Lundi 5 décembre 2016 | Dernière mise à jour 09:06

Russie La condamnation des Pussy Riot choque l'opinion internationale

Les Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de camp. Un verdict qui a profondément choqué l'opinion publique.

Les Pussy Riot montrent le jugement officiel les condamnant à deux ans de camp.

Les Pussy Riot montrent le jugement officiel les condamnant à deux ans de camp. Image: Keystone

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Les trois jeunes femmes du groupe de punk rock russe Pussy Riot ont été condamnées vendredi chacune à deux ans de camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse». Le verdict a suscité de vives réactions, tant en Russie que sur le plan international.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, qui avaient chanté en février une «prière punk» dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine» du pouvoir, ont «violé l'ordre public» et «offensé les sentiments des croyants», sans exprimer de repentir, a déclaré la juge Marina Syrova.

Les six mois qu'elles ont passés en détention provisoire seront déduits de leur peine. Le parquet avait requis le 7 août trois ans de prison à leur encontre. Leurs avocats ont annoncé qu'ils allaient faire appel du verdict.

«C'est une honte! C'est une injustice!», ont crié plusieurs personnes dans la salle du tribunal à l'annonce de la sentence. Nadejda Tolokonnikova a souri en entendant sa condamnation.

Dans une interview publiée vendredi par le journal «Novaïa Gazeta», les jeunes femmes avaient indiqué qu'elles ne demanderaient pas au président Vladimir Poutine de les gracier. «C'est à lui de nous demander (...) de le gracier», avait déclaré Nadejda Tolokonnikova.

Aux abords du tribunal, environ 400 manifestants ont crié «Honte!» et «Fascistes!» La police, qui avait déployé un important dispositif autour du bâtiment, a interpellé plus de soixante partisans des Pussy Riot, dont le chef du Front de Gauche Sergueï Oudaltsov et l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, emmenés dans des cars de police.

Résonance internationale

Sur la scène politique internationale également, les réactions ont fusé après l'énoncé de la condamnation, la résonance du procès ayant largement dépassé les frontières de la Russie.

La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne (UE), Catherine Ashton, s'est déclarée «profondément déçue par le verdict». «Cette sentence est disproportionnée», a-t-elle dit dans un communiqué.

Le ministère français des Affaires étrangères, le département d'Etat américain et le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), Jean-Claude Mignon, ont également dénoncé un verdict «disproportionné».

La chancelière allemande Angela Merkel a parlé d'un jugement «démesurément dur», qui n'est «pas en harmonie avec les valeurs européennes d'Etat de droit et de démocratie pour lesquelles la Russie s'est prononcé en tant que membre du Conseil de l'Europe».

Amnesty International a jugé pour sa part dans un communiqué que les trois membres du groupe punk étaient des «prisonnières de conscience, détenues uniquement pour avoir exprimé pacifiquement leurs convictions», appelant les autorités russes à annuler la condamnation et à les libérer.

Cent jours de Poutine

En Russie, plusieurs voix se sont également élevées, à l'annonce du verdict. Le délégué du Kremlin pour les droits de l'Homme Vladimir Loukine a jugé la condamnation «injuste».

Le blogueur anti-corruption Alexeï Navalny, un des chefs de file de l'opposition à Vladimir Poutine, a dénoncé un «anéantissement de la justice» et «un procès digne de l'Inquisition», selon Interfax.

L'Eglise orthodoxe russe a quant à elle prôné «la clémence» envers les trois jeunes femmes «dans l'espoir qu'elles renonceront à toute répétition de ce genre de sacrilège», indique-t-elle dans un communiqué.

Le jugement intervient la semaine même où Vladimir Poutine, ex- agent du KGB, a passé le cap des cent jours depuis son retour au Kremlin pour un troisième mandat présidentiel. Une période marquée par un renforcement du contrôle de la société civile afin de répondre à un mouvement de protestation inédit à son encontre. (ats/afp/Reuters/nxp)

(Créé: 17.08.2012, 18h54)

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