 1er janvier 2009, il y a eu 23 procès en Suisse sur l’amiante, dont 4 en attente de jugement et 19 qui ont été tranchés. Dans 11 cas, les juges ont donné raison à la Suva, qui avait refusé la qualification de maladie professionnelle, et dans 8 cas aux victimes.

En Belgique, pays de l’autre principal accusé au procès de Turin -- le baron Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne -- un tout premier jugement au civil a accordé le 28 novembre dernier une indemnisation de 250.000 euros à la famille de victimes de l’amiante. Le tribunal civil de Bruxelles a jugé le fabricant belge d’amiante Eternit responsable de la mort en 2000 de la femme d’un ingénieur de l’usine décédé 13 ans plus tôt à cause de l’amiante et dont deux des cinq fils ont succombé pour la même raison.

Hors d’Europe, au Japon, une loi adoptée en 2006, accorde aussi des dédommagements aux victimes de maladies liées à l’amiante ou à leurs familles.

Mots-clés

Le milliardaire suisse, Stephan Schmidheiny, et le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne, respectivement ex-propriétaire du groupe Eternit et ancien actionnaire du groupe Eternit Italie, vont être fixés sur le sort.

Une peine de vingt ans de prison a été requise contre eux. Stephan Schmidheiny et Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne sont accusés d'être responsables de la mort d'environ 3000 personnes en Italie, anciens ouvriers ou simples habitants de Casale Monferrato et Cavagnolo (nord), Rubiera (nord) ou Bagnoli (sud), villes où Eternit Italie avait ses usines de production de plaques pour la construction.

Eternit S.p.A. Gênes aurait négligé les mesures de sécurité sur les lieux de travail. Le procès, qui s'est ouvert en décembre 2009 à Turin et a rassemblé plus de 6000 parties civiles, est aussi le premier au pénal: les victimes de l'amiante espèrent qu'il puisse créer un précédent.

Une catastrophe sanitaire

Le groupe Eternit de Stephan Schmidheiny a été un important actionnaire d'Eternit S.p.A Gênes de 1976 à 1986, tandis que M. de Cartier a été actionnaire minoritaire et administrateur d'Eternit S.p.A Gênes au début des années 1970. La société a fait faillite en 1986, soit six ans avant l'interdiction de l'amiante dans le pays.

Considérés par le parquet à l'issue d'une enquête de plus de cinq ans comme les responsables effectifs de la gestion d'Eternit S.p.A Gênes, les deux hommes sont accusés d'avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et enfreint les règles de la sécurité au travail.

Le 4 juillet 2011, le parquet a réclamé la peine la plus lourde possible pour ces délits, soit douze ans, à laquelle il a ajouté huit ans car les conséquences de ces délits se font encore sentir. Les personnes exposées à l'amiante peuvent en effet tomber malades plusieurs décennies plus tard.

«Je n'avais jamais vu une telle tragédie (...) Elle a touché différentes régions de notre pays, des salariés et des habitants. Elle continue à semer la mort et continuera à le faire qui sait pour combien de temps», a souligné le procureur Raffaele Guariniello durant son réquisitoire.

«Ils ont honte»

La défense a nié en revanche la responsabilité directe dans la gestion de la société italienne des deux accusés, qui ne sont jamais présentés aux audiences.

«J'imagine qu'ils avaient honte, ce qui me semble normal. Le contraire m'aurait surpris», explique à l'AFP Carlo Liedholm, 53 ans, qui a perdu sa femme décédée en 2008 à l'âge de 49 ans. «L'amiante a fait plus de morts ici que le séisme de l'Aquila» d'avril 2009 (309 morts), rappelle-t-il.

«Ma femme est née et a grandi à Casale Monferrato, dans cet environnement plein de poussières. Elle est tombée malade en janvier 2007, à 47 ans. On lui a retiré un poumon, mais il n'y a rien eu à faire. En l'espace de 18 mois, elle a été emportée», raconte-t-il.

«On savait que ce matériau était dangereux depuis les années 60, je suis stupéfait qu'Eternit Italie ait continué ses activités jusqu'en 1986», s'indigne-t-il.

Recours possible

Contactés par l'AFP, les représentants des accusés n'ont souhaité faire «aucun commentaire» avant le verdict, qui ne marquera toutefois pas la clôture du volet judicaire.

«Je pense que très certainement il y aura des recours en appel, parce que d'une façon ou d'une autre il n'y aura pas de résignation face à la décision prise en première instance, c'est inévitable», avertit Bruno Pesce, coordinateur de l'association des familles des victimes de Casale Monferrato et Cavagnolo.

Et ce d'autant plus que le 3 février, le conseil municipal de Casale Monferrato, après un feu vert initial à une négociation à l'amiable, a finalement refusé 18 millions d'euros proposés par M. Schmidheiny en échange de la renonciation de la commune à se constituer partie civile.

En octobre 2010, le tribunal de Turin avait exclu le groupe Eternit Suisse du procès contre son homonyme italien. Il avait estimé que «ni Eternit (Suisse) SA ni son propriétaire n'ont eu ou n'ont un quelconque rapport avec Eternit S.p.A., Gênes» et que Stephan Schmidheiny «n'a jamais exercé de fonction auprès d'Eternit (Suisse) SA et n'en a jamais été actionnaire».

Du miracle au cauchemar

Matériau miracle qui a tourné au cauchemar, l’amiante, que produisait entre autres le groupe Eternit, un fabricant de matériaux de couverture, de façade et de construction, a été utilisée massivement en raison notamment de sa résistance à la chaleur et au feu, avant son interdiction dans certains pays, notamment européens.

Le pic de production a été atteint dans la seconde moitié des années 70, avec plus de 5 millions de tonnes annuelles.

Selon un rapport de l’OMS datant de 2007, environ 125 millions de travailleurs sont exposés à l’amiante sur leur lieu de travail et au moins 90'000 meurent chaque année de maladies liées à l’amiante. (ats/afp/Newsnet)

Créé: 13.02.2012, 08h34

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2 Commentaires

Alexandre Dumas

13.02.2012, 10:01 Heures
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Vraiment, ils paieront ?? Ou alors leurs avocats sont mauvais !!!!! Répondre


Jaime Lapaix

13.02.2012, 10:11 Heures
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10 contre 1 sur l'acquittement ! Répondre




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