Mercredi 31 août 2016 | Dernière mise à jour 23:56

Documentaire «Salafistes» ou la charia au quotidien

Montrer les salafo-jihadistes «tels qu'ils sont», c'est l'objectif du documentaire qui sort mercredi mais qui est menacé d'interdiction aux moins de 18 ans.

Image: dr

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Ses auteurs, François Margolin et Lemine Ould Salem, nous emmènent au Nord-Mali sous contrôle djihadiste, de mai 2012 à janvier 2013, à Tombouctou et Gao, à la rencontre de chefs des mouvements Ansar Dine et du Mujao, affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

On y suit les policiers islamiques, en patrouille sur un marché ou dans les allées sablonneuses de Tombouctou, qui apostrophent deux gamines sur un étal: «Je lui ai dit de rabattre son voile».

Tout juste amputé de la main droite pour vol, un jeune plombier feint sur son lit d'hôpital de se réjouir d'être pris «intégralement en charge» jusqu'à sa sortie, sous l'oeil de son bourreau, Sanda Ould Boumama. «On l'a traité conformément à ce que Dieu nous dit», justifie ce chef local d'Ansar Dine. «Je ne fais qu'appliquer les obligations divines. (...) Il n'y a plus de péché maintenant», clame un autre chef djihadiste, , Oumar Ould Hamaha. Surnommé «barbe rousse» pour son bouc coloré au henné, celui qui fut un moment porte-parole du Mujao aurait été tué courant 2014 par les forces spéciales françaises. «L'homme est rebelle par nature à la volonté divine, il est esclave de ses passions, il faut donc agir par force pour qu'il se soumette», assène-t-il. «C'est le sabre qui va trancher, et c'est par le sabre que le jihad va se propager».

Autre moment fort, les préparatifs de l'exécution d'un berger touareg, jugé coupable d'assassinat.

Ces scènes rappellent le film Timbuktu du réalisateur Abderrahmane Sissako, primé aux Césars 2015. Initialement associé au documentaire, M. Sissako a abandonné le projet en cours de route mais conservé les images rapportées du Nord-Mali. MM. Margolin et Ould Salem l'avaient accusé de les avoir «pillées» et copiées pour son film.

Une parole brute, souvent choquante

Le tournage a duré trois ans, au Mali, en Mauritanie et Tunisie. A Nouakchott, il donne la parole à plusieurs prédicateurs salafistes qui ont pignon sur rue. La force de «Salafistes» est de donner à voir et à entendre, sans commentaire.

L'attentat contre Charlie Hebdo? «Ils ont eu ce qu'ils méritaient». Contre l'Hyper Cacher? «Juifs et musulmans sont en guerre, ce n'est que justice». «On peut utiliser la démocratie pour faire valoir nos droits. Mais nous refusons ce système qui est mécréant par essence». «Il ne faut pas faire la distinction entre salafisme djihadiste, , intellectuel, et de comportement», juge l'imam Mohamed Salem Madjissi. «Le salafisme englobe tous ces aspects, il envisage tous les aspects de la vie», estime ce religieux, pour qui l'EI «respecte la charia» et «est un Etat tout à fait légitime».

Les deux réalisateurs ont pris le parti d'insérer des extraits des vidéos de propagande du groupe Etat islamique (EI), dont la violence leur a «semblé le meilleur des contrepoints». «Notre projet était de montrer les salafistes de l'intérieur», explique François Margolin. Minoritaire mais de plus en plus influent dans l'islam, «le salafisme est avant tout une idéologie, qui débouche sur le passage à l'acte», selon lui. Et les auteurs de citer les mots de «barbe rousse»: «être djihadiste, , c'est le stade suprême du salafisme, c'est un cheminement normal».

La commission de classification des oeuvres du Centre national du cinéma (CNC) a préconisé mardi l'interdiction du film aux moins de 18 ans. En cause notamment, des images non floutées de l'exécution du policier Ahmed Merabet, victime des tueurs de Charlie Hebdo. Dans un courrier à la ministre Fleur Pellerin, François Margolin a indiqué qu'il allait modifier la scène.

(afp/Le Matin)

(Créé: 24.01.2016, 15h00)

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