Mercredi 24 août 2016 | Dernière mise à jour 18:08

Présidentielle française «Marine seule peut nous sauver»

A quelques jours du scrutin, «Le Matin» donne la parole aux «oubliés» de la campagne. Premier épisode, Cyrille, ouvrier au chômage, ne votera pour aucun candidat. Il s’en remet au FN, comme 29% des électeurs de Sochaux.

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Bienvenue à Peugeot?City, pourraient dire les panneaux qui accueillent le visiteur de Sochaux. La ville franc-comtoise, à deux pas de la frontière suisse, s’identifie encore à son industrie automobile. Cyrille Tesevic, 38?ans, a grandi là, dans la certitude d’être employé à vie à l’usine Peugeot, dite «la Peuge». Tout comme son père, venu de Belgrade à l’âge de 20?ans pour y travailler. Le destin et la désindustrialisation en ont décidé autrement: engagé à 22?ans, Cyrille a été licencié en 2002. Aujourd’hui, il n’a «plus rien». Ni travail, ni indemnités, ni illusions.

Au chômage depuis un an

La crise est passée par là, certes. Mais Cyrille admet aussi qu’il a «du mal à garder un boulot», qu’il a souvent payé cher sa «grande gueule». Il ne supportait pas, à l’époque où il était chez Peugeot, d’être «le sous-fifre de la Peuge», et s’est mis à dos ses chefs. Viré, il n’a jamais fait ensuite que de petits boulots.

Au chômage depuis un an, il envoie des CV partout. Jusqu’en Suisse, où il se verrait bien travailler dans la future usine Swatch de Boncourt (JU). Mais, au fond, il n’y croit plus. «J’ai l’impression que je ne vais pas m’en sortir», soupire le grand gaillard, dans le trois-pièces qu’il loue près de l’usine. «Avant, même sans formation, on trouvait facilement du boulot. Aujourd’hui, les places sont chères.» Chaque jour, devant son ordinateur, il passe autant de temps à prospecter qu’à ruminer. Et l’angoisse croît à mesure que s’arrondit le ventre de sa compagne, Laetitia, qui attend leur premier bébé: «On vit à deux avec sa paie d’infirmière, 1700?euros. Mais, dans trois semaines, ce sera une paie pour trois. Là, ce sera serrage de ceinture.»

L’angoisse, parfois, cède le pas à la nostalgie. Nostalgie d’une époque fantasmée, celle où son père a commencé chez PSA Peugeot Citroën. «Il me dit que c’était royal à l’époque. Quand il est arrivé dans les années 1960, il y avait 45?000 ouvriers, contre 5000 ou 6000 aujourd’hui. Le travail était moins dur et mieux payé qu’aujourd’hui.»

Faux bulletin Le Pen

«Ça irait mieux si Marine était là», glisse Cyrille au détour de la conversation. Comme 29% des habitants de Sochaux, il a voté Le Pen. Il raconte avec fierté qu’il a même «fait la bise» à la candidate FN lors de sa visite devant l’usine, en janvier. Ce jour-là, les partisans de Mélenchon étaient là aussi pour tracter. Cyrille, qui a longtemps voté à gauche, n’a pas eu un regard pour eux. Aujourd’hui, il ne croit plus qu’en «Marine».

«Marine défend les amoureux de la France, pas ceux qui font leurs trafics et brûlent des voitures», observe Cyrille. Serbe d’origine, il s’en prend aux «mauvais» immigrés, Maghrébins en premier lieu. «Moi, je ne parle même pas le serbe. Je me sens Français, pas comme ceux qui mettent des drapeaux algériens à leur voiture quand ils se marient.» Il a décidé de ne plus voter PS en entendant Hollande défendre le droit de vote des étrangers. Et il déteste Sarkozy, parce qu’il avait «promis de nettoyer la racaille au Kärcher et n’a rien fait».

Au second tour, pour marquer son mépris à l’égard du PS et de l’UMP, qu’il accuse d’avoir laissé la France s’enfoncer dans le déclin, Cyrille votera symboliquement avec un faux bulletin Le Pen. «Marine est la seule qui peut nous sauver. Avec elle, on quitterait l’Europe et l’euro. On arrêterait les délocalisations, on fermerait les frontières. La France, c’est le seul pays d’Europe qui aurait pu et dû vivre en autarcie. On avait tout, l’agriculture, la pêche, l’industrie. Il ne reste plus rien.» L’avenir du pays? Cyrille le voit sombre, très sombre. Au moins autant que le sien. (Le Matin)

(Créé: 30.04.2012, 14h10)

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