Mercredi 28 septembre 2016 | Dernière mise à jour 08:32

Dépigmentation Ces stars noires qui rêvent en blanc

Des people éclaircissent leur peau et passent par le bistouri pour ressembler au modèle caucasien. Un message dangereux pour les jeunes tentés de les imiter.

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«Black is Beautiful!» Le slogan libérateur venu du jazz des années soixante a du plomb dans l’aile. Plus d’un demi-siècle plus tard, des stars noires, au lieu de poursuivre sur la lancée des musiciens de Hard Bop, font machine arrière, toute. Elles se dépigmentent la peau et passent par le bistouri pour ressembler au plus près à des modèles occidentaux. Beyoncé en blonde ou la métamorphose de Michael Jackson figurent parmi les exemples célèbres. Mais la liste est bien plus longue.

Pas de quoi étonner Catherine Tetteh, l’esthéticienne genevoise d’origine togolaise qui dirige la Melanin Foundation en lutte contre le blanchiment des peaux, une militante écoutée à l’ONU: «Si le phénomène de la dépigmentation sévit aujourd’hui encore, c’est dû au fait que le travail sur l’esclavage n’a jamais été intériorisé. Ni par les Noirs, ni par les Blancs.»

Teint à l’Européenne

Ce teint pâle, magnifié d’abord en Europe, a contaminé d’autres continents, l’Asie et l’Afrique, et serait aussi synonyme de réussite sociale. «La dépigmentation coûte cher, poursuit Catherine Tetteh, entre 300 et 2500 francs par mois. À cause des toxiques générés par les produits utilisés, les personnes qui en ont les moyens doivent subir régulièrement des dialyses.»

Pire encore, le message délivré par les stars noires est désastreux. «Nous savons à quel point les jeunes fonctionnent par mimétisme avec leurs idôles, poursuit l’esthéticienne. Vouloir imiter le blanchiment des célébrités engendre des catastrophes sanitaires souvent irréversibles.»

Des cosmétiques à base de mercure ou de cortisone sont vendus sous le manteau dans des magasins africains, même en Suisse romande. Sans oublier, ceux contenant de l’hydroquinone, les plus répandus. Résultats, selon le Service genevois de la consommation: «Pigmentation inégale de la peau avec des parties complètement décolorées ou au contraire d’aspect plus sombre, dermatites irritantes, sensations de brûlures ou de piqûres.»

Mais la cote des teints clairs est toujours aussi tenace. «Peau noire, masques blancs», écrivait en 1952 Franz Fanon, le psychologue qui avait analysé les rapports entre colonisateurs et colonisés. Toujours d’actualité. (Le Matin)

(Créé: 12.03.2016, 08h55)
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