Jeudi 8 décembre 2016 | Dernière mise à jour 12:38

Guerre civile Que racontent vraiment les vidéos amateurs de Syrie?

Le New York Times a mis en ligne une plateforme interactive permettant de commenter et de contextualiser les images et vidéos du conflit syrien postées sur internet. Une bonne idée?

Riccardo Bocco est professeur d'anthropologie et de sociologie du développement à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève. (DR)

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Que faire lorsqu’un territoire en conflit est interdit aux journalistes et aux ONG? Et lorsque, en parallèle, des dizaines de vidéo et images amateurs sont postées sur internet sans pouvoir en vérifier ni l'origine, ni le contexte?

Le New York Times a un élément de réponse. Il vient de mettre en ligne une plateforme participative qui propose de commenter, contextualiser et sourcer en direct les vidéos et images du conflit via les réseaux sociaux.

Le site Watching Syria’s War propose de mettre en perspective depuis mercredi les images des violences qui enflamment Damas, ville encore fermée aux médias. Des connaisseurs de la capitale syrienne permettent ainsi, par leurs commentaires envoyés sur Twitter et Facebook, de situer les lieux des batailles et leurs participants.

Quelle peut être l’efficacité mais aussi les limites d’une telle démarche? Réponse avec Riccardo Bocco, professeur d’anthropologie et de sociologie du développement à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève.

Le Matin – Quel regard portez-vous sur la démarche du New York Times?

Riccardo Bocco – Cette plateforme m’évoque le printemps 1982, lorsque Hafez al-Assad, père de Bachar, a lancé la guerre contre les Frères musulmans en Syrie. Deux événements atroces n’avaient pas pu être documentés par les médias: le massacre des chefs de file à Tadmor (Palmyre) et la bataille de Hamas, qui avait fait entre 12'000 et 20'000 morts, un chiffre toujours pas établi à ce jour.

Comment les médias de l’époque n’ont-ils pas pu être au courant?

Nous savons aujourd’hui que Hafez al-Assad avait dépêché des émissaires syriens auprès des correspondants sur place en les menaçant personnellement en cas de fuite. Ce n’est qu’un an plus tard que les faits ont filtré: à Tadmor, le régime a fait croire aux chefs de file des Frères musulmans, alors prisonniers, à une libération. Au moment où ils ont quitté la prison, ils ont été mitraillés. A Hamas, le régime avait demandé aux non musulmans de quitter la ville. Pour montrer sa détermination, l’armée avait ensuite bombardé certains quartiers. Je m’y suis baladé en tant que touriste, trois mois après les faits. Je ne comprenais rien: des sites historiques avaient disparu, des immeubles étaient entièrement détruits. On croyait à un tremblement de terre.

Un site comme Watching Syria’s War peut donc éviter en théorie un tel silence…

Sans doute, car nous vivons dans un autre monde. Un régime autoritaire ne peut plus museler l’information comme par le passé. Je trouve cette démarche très positive. Je pense toutefois que ne rien ne peut remplacer la présence de journalistes et d’ONG sur place. Car ce genre de site peut être à double tranchant: d’un côté il est favorable d’avoir plus d’images et de vidéo qui circulent qu’auparavant, mais de l’autre, ces matériaux peuvent être sujets à manipulation.

Que préconiseriez-vous pour l’analyse de ces images?

Idéalement, une équipe technique devrait débusquer les montages et autre coupes dans les vidéos. Une interprétation solide de ce matériel devrait aussi être fournie, à l’aide de personnes sur place depuis le début des violences, par exemple du CICR, et de journalistes qui connaissent bien la région et le conflit. Enfin, la question de la source reste toujours un problème, car les auteurs de ces images doivent rester anonymes en Syrie, car ils risquent la peine de mort si le régime remonte jusqu’à eux. On l’a vu par le passé. (nxp)

(Créé: 20.07.2012, 06h08)

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