La provoc des Jeunes UDC Valais fait des vagues en Europe
amy winehouse
—Par Joël Cerutti. Mis à jour le 28.12.2011
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Sur la photo, Amy Winehouse apparaît peu à son avantage. Depuis le 3 août, les Jeunes UDC du Valais romand l’ont récupérée avec ce slogan: «Une voix sans issue, non à la dépénalisation des drogues». Les provocateurs y fustigent «la politique permissive de la gauche et des Verts en matière de drogues».
Amy Winehouse instrumentalisée «alors que ses cendres sont encore chaudes dans l’incinérateur», cela ne passe pas. Depuis sa publication, la semaine dernière, cette provoc a fait le tour du Web. Gala parle «de vision révoltante». Le journal people n’est pas le seul à s’insurger. Si, dès le 4 août, les médias suisses ont réagi, les français ont largement suivi depuis. On y retrouve pêle-mêle: Les Inrockuptibles, Mediapart, le blog de Jean-Marc Morandini, Atlantico et, hier encore, Libération. L’affiche arrive même en Angleterre dans l’édition dominicale du Sun.
Le président des Jeunes UDC, Grégory Logean, lui, trouve la drogue bien plus choquante que son affiche. «Tout le monde a déjà vu ce genre d’image avant la mort d’Amy», argumente-t-il.
Cette affiche coup de poing atteint-elle ses objectifs? Les pros de la prévention contre les toxicomanies ne le pensent pas. «Une campagne choc s’estompe très rapidement dans l’esprit des gens», commence Mona Neidhart, porte-parole de l’Office fédéral de la santé publique. «L’utilisation extrême d’une people comme Amy Winehouse peut être assez contre-productive, reprend Donatella Del Vecchio, d’Addiction Info Suisse. Montrer une vedette dans un état déplorable, c’est stigmatiser les personnes dépendantes. Cela peut les décourager d’aller chercher de l’aide.»
Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études sur l’alcoolisme et les toxicomanies, réagit sur l’argument de la dépénalisation. «Dans les autres pays comme le Portugal ou la Hollande, dès que l’on apporte des mesures d’aide aux toxicomanes, la consommation baisse», décrit-il.
Risques de procès
En Valais, Jean-Daniel Barman trouve aussi que le slogan choc des Jeunes UDC est «périmé». «La nouvelle loi sur les stupéfiants, entrée en vigueur ce 1er juillet, pénalise toujours les consommateurs. Je ne parle pas de l’utilisation éthique d’une image qui n’est pas du meilleur goût», souligne le directeur général de la Ligue valaisanne contre les toxicomanies. Et d’ailleurs, les Jeunes UDC ont-ils payé les droits de la photo d’Amy Winehouse? «Pas à ma connaissance, répond Jean-Luc Addor, chef du groupe UDC. Mais il s’agit d’une représentation diffusée des millions de fois dans tous les tabloïds et sur Internet.» Pas certain que cela tienne devant la justice.
«Cette fois, ils ont franchi de trois kilomètres la ligne rouge, estime l’avocat Sébastien Fanti, spécialiste d’Internet. Ils risquent un procès des détenteurs des droits de la photo et de la famille d’Amy Winehouse, car c’est une atteinte à la personnalité de quelqu’un qui est décédé.» Les torts peuvent se calculer au moins en une centaine de milliers de francs. (Newsnet)
Créé: 28.12.2011, 10h56
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