2000 € pour deux vieilles frites
Art
—Par Christophe Bourdoiseau. Mis à jour le 13.02.2012 9 Commentaires
Ne jetez pas de vieilles frites sans réfléchir, ça pourrait vous coûter bonbon! Une galeriste de Munich (Allemagne) vient d’en faire l’amère expérience: la semaine dernière, elle a été condamnée à payer 2000 euros de dommages et intérêts pour avoir mis à la poubelle deux frites de l’artiste Stefan Bohnenberger.
Cette sentence, prononcée vendredi 10 février par la Cour d’appel de Munich, a annulé un jugement de première instance qui avait donné raison à la galerie Mosel und Tschechow – jugement selon lequel deux frites croisées ne sont pas de l’art.
Offusqué par cet argument, Stefan Bohnenberger, après avoir relevé que la galeriste était encore en possession d’autres frites, a demandé: «Si vous dites que c’est bon pour la poubelle, pourquoi les conservez-vous?»
Pour sa défense, Andrea Tschechow a insisté sur le fait que «ces frites n’étaient qu’une ébauche pour l’œuvre définitive «Pommes d’or» – deux frites dorées à la feuille et disposées en croix. Elle a d’ailleurs été soutenue par Birgit Maria Sturm, présidente de la Fédération des galeristes allemands, qui estime que «ce jugement est absurde. Les frites originelles ne peuvent avoir un statut d’œuvre d’art que quand elles appartiennent à l’œuvre définitive.»
Mais alors… Pourquoi tout ce foin? Pour Andrea Tschechow, l’artiste a voulu soutirer des sous à la galerie, avec laquelle il est en procès depuis des années. Selon elle, Stefan Bohnenberger se serait souvenu de son œuvre il y a un an par hasard: «Avant, tout le monde se fichait de ces frites!» a lancé la galeriste.
Impassible, le président du tribunal, Hartmut Fischer, a jugé que la galerie «a manqué à ses engagements», ajoutant qu’elle avait le devoir de conserver les frites de Stefan Bohnenberger.
Quant au prix, il a été déterminé par les lois de l’offre et de la demande. Or, par un heureux hasard, une collectionneuse de Cologne est venue au procès pour jurer qu’elle voulait acheter ces frites pour 2500 euros! Curieusement, les juges ont trouvé cette amatrice tout à fait crédible… bien qu’elle soit liée d’amitié avec l’artiste. Le président a pu également consulter le catalogue de 1990: les deux frites avaient été exposées il y a vingt-deux ans dans la galerie à un prix de 4200 euros. A l’époque, elles n’avaient pas trouvé preneur.
Stefan Bohnenberger a-t-il exagéré? 2000 euros d’indemnité pour deux vieilles pommes frites, est-ce vraiment sérieux? L’artiste persiste et signe: «C’est une œuvre d’art.» De plus, ajoute-t-il, la frite est fascinante: «Je voulais faire quelque chose qui incarne le monde occidental. Les frites sont le résultat d’un processus particulier: les pommes de terre – qui incarnent la nature – sont coupées, mises dans la friture, puis vendues. Mais tout le monde ne peut pas comprendre cela», ajoute-t-il. (Le Matin)
Créé: 13.02.2012, 12h54
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9 Commentaires
Quand les savants du futurs chercheront des exemples de la dégénérescence de la civilisation occidentale, cet épisode figurera en bonne place. Répondre
Ces pseudo-artistes ne sont que de petits escrocs (tout autant que ceux qui vendent leurs "oeuvres". Je signale que je suis un ancien élève des Beaux-Arts et que je distingue les vrais artistes de ces petits crétins à grosse tête vide. Répondre


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