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Sous tutelle, Zaman est désormais pro-Erdogan

Turquie

Au lendemain de sa dernière édition libre qui titrait «Jour de honte», le quotidien affiche désormais une ligne progouvernementale.

Mis à jour le 06.03.2016 5 Commentaires
La population était venue soutenir le journal vendredi, le jour de sa mise sous tutelle.

La population était venue soutenir le journal vendredi, le jour de sa mise sous tutelle.
Image: Keystone

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Le quotidien turc à gros tirage Zaman, très critique du président Recep Tayyip Erdogan, a paru dimanche pour sa première édition depuis sa mise sous tutelle en affichant une ligne nettement progouvernementale. Un journaliste a toutefois précisé que cette édition n'avait pas été faite par du personnel de Zaman.

En Une du journal, un article sur un ambitieux projet du gouvernement de construction d'un pont de trois milliards de dollars entre les rives asiatique et européenne d'Istanbul a remplacé les habituelles critiques de Zaman.

Ligne progouvernementale

«Internet a été coupé, nous ne pouvons plus utiliser notre système», a rapporté l'un des journalistes de Zaman, ajoutant que «l'édition de dimanche n'a(vait) pas été faite par du personnel de Zaman».

A l'unisson de la presse progouvernementale, Zaman publie également en Une des clichés de funérailles de «martyrs» tués lors d'affrontements avec des rebelles kurdes dans le sud-est de la Turquie.

Il affiche aussi en Une une photo de Recep Tayyip Erdogan tenant la main d'une femme âgée et annonce que le chef de l'Etat recevra des femmes pour la journée des Femmes la semaine prochaine.

«Jour de honte»

Le quotidien, au tirage de quelque 650'000 exemplaires, avait titré samedi sur un «jour de honte» pour la liberté de la presse en Turquie, ayant pu sortir une dernière édition juste après sa mise sous tutelle.

En début d'après-midi, la police avait mis fin avec des tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes au rassemblement à Istanbul de quelque 500 personnes devant le siège du plus grand quotidien de Turquie. Celui-ci avait été investi dans la nuit par les forces de l'ordre.

Les administrateurs de tutelle mis en place par les autorités turques ont limogé le rédacteur en chef du groupe, Abdülhamit Bilici, selon plusieurs médias.

Inquiétude en Occident

Cette reprise en main a soulevé l'inquiétude de Washington et de l'UE, qui ont rappelé Recep Tayyip Erdogan au respect de la liberté de la presse. Elle survient juste avant un sommet lundi entre l'UE et la Turquie sur la crise des migrants, au cours duquel Bruxelles attend d'Ankara des efforts pour enrayer le flot des candidats à l'exil.

L'organisation Reporters sans frontières a ainsi appelé l'UE à ne pas «céder au chantage sur les migrants», alors qu'Ankara «piétine ostensiblement» une valeur fondamentale de l'UE.

Procédure «juridique» uniquement

Le gouvernement turc a nié toute interférence, le Premier ministre Ahmet Davutoglu assurant qu'«il ne s'agit pas d'une procédure politique, mais juridique».

«Il existe de nombreux organes de presse en Turquie qui critiquent notre gouvernement. Aucun n'est soumis à une procédure judiciaire», a affirmé dimanche Recep Tayyip Davutoglu à la télévision A Haber.

«Parce que la critique est le droit le plus naturel et que ce qui est en question, ce n'est pas une simple activité de presse mais plutôt une opération visant un gouvernement légitime arrivé au pouvoir avec le soutien du peuple», a-t-il ajouté.

Proche de l'imam Gülen

Le groupe Zaman, qui outre Zaman et Today's Zaman possède l'agence de presse Cihan, est considéré comme proche de l'imam Fethullah Gülen, ancien allié devenu l'ennemi numéro un de Recep Tayyip Erdogan.

Le président accuse Fethullah Gülen, 74 ans, d'être à l'origine des accusations de corruption qui l'ont visé il y a deux ans et d'avoir mis en place un «Etat parallèle» destiné à le renverser, ce que les «gülenistes» nient farouchement.

Accusé par les autorités turques d'avoir formé une «organisation terroriste», Fethullah Gülen vit aux Etats-Unis depuis 1999 et Ankara a demandé son extradition.

Dimanche, Ahmet Davutoglu a déclaré que des discussions étaient en cours avec Washington «dans le cadre de la loi internationale». «J'espère que nous obtiendrons un résultat le plus rapidement possible«', a-t-il dit. (ats/nxp)

Créé: 06.03.2016, 12h55

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5 Commentaires

Monique Dubourg

06.03.2016, 18:59 Heures

Et l'UE veut négocier avec ses gangsters ? De quoi se pincer non ? Répondre


Ingo Baier

06.03.2016, 17:41 Heures

C'est épine dans le pieds de l'otant et elle le sera bientôt pour l'Europe. Répondre



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