Adele, une lady sans gêne
Musique
—En 2011, les Anglais achetaient toutes les 8,3 secondes le deuxième album d’Adele, «21». Il est resté là-bas dix-neuf semaines au top des charts. Que l’on soit en période de rupture ou pas, son hit «Someone like You» est calibré pour les larmes. Adele n’y croyait pas elle-même mais, avec la disparition prématurée d’Amy Winehouse, elle est aujourd’hui la big boss du blues et de la soul outre-Manche. Aux derniers Grammy Awards d’où elle est repartie avec six trophées, Adele a remercié sa maman, Penny Adkins: «Tu as fait un sacré beau boulot avec moi.» Les coups du destin, mère et fille ont appris à les dépasser.
Adele est née en mai 1988 à Tottenham. Elle a 4 ans quand son père, Mark Evans, met les voiles. Sa mère cumule alors les petits boulots pour faire tourner la famille. Loin de ces soucis, la fillette répète déjà dans sa chambre son discours de remerciement aux BRIT Awards, avec une bombe de laque pour cheveux en guise de micro. Mardi soir, changement d’ambiance à la cérémonie, où la star a remporté deux récompenses (meilleure artiste féminine et meilleure album pour «21»). Elle s’est permis un doigt d’honneur parce que, pour la chaîne de télévision ITV, ses remerciements comptaient moins que les coupures pubs. Mais revenons à l’essence de son talent, lorsqu’elle n’était qu’une ado gesticulant sur les chansons des Spice Girls. A 14?ans, elle entre à la BRIT School, qui prépare les gloires de demain. Elle y signe sa première chanson, «Hometown Glory», tombe amoureuse, coule sous la puissance de ses sentiments et, avec les années, elle se sert de cette substance malheureuse pour faire éclore des chansons extraordinaires dans ses deux albums, «19» et «21».
Pas un produit marketing
Que lui manque-t-il aujourd’hui? Peut-être un peu de calme pour lui éviter de se transformer en lady jet-setteuse arrogante avec château et hélicoptère privé, détachée de la réalité. Cela passe par un changement de registre: troquer l’amour triste contre l’amour tout court qu’elle vit avec son nouveau chéri, Simon Konecki, 37?ans, un ancien financier reconverti dans les bonnes œuvres. Quant à son look rétro chic, il jure toujours autant avec sa gouaille héritée de son enfance dans les quartiers populaires mais il la rend audacieuse et sexy. En public, Adele ne soigne pas vraiment son langage mais elle refuse tout marketing trop lisse. Pas de ligne de vêtements ou de parfum à son nom. «Je fais de la musique pour les oreilles, pas pour les yeux», répète-t-elle souvent. Elle élimine les profiteurs, comme son père, Mark Evans, trop fier de raconter aujourd’hui dans la presse comment il a façonné les goûts musicaux de sa fille en lui faisant écouter très tôt Ella Fitzgerald et Louis Armstrong. Réaction d’Adele: «Je lui cracherais à la figure si je le voyais.» Remise d’une opération des cordes vocales pratiquée aux Etats-Unis en novembre dernier, la jeune Anglaise sait désormais s’entourer pour défendre ses intérêts. Ses avocats attaquent les magazines qui évoquent de fausses sex tapes avec la star. Et après le succès fulgurant de son premier album, «19», son ex-amoureux avait osé lui demander des royalties, car c’était de leur relation chaotique dont elle parlait à longueur de chanson. «Tu as fait de ma vie un enfer, je mérite le bonheur qui découle de tout cela, pas toi», lui avait-elle répondu. Parfois, un cœur de pierre s’impose pour passer à autre chose dans la vie. Dans Adele, il y a modèle. (Le Matin)
Créé: 22.02.2012, 23h05
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