ACCUEIL 26.5.2012 Mis à jour à 00h19

L'épave du Concordia attire un tourisme macabre

Reportage

Le week-end a été marqué par un tourisme macabre sur l'île toscane du Giglio, où vivent 800 habitants. Les curieux se prenaient en photo devant le Costa Concordia échoué dans la mer depuis plus d'une semaine.

Mis à jour le 22.01.2012 6 Commentaires
Une touriste sur l'île du Giglio.

Une touriste sur l'île du Giglio.
Image: Keystone

La carcasse du Concordia, échouée telle une énorme baleine à quelques dizaines de mètres de la rive, près de l’île toscane du Giglio, a attiré tout le week-end un tourisme macabre, des dizaines de curieux prenant la pose devant le navire de croisière géant.

"J’ai amené toute ma classe ici pour voir si nous pouvons découvrir ce qui s’est passé. Nous cherchons l’hôtel où le capitaine s’est caché après le naufrage", explique Benedetta, une enseignante suivie par un troupeau de lycéens venus parler avec le curé de cette petite île de 800 habitants.

Pour enquêter

Filippo, un lycéen d’une quinzaine d’années, spécule à tout va sur les causes de la catastrophe: "Si ça se trouve, le commandant était en train de boire pendant qu’il pilotait le navire ? Peut-être que Costa (sa compagnie) a cherché à le couvrir ? "

Le Concordia a heurté violemment un rocher dans la nuit de vendredi à samedi dernier avant de venir s’échouer sur d’autres récifs à 30 mètres du rivage, devant la paisible île du Giglio, habituellement ignorée des circuits classiques. Pour le moment, les corps de 13 personnes ont été retrouvés en mer ou dans l’épave et 21 sont encore portées disparues.

Le commandant, assigné à résidence chez lui depuis mardi dernier, a reconnu avoir fait une "bêtise" en longeant la rive de trop près, mais il nie avoir tardé ensuite à alerter les secours et avoir abandonné le navire en pleine évacuation.

Du «jamais vu»

"Rendez-vous compte, un bateau de cette taille, qui coule comme ça, c’est du jamais vu dans l’histoire de la marine italienne, et même mondiale, et il fallait que ça nous arrive à nous !", s’étonne un vieux marin du minuscule port du Giglio.

Arrivés par centaines de la côte à bord de ferries, les visiteurs ont littéralement pris d’assaut le Giglio samedi et dimanche, se disputant la meilleure position sur les rochers afin d’avoir la silhouette agonisante du navire en arrière-plan sur leurs photos. Avant de se ruer dans les restaurants de poisson du port.

Mauvais goût

"Les gens viennent de toute l’Italie, juste pour la journée. Ils sont là avec des jeunes enfants, je trouve que c’est d’un mauvais goût extrême", déplore Samantha Brizzi, responsable du tourisme sur l’île, qui compte 5000 résidents l’été, logés dans d’exclusives villas réparties au milieu des cyprès et du maquis méditerranéen.

Danilo Rossi, 28 ans, est venu avec sa femme, son frère et sa fille de 2 ans: "Je voulais tout simplement le voir de mes propres yeux. Je suis sans voix, je n’arrive pas à m’en remettre, c’est vraiment terrible".

Des touristes étrangers armés de crayons, de calepins et d’enregistreurs harcèlent de questions le premier journaliste qui passe à leur portée.

Associée au naufrage

Même si désormais, le Giglio "est connu partout dans le monde", le maire Sergio Ortelli refuse de croire que sa charmante île, entourée d’une réserve marine peuplée de thons et autres dauphins, se résumera désormais dans les esprits au site de la catastrophe du Concordia.

"Il y a trop de choses belles à voir sur cette île. Le navire, c’est l’histoire d’un moment seulement. Vous prenez la photo et puis vous oublierez le bateau. Alors que la mer, c’est autre chose, c’est vraiment les vacances", affirme-t-il.

Mais pour Luciana, une conductrice de taxi du Giglio, "c’est fini, tout a changé, à partir de maintenant on aura du tourisme catastrophe ici". (afp/Newsnet)

Créé: 22.01.2012, 20h42

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6 Commentaires

Alain Provist

22.01.2012, 23:29 Heures
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C'est toujours amusant de lire un article qui dénonce l'esprit macabre des citoyens lambda, alors que les médias du monde entier ont envoyé leurs journalistes prendre des photos et recueillir des témoignages de victimes et de témoins.
Comme si seuls les journalistes avaient le droit d'être curieux de savoir comment un tel drame était possible et de rapporter. Pour qui écrivent-ils ?
Répondre


Will Berga

23.01.2012, 00:46 Heures
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Les croisières, tourisme défiscalisé, non écologique et employant des ressortissants du tiers-monde dans des conditions à la limite de l’esclavagisme, devraient maintenant être mises sous des conditions beaucoup plus sévères. Espérons que l’État italien et l’Union Européenne, en fort manque de liquidités fassent payer les coûts du sauvetage à juste prix à ces compagnies maritimes off-shore. Répondre




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