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La Cour des Miracles est le forum où se joue toute la tragédie. Menés par Clopin, interprété par Jay, ex-prince du R’n’B – sur la poutre à droite – les sans-papiers mènent la danse au pied du mur de la cathédrale. À gauche: Gringoire (Richard Charest) et Esmeralda (Hiba Tawaji).

La Cour des Miracles est le forum où se joue toute la tragédie. Menés par Clopin, interprété par Jay, ex-prince du R’n’B – sur la poutre à droite – les sans-papiers mènent la danse au pied du mur de la cathédrale. À gauche: Gringoire (Richard Charest) et Esmeralda (Hiba Tawaji). Image: Alessandro Dobici/LMD

Comédie musicale Il est revenu le temps des cathédrales

Dix-huit ans après sa création, «Notre-Dame de Paris», le show inspiré par le chef-d’œuvre de Victor Hugo, fait son retour. Si les interprètes sont nouveaux, les costumes flamboyants et la chorégraphie remise au goût du jour, les hymnes, eux, sont immuables, et l’émotion toujours au rendez-vous. On retrouve avec bonheur la Cour des Miracles, on se laisse toucher par Quasimodo, le bossu amoureux de la bohémienne Esmeralda.

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«Notre-Dame de Paris»

«Notre-Dame de Paris» Dix-huit ans après sa création, la comédie musicale inspirée par le chef-d'œuvre de Victor Hugo fait son grand retour.

À voir

«Notre-Dame de Paris», vendredi 5 mai (à 20h30) et samedi 6 mai (à 15h et 20h30), Arena de Genève.

Réservations: Ticketcorner, Fnac et livemusic.ch

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Jusqu’à 1998, «Notre-Dame de Paris», c’était Victor Hugo. L’auteur de la légendaire histoire d’amour sans espoir entre le Bossu de Notre-Dame, Quasimodo, et la belle Esmeralda, la zingara, à la fin du XVe siècle. Mais quand le parolier québécois Luc Plamondon, fort de son expérience en 1978 sur l’opéra-rock «Starmania», a mis cette tragédie en chansons, avec l’auteur-compositeur italien Richard Cocciante, l’œuvre a pris une nouvelle dimension, plus incarnée, plus proche, plus actuelle. N’étions-nous pas déjà à la croisée de deux époques, la fin d’un millénaire? Aujourd’hui, cette comédie musicale résonne encore plus profondément au cœur de l’actualité, sur fond de crise internationale liée à l’accueil des réfugiés, dans une société moderne où l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser.

En 1998, «Notre-Dame de Paris» a aussi relancé le genre du spectacle musical en France. Et depuis sa création, le show ne s’est jamais arrêté de tourner à travers le monde, de la Turquie au Japon en passant par la Corée, la Russie et la Chine, et jusqu’aux immenses arènes de Vérone. Preuve encore que c’est une histoire universelle. Les principaux interprètes des tubes mythiques de «Notre-Dame de Paris» – comme «Belle» et «Le temps des cathédrales» – sont tous devenus des stars, qu’il s’agisse de Garou, Patrick Fiori, Hélène Segara ou Daniel Lavoie (le seul qui reprend son rôle du prêtre Frollo dans la nouvelle version).

Ce succès mondial a convaincu Nicolas Talar, producteur du nouveau spectacle français, de revenir sur scène dix-huit ans après l’original, d’abord à Paris – de novembre 2016 à janvier dernier, avec un triomphe à la clé – puis en tournée dans les pays voisins dès le mois d’avril. Le spectacle passera donc par l’Arena de Genève les 5 et 6 mai.

Un vent de nouveauté

Quid de ce show monumental? Si la reprise de «Notre-Dame de Paris» conserve l’essentiel de la version de 1998, un vent de nouveauté souffle sur le spectacle. Notamment pour les costumes, bien plus modernes et colorés que ceux de la version d’origine, qui paraissaient un peu ternes. Cent vingt tenues ont été recréées, reflétant une certaine intemporalité. La costumière Caroline Van Assche a anticipé sur la lumière scénique pour avoir le meilleur rendu possible: elle a opté pour des tissus nobles et naturels, comme le lin et la soie. Esmeralda se détache des autres dans sa robe verte et Quasimodo dans sa tenue orange, alors que le poète Gringoire, qui expose l’histoire, se drape dans un majestueux manteau bleu roi.

Avec une trentaine d’artistes – dont 7 chanteurs, 7 acrobates et 16 danseurs – la scène est constamment en mouvement. Pas de temps mort, la chorégraphie est endiablée, comme sur le titre «Le val d’amour», où la vie trépidante dans un lupanar est symbolisée par des parties à trois sur des lits en fer à roulettes qui traversent la scène, immense, de part en part. À chaque tube, un nouveau tableau et de nouvelles voltiges. L’imagination est au rendez-vous de cette mise en scène débordante d’action, qui tranche avec celle de 1998, plus sobre.

Église toute-puissante

Mais à force de solliciter le regard dans tous les coins de la scène par une abondance de danses frénétiques, l’attention des spectateurs se perd en route, on perd le fil rouge. On n’écoute plus vraiment les paroles, on se contente de vibrer à chaque décibel. Trop de chorégraphies, si réussies soient-elles, cassent parfois l’émotion.

