ACCUEIL 24.4.2014 Mis à jour à 12h16

«Le Concile Vatican II était le printemps de l'Eglise»

Anniversaire

Le 11 octobre 1962, débutait le Concile Vatican II qui allait moderniser le monde catholique. Mgr Joseph Roduit, Père-Abbé de Saint-Maurice (VS), évoque à cette occasion cet événement et le rôle futur de l'Eglise.

Par Christine Talos. Mis à jour le 10.10.2012 1 Commentaire
Monseigneur Joseph Roduit, Père-Abbé de l'Abbaye de Saint-Maurice, en Valais, et membre de la Conférence des évêques suisses.

Monseigneur Joseph Roduit, Père-Abbé de l'Abbaye de Saint-Maurice, en Valais, et membre de la Conférence des évêques suisses.
Image: Conférence des évêques suisses (CES)

Galerie Photos

Il y a 50 ans s'ouvrait le Concile Vatican II

Il y a 50 ans s'ouvrait le Concile Vatican II
Le 11 octobre 1962, 2500 responsables religieux étaient à Rome pour entamer la révolution culturelle de l'Eglise.

Une mise à jour de l'Eglise

Trois mois après son élection, le pape Jean XXIII convoquait à la surprise générale quelque 2500 responsables religieux du monde entier pour le Concile Vatican II. L’événement débute le 11 octobre 1962. Il s’achèvera le 8 décembre 1965, sous le pontificat de Paul VI.

Le Concile entrera dans l’Histoire comme l’événement religieux le plus important du XXe siècle. Il sera suivi par un millier de journalistes, d’ambassadeurs, de représentants d’organismes internationaux et de nombreux observateurs d’autres religions, tous conscients que Vatican II changera la vie de plus d’un milliard de catholiques.

Le mot d’ordre de Jean XXIII est simple: «Aggiornamento». Soit une «mise à jour». Les prélats doivent en effet, non pas chambouler de fond en comble l’Eglise, mais la réformer pour l’adapter au monde moderne issu de l’après-guerre.

Le discours d’ouverture du pape est clair. Il déclare vouloir faire entrer «un peu d’air frais» dans l’Eglise et entend rompre avec une vision négative et méfiante du monde. Cette révolution fait trembler les membres les plus conservateurs de l’Eglise. Mais elle enthousiasme les partisans d’un souffle nouveau, dont l’actuel pape Benoît XVI.

Concrètement, les religieux débattent de la révision des liturgies alors en latin, du rapport de l’Eglise catholique avec les autres confessions chrétiennes et les autres religions.

Ces questions et les décrets qui seront acceptés provoquent le schisme de Mgr Marcel Lefèbvre, qui rejette en 1974, les conclusions du Concile qu’il avait d’abord acceptées. L’ancien archevêque de Dakar, qui fondera la Fraternité sacerdotale Saint Pie-X en 1970 - dont le séminaire d’Ecône en Valais - est alors exclu de l’Eglise. Déclarée dissoute en 1976, la Fraternité continue d'exister et pratique encore la messe en en latin.

Signaler une erreur

Vous avez vu une erreur? Merci de nous en informer.

Partager & Commenter

Il y a 50 ans exactement, l'Eglise entamait sa révolution culturelle avec le Concile Vatican II. Quelque 2500 responsables religieux du monde entier débattaient du rôle de l'Eglise dans le monde moderne. Monseigneur Joseph Roduit, Père-Abbé de l'Abbaye de St-Maurice, en Valais, se souvient bien de ce sommet, considéré comme l'événement religieux le plus important du XXe siècle.

Le Matin – Mgr Roduit, vous étiez un jeune étudiant en théologie au moment du Concile. Comment avez-vous vécu cet événement?

Mgr Roduit – J'étais à Rome pour mes études de 1964 à 1966, donc j'ai vécu la deuxième partie de Vatican II. Je me rappelle parfaitement avoir été sur la Place Saint-Pierre le 8 décembre 1965, à la clôture du Concile. C'était un tout grand moment! Tout le monde vivait alors une grande espérance. En tant qu'étudiant, nous ne participions évidemment pas aux séances du Concile mais des évêques connus y débattaient. Et chaque jour un de nos experts nous racontait ce qu'il s'y passait. Parfois le soir, nous allions nous faufiler au milieu des évêques pour écouter des théologiens d'avant-garde qui tenaient des conférences.

Quel souvenir en gardez-vous aujourd'hui?

Le souvenir d'un printemps, le printemps de l'Eglise. Le pape Jean XXIII avait ouvert les fenêtres et, dans un grand courant d'air, avait dépoussiéré pas mal de choses. Cela a été une respiration pour les jeunes étudiants dont je faisais partie à l'époque. Nous n'étions plus obligés d'étudier des textes anciens uniquement. Nous pouvions aussi nous pencher sur des choses actuelles.

Quelle est la principale réforme qu'a amené le Concile pour le monde catholique?

