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Présidentielle française La Suisse connaîtra le président français avant l'Hexagone

La loi française interdit aux médias de publier les prémices des résultats électoraux avant 20 heures. Pourtant, Le Matin s'en fera l'écho. Il n'est pas soumis à cette législation, affirment les responsables éditoriaux.

Qui sera le prochain président de la République française? Les médias suisses vous le diront avant leurs confrères français, qui sont soumis à la loi électorale de 1951 leur interdisant de divulguer tout premier résultat avant 20h, pour ne pas influencer les derniers électeurs qui se rendent aux urnes jusqu'à 20 heures dans les grandes villes.

Qui sera le prochain président de la République française? Les médias suisses vous le diront avant leurs confrères français, qui sont soumis à la loi électorale de 1951 leur interdisant de divulguer tout premier résultat avant 20h, pour ne pas influencer les derniers électeurs qui se rendent aux urnes jusqu'à 20 heures dans les grandes villes. Image: Keystone

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Et si la loi est enfreinte?

–Les responsables de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale (CNCCEP) et de la Commission des sondages rappellent que la diffusion de sondages ou d’estimations de résultats la veille et le jour du scrutin, pour les deux tours de la présidentielle, est sanctionnée de 75 000 euros d’amende (quelque 90 000 francs suisses), quel que ce soit le mode de communication.

–Au ministère de l’Intérieur, qui souligne qu’il est placé en la matière sous l’autorité de la CNCCEP, on affirme qu’«il y aura évidemment des rappels à la loi» et que «des dérives et abus qui pourraient être constatés seront sanctionnés». Pour le reste, «il n’y a pas de moyens techniques de bloquer quoi que ce soit», admet-on.

–Preuve en est, les blogueurs qui ont enfreint la loi en 2007 n’ont pas été inquiétés. «J’attends toujours les poursuites», s’amuse Laurent Gloaguen (Embruns.net), qui moque la loi électorale, «obsolète et ridicule à notre ère».
Source: AFP

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Interdit de publier en Suisse

En Suisse, les médias ne peuvent plus publier de sondages d'opinion à partir de 10 jours avant une quelconque votation.
Le Conseil suisse de la presse s'en est ému en juin 2011: «Pour le Conseil de la presse, un délai de carence de dix jours pour la publication de sondages d'opinion avant les scrutins est dépassé à l'âge des campagnes électorales permanentes. Il contrevient, selon lui, au droit du public à l'information».
Source: AFP

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«Premiers indicateurs: Le ciel est bleu. Météo: (...) Le taux d’humidité est à 54%». Traduction: les premiers résultats donnent Nicolas Sarkozy (le bleu est la couleur de l'UMP, ndlr) gagnant à 54%. Voilà ce qu'on pouvait lire le jour du deuxième tour des élections présidentielles françaises en avril 2007, sur le site embruns. net, dès 17 heures. Et ce, pendant que les quotidiens en ligne suisses suivaient minute par minute les estimations établies au sortir des urnes, sans se donner la peine de rédiger des messages aussi subliminaux.

Le hic: le code électoral français de 1951 revu dernièrement (mars 2012) interdit toute publication des résultats avant 20 heures. La raison? Ne pas influencer les derniers électeurs qui, en ville, peuvent souvent se rendre dans les bureaux de vote jusqu'à 20 heures.

Une justification «discutable» selon le président du Conseil suisse de la presse, Dominique von Burg: «Aux Etats-Unis par exemple, ce problème serait aggravé par l'existence des fuseaux horaires. Or, les projections des résultats sont proclamés à 20 heures alors que la Californie vote pendant 3 heures encore et Hawaï durant 5 heures. L'idée que la diffusion des résultats influence les électeurs est donc discutable».

Une loi inadaptée en 2012

Si la raison qui sous-tend l'existence de cette interdiction est discutable, la loi elle-même semble inadaptée au contexte mondialisé. C'est l'avis de Grégoire Nappey, qui chapeaute les contenus en ligne des trois quotidiens romands principaux www.lematin.ch, www.tdg.ch et www.24heures.ch: «Nous ne dépendons pas du droit français et ne sommes donc pas tenus d'appliquer ce droit-là. Par exemple, chacun a ses lois pour ce qui relève de la publication des noms. Les journalistes français publient le nom complet des suspects tandis que nous respectons l'anonymat en n'écrivant que les initiales».

Les médias suisses continueront donc de travailler normalement les dimanches 22 avril et 6 mai, tandis que la presse hexagonale rongera son frein. Quoique. Si les médias traditionnels français -TF1, RTL, France 2, France 3, France Inter et leur partenaires, Le Monde, Le Point, LeFigaro.Fr contactés par l'AFP- ont affirmé qu’ils respecteraient la règle de l’embargo absolu jusqu’à 20 heures, ils n’excluent pas de réviser leur position, en cas de violation flagrante de la règle par l’un de leurs confrères.

Amende de 90 000 francs

Dans ce cas, ils s'exposent à une amende qui peut avoisiner les 75 000 euros (environ 90 000 francs suisses). Mais qu'importe quand la loi paraît si inadaptée au présent: «Un Français qui re-twitte un Belge avant 20 heures est-il amendable?», interroge Grégoire Nappey qui voit trois pistes pour remédier à cette situation aux allures insensées à l'heure du Web 2.0: «Soit réviser la loi pour l'adapter au contexte d'aujourd'hui; ou interdire aux instituts de sondage de publier une quelconque tendance de toute la journée pour être cohérent jusqu'au bout; changer les horaires des bureaux de vote».

A noter que la France compte aujourd'hui 23 millions de comptes Facebook et trois millions de comptes Twitter. La question n'est donc peut-être pas de savoir qui va enfreindre la loi électorale française mais qui des médias suisses, belges ou des réseaux sociaux français ou basés ailleurs, aura l'information en premier.

(nxp)

(Créé: 16.04.2012, 13h10)

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