Parce que «Notre-Dame de Paris», c’est tout de même le destin tragique d’une étrangère qui, séduite par un soldat volage, puis convoitée par un prêtre – déchiré entre désir et sacerdoce – finira en prison, tels «Les oiseaux qu’on met en cage». Puis pendue sur la place publique. C’est aussi l’histoire d’une Église bien-pensante et toute-puissante qui veut chasser les sans-papiers du parvis de sa cathédrale.

Ce propos résonne donc avec une acuité particulière aujourd’hui. «L’action se passe en 1482 et le phénomène des réfugiés existait déjà, souligne le parolier Luc Plamondon. Les étrangers qui arrivaient à Paris pouvaient entrer dans la ville seulement le jour, et, avant minuit, ils devaient être sortis.»

Quasimodo (Angelo Del Vecchio) est amoureux d’Esmeralda, qui est en prison. Il ne sonne plus les cloches de Notre-Dame. Crédits: Alessandro Dobici/LMD

Hymnes puissants

«Notre-Dame de Paris», ce n’est pas qu’une succession de tubes formatés pour les charts, mais des hymnes puissants, tous porteurs d’un message. Et il ne s’agit pas de les fredonner en rythme, parce qu’ils sollicitent la plus grande attention. Alors on apprécie d’autant plus le retour au calme avec «Belle», quand les protagonistes, Quasimodo, Frollo et Phoebus, forment un cercle autour d’Esmeralda, offerte et sans défense au centre de la scène, objet tant convoité du désir. Soudain le zoom se fait. Les applaudissements résonnent même avant le début de la chanson. Le public connaît ses classiques… De même, l’«Ave Maria païen», interprété par Esmeralda, est un moment intense, habité par une ferveur intemporelle. Ces scènes sont des points d’orgue qui font du bien dans la fièvre des scènes qui s’enchaînent fébrilement.

Autre point fort: les décors, très dépouillés, où l’on a cherché l’impact symbolique. Un mur gigantesque occupe l’arrière de la scène: au départ, c’est le mur de l’église, sans porte, insensible à la clameur des sans-papiers qui occupent la Cour des Miracles, à l’avant-scène: on ne saurait mieux traduire la dureté de l’Eglise au sort des misérables, ainsi que Hugo l’avait voulu. L’archidiacre Frollo apparaît tout en haut dans l’encadrement d’une fenêtre, depuis laquelle il toise la foule.

C’est aussi le mur de la prison d’Esmeralda, qui soudain, grâce au jeu des lumières, se pare de barreaux. Quand Quasimodo entre en scène, deux tours glissent vers le milieu du plateau. Elles sont chacune couronnées d’une impressionnante gargouille. La cathédrale Notre-Dame est bien présente au centre de l’action, ainsi qu’elle avait impressionné les premiers lecteurs de Victor Hugo en 1832, qui voyaient en elle le personnage principal du roman. Mais «éclairée d’en bas, par des soupiraux d’enfer», ajoutait Sainte-Beuve, rebuté par le manque de spiritualité du livre.

Quasimodo, héros de cœur et de larmes

Parmi les chanteurs, on est saisi par le Quasimodo de l’Italien Angelo Del Vecchio, méconnaissable sous son maquillage et sa bosse. Il est tout simplement extraordinaire et parvient même à faire oublier Garou, l’interprète historique. Pour donner de la chair au sonneur de cloches maudit, sa voix devient torrent et suscite le frisson. Il est capable d’une gamme de nuances qui en fait un vrai héros de cœur et de larmes.

Découverte dans «The Voice 4», Hiba Tawaji, d’origine libanaise, est aussi l’une des révélations de cette nouvelle version. Rebelle, exaltée, amie et amante, elle donne de la consistance aux différentes facettes de la bohémienne. Elle a défini sa conception du personnage dans le quotidien libanais L’Orient-Le Jour: «Le chanteur et comédien doit rester fidèle au rôle tel qu’il a été conçu, mais chaque artiste peut y mettre un peu de lui-même. Je trouve qu’Esmeralda ressemble à ces femmes d’Orient. Elle se veut libre, elle se bat pour des principes qu’elle ne veut jamais compromettre. Elle est fragile dans sa féminité mais reste solaire malgré tout.»

Seul rescapé de la première version, Daniel Lavoie, ovationné par le public, a gagné en profondeur. À 67 ans, il est magistral, tantôt impérieux sous sa soutane, tantôt trop humain quand le masque tombe…

Spectacle grandiose et haut en couleur, «Notre-Dame de Paris» est bien resté la parabole de notre temps. Comme en 1482, à l’aube des grandes conquêtes qui ont changé la face du monde – telles la découverte de l’Amérique, la Réforme, l’invention de l’imprimerie – comme au temps de Hugo et de ses préoccupations politiques, si présentes dans l’ouvrage, on se trouve aujourd’hui au début d’une ère nouvelle, marquée par toutes les mutations, auxquelles la trame hugolienne et la vibrante traduction musicale de Richard Cocciante offrent un double écho. Il n’a pas fini de nous troubler. (Le Matin)

Créé: 15.04.2017, 22h54

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