Sans conteste, celle de la liturgie. Le Concile a proposé sa refonte complète. Greffée de gestes et de paroles supplémentaires qui s'étaient additionnés au cours des siècles, elle était devenue très lourde. Et surtout elle ne concernait que les prêtres qui disaient la messe d'un côté et les fidèles qui égrenaient le chapelet ou faisaient tout autre chose de l'autre. Vatican II a redonné la parole au peuple de Dieu, soit les fidèles, et a lancé le mot-clé de «participation active». Les gens ne devaient plus assister à la messe. Ils étaient invités à y participer.

La raison pour laquelle la messe en latin a été supprimée...

Elle n'a pas été supprimée mais exprimée en une langue compréhensible pour tous. Avant la liturgie était entièrement en latin. Et ceux qui ne connaissaient pas cette langue ne comprenaient plus la liturgie et sa signification. Certes, les messes étaient belles, avec des chants bien connus que tout le monde chantait. Mais c'était toujours les mêmes formules et tout cela n'avait rien à voir avec ce que vivaient les gens dans leur vie quotidienne. Ils avaient donc l'impression que l'Eglise ne savait leur parler que du passé.

Mais le Concile, en simplifiant la messe, ne l'a-t-il pas appauvrie, contribuant ainsi à ce que les gens se détournent de l'Eglise?

Il est vrai que l'on a touché à des traditions très ancrées dans le cœur des gens. Et je me rappelle qu'il avait fallu expliquer longuement aux fidèles les changements induits par Vatican II. Je pense que les personnes qui regrettent l'ancienne messe sont celles à qui l'on n'a pas suffisamment expliqué ce qu'était le Concile. Elles n'ont pas compris que la nouvelle liturgie était plus authentique, car bien plus ancienne que celle qu'elles regrettent, apparue seulement à l'époque baroque.

Mis à part la liturgie, qu'a encore apporté Vatican II?

Un texte remarquable, sans doute le plus beau que l'on ait écrit sur l'Eglise: le «Lumen Gentium», soit la lumière des Nations. Avec lui, on est passé d'une vision pyramidale de l'Eglise, avec le pape tout en haut et le peuple en guise de socle, à un peuple qui marche, «le peuple de Dieu», une expression qui a été créée lors du Concile. Ce texte signifie que tous les fidèles doivent avancer ensemble, à leur échelle, contrairement à ce qui se faisait alors, où toutes les décisions passaient par le pape et les évêques.

Aujourd'hui l'Eglise est éclaboussée par les scandales, de Vatileaks à la pédophilie, et les paroisses se vident. Elle souffre de crédibilité alors qu'il y a 50 ans, grâce au Concile, elle présentait un visage novateur et plein d'espoir. Comment en est-on arrivé là?

Avec Vatican II, l'Eglise s'est réformée en profondeur pour s'adapter à un monde en pleine croissance en raison de la reconstruction de l'Europe après la guerre de 39-45. Elle l'a fait 6 ans avant Mai 68. Le problème c'est que les gens ont assimilé les deux événements alors qu'ils n'ont rien à voir. Le changement des mœurs n'est pas attribuable à l'Eglise mais à Mai 68. C'est devant les restrictions de la société d'alors, qui n'avait pas su se réformer elle, que les étudiants ont décrété qu'il était interdit d'interdire. L'Eglise a alors été emportée par ce mouvement et n'a pas su retenir ses fidèles avec ses valeurs. En outre, nous avons assisté à la montée du matérialisme dans le monde occidental et à une perte de valeurs due à l'aisance. Or, quand on vit dans l'aisance, il n'y a plus rien qui vous retient et c'est ainsi que les valeurs craquent.

La raison pour laquelle l'Eglise vit aussi une crise des vocations?

Oui. Car dans un monde où ne parle plus que de croissance, on fait croire aux gens que plus ils auront de biens, mieux ils se porteront. Les engagements sont donc plus durs aujourd'hui, et le célibat des prêtres n'est pas seul en cause, même si c'est un choix difficile pour les jeunes. Le renouveau de la foi existe, mais il se situe désormais plus en Amérique du Sud, en Afrique ou en Inde.

Faut-il donc un Concile Vatican III pour remettre l'Eglise au milieu du village?

Oui. Mais il faut qu'il se prépare soigneusement. Il ne faut pas aller trop vite dans l'analyse des problèmes, ce qui est un peu le cas aujourd'hui avec le synode sur la nouvelle évangélisation qui se tient en ce moment à Rome. On y entend tous les discours, parfois controversés, de la part des évêques. Je crois qu'il faut d'abord être d'accord sur ces questions, et ensuite poser les bases d'un nouveau concile. (Newsnet)

Créé: 10.10.2012, 06h27

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

Caractères restants:

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

1 Commentaire

Jean Kabé

10.10.2012, 09:45 Heures
Signaler un abus 1 Recommandation 0

comme toute religion, elle doit être absente et éloignée de toute implication politique, et ne pas s'imposer d'aucune manière sur la liberté de la personne Répondre



Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne