Jeudi 29 septembre 2016 | Dernière mise à jour 18:21

People Alain Delon: «Ma fille, mon plus grand amour!»

Alors qu’il vient jouer à Genève au Théâtre du Léman avec sa fille Anouchka dans la pièce d’Eric Assous «Une journée ordinaire», Alain Delon a accepté de répondre à nos questions. Coup de fil au Guépard toutes griffes dehors.

Complices dans la vie comme sur les planches, Alain Delon et sa fille, Anouchka, partent en tournée avec «Une journée ordinaire».

Complices dans la vie comme sur les planches, Alain Delon et sa fille, Anouchka, partent en tournée avec «Une journée ordinaire». Image: MAXPPP

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Alain Delon, quelles sont les principales qualités de votre fille Anouchka sur scène?

Elle a pris un peu d’âge depuis que nous jouons la pièce (ndlr: 2011) et c’est toujours bon. Ses principales qualités? J’ose le dire: c’est une actrice. Comprenez qu’elle vit ses personnages, elle ne les joue pas. C’est la différence essentielle entre un acteur et un comédien. Comédien, c’est un métier pour lequel on prend des cours. Actrice, un accident. Quelqu’un que l’on prend un jour, comme moi, et que l’on met au service du cinéma ou du théâtre.

Elle est attendue au tournant. Vous l’aidez à gérer la pression?

Elle la gère surtout seule. C’est une pression considérable. Moi, je n’étais le fils de personne. C’est très difficile d’être celui d’Alain Delon. Anthony (ndlr: son fils aîné) le sait depuis des années et le paie. Sarah, la fille de Romy Schneider, le paie aussi. Le fils de Gérard Depardieu l’a payé très cher, puisqu’il n’est plus là. C’est dur et ils le savent depuis le départ. C’est un choix de vie et de métier avec ses avantages comme ses inconvénients.

Acteur, si c’était à refaire aujourd’hui, vous le referiez?

Je ne ferais certainement pas du cinéma mais du football! (Rires.)

C’est mieux payé?

Aujourd’hui, les stars ce sont les sportifs. Je ferais sans doute autre chose. Je n’ai jamais décidé de faire du cinéma, c’est lui qui est venu à moi. Personne dans mon entourage ou dans ma famille n’avait fait ça. J’ai fait du cinéma à cause des femmes qui m’ont aimé et que j’ai aimées. Elles m’ont poussé à faire ce métier.

Votre fille, dites-vous, est la personne à qui vous avez dit le plus souvent «je t’aime». C’est le dernier grand amour de votre vie?

Je ne sais pas si c’est le dernier. (Rires.) Mais c’est le plus grand, c’est sûr! C’est ma fille, mon sang. Je vibre et je la regarde tous les soirs sur scène. J’arrive à lui donner la réplique tout en me dédoublant. Je la regarde et je me dis: «C’est ma fille… Mais ce n’est pas possible!» C’est prodigieux. Après la carrière que j’ai eue, être sur scène avec sa fille de 20 ans, c’est la plus belle chose du monde.

Vos rapports avec votre fils Alain-Fabien se sont détendus.

Il a mûri. Il veut être acteur. Il en a envie. Sa décision est prise et ça me comble de joie. Je pense qu’il est fait pour ce métier. C’est mon bonheur, j’aime les dynasties. Je ne mourrai jamais. Parce que mes enfants sont là, les Delon seront toujours là.

Vous arrive-t-il de revoir vos propres films?

Non. L’un d’eux m’est impossible à regarder, «La piscine». Romy Schneider, Maurice Ronet, Jacques Deray: tout le monde est mort.

Et «Plein soleil» ou «Le samouraï» rediffusés sur Arte?

J’ai présenté le premier à Cannes en hommage à René Clément, mon maître absolu. Je ne regarde que le début, le générique et la fin que je connais par cœur. Ces films-là ont été trop importants dans ma carrière. Et puis, malheureusement ou heureusement, je suis le dernier survivant. Ça me fait du mal, ça m’arrache le cœur de les regarder. J’anticipe, je dis le dialogue. Je le vis et le revis. Ces moments-là me ramènent 45 ans en arrière et ça ne me fait pas sourire.

