ACCUEIL 31.10.2014 Mis à jour à 20h58

Hillary Clinton aussi a eu des débuts difficiles

«Trierweilergate»

Brocardée pour son "tweet" assassin à l'endroit de Ségolène Royal, Valérie Trierweiler peut se consoler en pensant au destin d'Hillary Clinton, qui a elle aussi connu des débuts difficiles de "première dame" en arrivant à la Maison Blanche en 1993.

Mis à jour le 14.06.2012

Image: Keystone

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Arriver à assumer un rôle de représentation au côté de son conjoint tout en gardant ses opinions, voire en poursuivant sa carrière, n'est pas chose facile pour la compagne de François Hollande, pas plus qu'elle ne l'était pour l'épouse de Bill Clinton, qui a dirigé les Etats-Unis jusqu'en 2001.

Dans tous les pays, et ce au moins depuis Marie-Antoinette, l'opinion publique est prompte à soupçonner le conjoint du dirigeant suprême d'avoir une influence exagérée.

Dans le cas des Clinton, Bill n'avait pas facilité les choses pour Hillary lorsqu'il avait déclaré en 1992, en pleine campagne électorale, que si les Américains le choisissaient, ils auraient deux présidents "pour le prix d'un".

Le futur président pensait bien faire en rendant ainsi hommage à la carrière d'avocate de sa femme. Elle même n'avait rien arrangé en semblant ensuite mépriser les ménagères américaines.

"J'aurais pu rester à la maison à faire des gâteaux et à recevoir pour le thé, mais j'ai décidé de faire le métier qui était le mien avant que mon mari n'entre dans la vie publique", avait-elle tranché.

La polémique ne devait pas empêcher les Clinton d'entrer à la Maison Blanche en janvier 1993, les médias évoquant alors une nouvelle race de "première dame", Hillary ayant un métier et -- ciel ! -- des opinions (de gauche).

Très vite, Mme Clinton se voit chargée de piloter l'équipe de la Maison Blanche qui devra réformer l'assurance maladie, dont sont dépourvus des millions d'Américains. Le projet de réforme, attaqué au vitriol à droite, échoue au Congrès, et il faudra attendre 2009 pour qu'un autre président, Barack Obama, parvienne enfin à imposer une réforme de la santé.

Hillary Clinton "a été crucifiée. Je ne sais pas qui aurait pu survivre mentalement ou émotivement" à une telle pression, observe Carl Anthony, historien à la Bibliothèque nationale des Premières Dames à Canton, dans l'Ohio (nord).

"Elle en a bavé, en grande partie je crois parce qu'elle était considérée comme partisane", estime-t-il.

Si à l'époque la cote de popularité de la première dame avait touché le fond, Hillary Clinton peut aujourd'hui savourer sa revanche, avec des sondages au beau fixe depuis qu'elle est la chef de la diplomatie de Barack Obama, contre qui elle s'est battue en 2008 pour l'investiture présidentielle côté démocrate.

"C'est une fin de carrière splendide", constate M. Anthony.

Mais pour une bonne partie de l'opinion publique, "une première dame est là pour être vue, pas pour être entendue, et doit se contenter d'utiliser la Maison Blanche pour des réceptions", note Myra Gutin, spécialiste du sujet à l'Université Rider.

Cela étant, reconnaît-elle, une part croissante de la population américaine voit davantage "une partenaire" dans la première dame et sont heureux de lui voir faire oeuvre utile, à l'instar de Michelle Obama, qui plaide sans relâche contre l'épidémie d'obésité aux Etats-Unis.

Avec l'émergence des médias sociaux, comme Twitter, il est plus facile -- et plus risqué -- de communiquer. Mais la première dame n'est pas élue et a le droit absolu d'exprimer son opinion en tant que citoyenne, fait valoir M. Anthony.

A propos de la polémique entourant la journaliste Valérie Trierweiler, M. Anthony observe que les premières dames d'aujourd'hui sont souvent des personnalités brillantes et respectées dans leur sphère professionnelle.

La compagne du président français "ne parlait pas sans réfléchir", suppose M. Anthony. "Elle a probablement dit ce qu'elle a dit à dessein". (afp/Le Matin)

Créé: 14.06.2012, 19h24