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L'île au trésor va enfin livrer ses secrets

Costa Rica

Une équipe anglo-allemande se rendra sur l’île Cocos dans l’espoir de dénicher le mythique trésor de Lima.

Par Renaud Malik. Mis à jour le 10.08.2012
L'île Cocos.

L'île Cocos.
Image: Bilderberg/AFP

Les recherches se concentreront sur les zones entourant trois des quatre baies que compte l’île.
(Image: DR)

Une quête de deux siècles

Oubliez les aventures de Tintin et d’Indiana Jones, l’histoire du trésor de Lima est plus rocambolesque encore. C’est en 1820 que le vice-roi du Pérou, craignant une révolte, décide de constituer ce trésor et de le mettre à l’abri au Mexique. L’inventaire initial mentionne entre autres 200 coffres remplis de bijoux, 113 statues religieuses en or, et des centaines de lingots.

Mandaté pour transporter le magot, le capitaine William Thompson se révèle peu scrupuleux: une fois en mer, il fait tuer les six soldats du vice-roi et met le cap sur une île, où il cache le butin. Il est arrêté peu après par un navire de guerre espagnol, mais parvient à s’enfuir. C’est lors de sa cavale que sa route croise celle d’un aventurier canadien, John Keating. Thompson lui parle d’un trésor caché sur l’île Cocos, avant de mourir peu après. Keating, après avoir trouvé associés et capitaux, entreprend de fouiller l’île. Là, si l’on en croit son récit, il localise le trésor mais ne peut l’embarquer, à cause d’une mutinerie. Seul à connaître l’emplacement présumé du magot, il doit s’enfuir à la hâte, à bord d’une chaloupe. Il meurt avant d’avoir pu organiser une seconde expédition.

L’aventure de Keating contribue à donner au trésor sa dimension mythique. Dès lors, les chercheurs affluent sur l’île, l’un d’eux s’improvisant même «gouverneur» des lieux. Quelques personnages célèbres participeront à cette ruée vers l’or, à l’exemple de l’acteur Errol Flynn ou de Franklin D. Roosevelt, futur président des Etats-Unis. En 1952, c’est le spéléologue français Robert Vergnes qui débarque sur l’île avec deux compagnons. Convaincu d’avoir trouvé la grotte abritant le trésor, il est sur le point d’y pénétrer mais doit abréger son séjour, ses deux amis étant morts noyés. Lorsqu’il revient sur l’île en 1973, la grotte a été comblée par un éboulis. Il rentrera chez lui bredouille. A ce jour, 500?personnes se sont laissé prendre, comme lui, au mirage de l’île.

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Eldorado des chasseurs de trésor, l’île Cocos pourrait bientôt livrer ses mystères. Une équipe anglo-allemande se rendra à la fin de l’automne sur ce rocher inhabité, à 500?kilomètres des côtes du Costa Rica. Les quinze membres de l’expédition auront dix jours, en tout, pour découvrir le Trésor de Lima. Un fabuleux magot qu’on dit enfoui dans une des grottes de l’île, et dont la quête a mobilisé des centaines d’aventuriers depuis le XIXe siècle.

Au patrimoine mondial

Si l’expédition est loin d’être la première, elle n’en est pas moins exceptionnelle. D’abord, parce que l’époque où les forcenés du trésor envahissaient Cocos pour y creuser des tranchées, ou faire sauter les rochers à la dynamite, est depuis longtemps révolue. Les fouilles sont aujourd’hui interdites sur l’île, transformée en parc national et classée depuis 1997 au Patrimoine mondial de l’Unesco. Il a fallu dix mois de négociations avec les autorités du Costa Rica pour que l’équipe dirigée par l’ingénieur britannique Shaun Whitehead obtienne l’autorisation de s’y rendre. Surtout, il a fallu fournir la garantie que l’expédition ne serait pas une pure chasse au trésor.

Contacté par «Le Matin», Shaun Whitehead le répète: il s’agira avant tout d’une «expédition scientifique». Dans cette île réputée pour la richesse de sa flore et de sa faune, les recherches menées sur le terrain seront pour une bonne part de nature géologique, écologique et archéologique. «Les reptiles notamment abondent sur l’île et nous allons tâcher de trouver de nouvelles espèces», promet la réalisatrice Ina Knobloch, qui participera à l’expédition. Excellente connaisseuse de l’île, l’Allemande rappelle que l’endroit n’a pas seulement inspiré le roman «L’île au trésor», de Robert Louis Stevenson, mais aussi «Jurassic Park», de Michael Chrichton.

L’espoir de dénicher le fabuleux trésor constitué en 1820 par le vice-roi du Pérou et volé par le capitaine anglais William Thompson (lire l’encadré) reste malgré tout le principal moteur. «De nombreux faits appuient l’idée selon laquelle le trésor, ou du moins sa plus grande partie, doit encore se trouver sur l’île, assure Ina Knobloch. Les rivières et les cascades recèlent de nombreuses grottes cachées, et c’est précisément dans l’une d’elles que nous allons chercher.»

240 millions de francs

La grotte en question, où William Thompson aurait mis à l’abri le magot, a probablement vu son accès bouché par un glissement de terrain, explique Shaun Whitehead. D’où l’importance d’employer un matériel ultraperformant, que l’ingénieur de Leicester a lui-même mis au point: «Nous allons nous concentrer sur les zones entourant trois des quatre baies de l’île, Yglesias, Wafer et Chatham. Dans chacune, nous utiliserons un mini-hélicoptère téléguidé, équipé d’une caméra permettant de dresser une carte en 3D des lieux. Nous aurons aussi une caméra endoscopique pour détecter les cavités dans la roche.» Pas question de creuser des trous béants, poursuit l’ingénieur: tout sera fait dans le respect du paysage. Et, en cas de réussite, les biens seront remis à l’Etat du Costa Rica.

Mais quelles sont au juste les chances de succès? Faibles sans doute, si l’on songe aux centaines de chercheurs de trésors qui ont ratissé l’île à ce jour sans jamais rien n’y trouver. L’écrivain franco-suisse Alex Capus, lui, est convaincu que l’expédition repartira bredouille. Dans un livre paru en 2005, il a soutenu cette thèse étonnante: le trésor de Lima, s’il existe, ne se trouve pas sur l’île Cocos, au Costa Rica, mais sur une île des Samoa (Polynésie) où le romancier Robert Louis Stevenson a fini sa vie. «Ma théorie est que Stevenson a découvert qu’une des îles de l’archipel des Samoa était appelée île Cocos sur les anciennes cartes navales, explique l’auteur installé à Olten (SO). Or, avec les courants, il était tout à fait possible que le navire de William Thompson, en prenant la fuite depuis le Pérou, se soit échoué dans les environs. Après avoir compris cela, Stevenson a passé la fin de sa vie à y chercher le trésor.»

D’autres théories veulent que le magot, dont la valeur est aujourd’hui estimée à 240 millions de francs, soit plutôt caché en Australie. Ou encore à Trinidad, une île de l’Atlantique Sud. La croyance selon laquelle il se trouverait encore au large du Costa Rica repose largement sur un témoignage, celui de John Keating, un navigateur canadien dont la route a un jour croisé celle du «pirate» William Thompson. C’est mince. Mais suffisant pour que le mythe perdure encore longtemps.


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(Le Matin)

Créé: 11.08.2012, 09h50

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