Comment jugez-vous Alain Delon jeune acteur?

Je dis que l’acteur a eu beaucoup de chance de faire ces films sous la direction de René Clément ou de Visconti. C’est en voyant «Plein soleil», qui est un chef-d’œuvre, que Luchino Visconti a décidé de me prendre pour «Rocco et ses frères».

On a l’impression que vous vivez reclus. Est-ce le cas?

La solitude est le propre de notre métier lorsqu’on a été, entre guillemets, une star comme je le suis et que je l’ai été. Cette solitude, il faut l’apprivoiser. Pour moi, elle est moins difficile que pour les autres. J’ai été solitaire dès l’enfance, puis à l’armée. J’ai la chance de vivre avec des souvenirs extraordinaires. J’en ai plein la tête. Je peux y penser tous les jours et je suis heureux. En dehors de ça, je suis avec mes chiens, mon chat, mes bêtes que j’aime par-dessus tout et avec lesquelles j’ai des rapports plus tendres et plus favorables qu’avec les humains.

Vous n’avez pas abandonné l’idée de refaire du cinéma.

Pour Roman Polanski, Luc Besson, Costa-Gavras ou Quentin Tarantino, je tournerais demain matin sur un scénario valable. J’aimerais aussi jouer sous la direction d’une femme. Je ne l’ai jamais fait. Maïwenn, qui a fait «Polisse», et Lisa Azuelos, «Lol», le savent.

Avez-vous un projet concret?

Oui, dans la veine des grands polars, les Delon des années 1990. Pour moi, un film est fait pour faire rêver. (Ton sec.) Aujourd’hui, ils ne font pas beaucoup rêver.

Dimanche, Genève a vu une percée du MCG. En France on constate celle du Front national. Vous êtes franco-suisse, que vous inspire cette droite extrême?

Je ne vais pas critiquer les gens en place, c’est trop facile. Je voudrais simplement vous dire que la poussée du MCG comme celle du Front national, c’est tout à fait édifiant. Edifiant parce que les gens en ont marre qu’on leur parle comme on le fait. Ils veulent de l’action, ils veulent autre chose. Ils ont connu une France différente sous de Gaulle ou même Mitterrand. Voilà pourquoi le Front national, comme le MCG à Genève, prend une place très importante et ça, je l’approuve, je le pousse et le comprends parfaitement bien.

Au-delà du ras-le-bol ambiant, seront-ils capables, selon vous, de passer des paroles aux actes?

Ils en seront capables s’ils arrivent à avoir derrière eux un électorat solide. On ne peut pas le faire sans l’appui du peuple et sans l’appui de ceux qui sont leur soutien. Depuis des années, Le Pen père et fille se battent, mais ils se battent un peu seuls. Là, pour la première fois, ils ne sont plus seuls. Ils ont les Français avec eux. C’est important. Et que cela déborde sur Genève, c’est vachement important. Là-bas aussi il y a un ras-le-bol.

Vos déclarations récentes sur le mariage gay ont fait des vagues.

(Il coupe.) La presse a dit ce qu’elle voulait. Je n’ai rien dit contre le mariage gay. J’ai dit que je m’en foutais du mariage. Je suis contre l’adoption des enfants. Point.

Pourquoi?

Parce qu’un enfant doit avoir un père et une mère et doit être élevé par un père et une mère. Maintenant que les hommes et les femmes se marient entre eux, je n’en ai strictement rien à faire.

Vous aurez 78 ans le 8 novembre. Que peut-on vous souhaiter?

Moi, je ne me souhaite pas grand-chose. Parce que cette époque ne me plaît pas, parce que ce monde ne me plaît guère. Je n’ai aucune crainte ni aucune peur de partir. Le cinéma ne me manque pas, j’ai tout eu et j’ai tout connu. Comme dans la vie. Je peux donc partir tranquille. Je n’ai aucune inquiétude. Ce monde ne me plaît plus depuis les années 2000. Je vis un peu en marge de tout ça. Je souhaite simplement que mes enfants, ma fille comme mes deux garçons, n’en souffrent pas trop et qu’ils puissent traverser les épreuves qui les attendent. (Le Matin)

(Créé: 09.10.2013, 11h38)
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