«Mathis a été mon cadeau pour mes 40 ans.» L’humoriste, en couple depuis sept ans avec la Valaisanne Alexandra Filliez, est fier de son nouveau rôle de papa
Propos recueillis par Catherine Hurschler - le 24 novembre 2009, 20h13
Le Matin
Mathis est arrivé avec un mois d’avance. Comment s’est déroulée sa naissance?
Cela a été un accouchement magnifique. Alexandra a perdu les eaux à 5 h du matin le 31 octobre, le jour de Halloween. On s’est habillés. On est sortis, il faisait noir. Il y avait de la brume. C’était beau. Il n’y avait personne sur la route. A l’hôpital, on rigolait. Alexandra a dû marcher pendant une heure à travers les couloirs pour accélérer le processus.
Comment avez-vous choisi le prénom?
Pour tout vous dire, on a trouvé le prénom le jour de l’accouchement, à l’hôpital. Mathis était le seul prénom sur lequel on était d’accord. Son nom complet est Mathis Alexandre.
A qui ressemble-t-il le plus?
Ben, en fait, il est Blanc. Je vais faire un test de paternité. (Il éclate de rire.) Non, c’est une blague! Il est très clair de peau. Je pense qu’il ressemble à sa mère. Il a son nez aussi. Il a les cheveux bruns, pas noirs. Ils sont droits. Quarante minutes avant la naissance, j’ai dit à Alexandra que je ressentais la présence de mon père. Quand Mathis est arrivé, j’ai eu l’impression de le voir dans ses mimiques. C’est drôle, la loterie génétique, le métissage que cela peut faire…
Qu’avez-vous dit à Alexandra après la naissance?
J’ai pleuré. Pour différentes raisons. On était sûrs que c’était un garçon. Je me souviens, Mathis a été conçu la première fois que l’on a fait l’amour sans protection. C’était après la dernière représentation de mon spectacle au Théâtre du Gymnase à Paris l’hiver dernier. J’ai dit à Alexandra: «Tu vas être enceinte.» Elle m’a dit d’arrêter de frimer. Nous sommes partis ensuite quatre jours à Venise. Au retour, le test de grossesse était positif! Je l’ai senti au plus profond de moi-même qu’elle était enceinte.
Quand l’enfant arrive, on évoque souvent l’instinct maternel des femmes qui savent faire les bons gestes. Comment vous en sortez-vous avec les biberons, par exemple?
L’instinct maternel est une chose qui a été créée à la fin du XIXe siècle pour lutter contre la mortalité infantile. Mais autant pour les femmes que pour les hommes, on apprend tout. «Qu’est-ce qu’il fait là?», «Pourquoi il pleure?», Tiens, pourquoi il est rouge là?». Au début, on s’inquiète de toutes ces premières fois. Il n’y a plus le cocon de l’hôpital pour nous guider. Puis on apprend.
Quel genre de papa allez-vous être?
Un papa gâteau! J’ai un neveu du côté de ma sœur et une nièce du côté de ma douce. Je joue avec eux, je leur raconte des histoires en jouant tous les personnages. A la maison, c’est maman qui sera la méchante. (Il rit.)
A propos de votre compagne, avez-vous des projets de mariage?
On va plutôt se pacser bientôt. Le mariage, ce sera pour plus tard.
Comment avez-vous vécu le fait de devenir papa?
Pour nous, les hommes, cela devient vraiment concret le jour de l’accouchement. La première semaine, on est comme sonné, comme si on était sur un ring et que l’on venait de recevoir le coup qui nous a mis k.-o. Et puis on devient éternel. Là, il y a quelqu’un qui a 50% de mes gênes et donc je continue à exister, mes parents continuent à exister. C’était important pour moi de perpétuer la lignée Kavanagh, que Mathis porte mon nom.
A vous entendre évoquer aussi tendrement votre fils, on imagine qu’il aura de la compagnie, d’ici à quelques années…
Moi, j’aimerais avoir les deux sexes, mais je ne peux pas. (Il rit.) Alors oui, j’aimerais au moins avoir un garçon et une fille. Comme ma maman est morte à 51 ans et mon père à 65 ans, j’ai toujours cette angoisse de mourir jeune et de laisser mes enfants derrière moi alors qu’ils ont encore besoin de moi.
Que représente le fait d’avoir 40 ans?
Je me suis toujours dit que j’aurais des enfants à cet âge-là. J’en avais parlé à Alexandra au tout début de notre relation, il y a sept ans, en lui disant: «Si, à 40 ans, on n’a pas d’enfant, je te quitte.»
Et que vous avait-elle répondu?
Euh, en fait, ni elle ni moi n’étions prêts à être parents à ce moment-là.
Allez-vous venir en Suisse avec le petit Mathis?
Oui. Notre enfant est Suisse, Québécois, Haïtien, né en France. Il y a toute la francophonie dans ce bébé. The French Power! En plus il aura du talent et il ne paiera pas d’impôts. (Rires.) Je l’imagine plus tard dans les montagnes valaisannes en train de yodler. (Et là, Kavanagh se met à yodler en chantant Ricola.)
Vous êtes actuellement en spectacle à Paris, dans lequel vous parlez de toutes ces choses qui ont changé depuis votre enfance. Ce monde vous fait-il souci pour l’avenir de Mathis?
Je m’inquiète de ce qu’on va lui laisser. Je m’inquiète quand je vois à quel point on détruit cette planète. La génération qui nous a précédés, les baby-boomers, a été la génération la plus gâtée de l’histoire de l’humanité. Ils ont tout mangé, tout fumé, tout brûlé, tout pollué et maintenant ils tournent leur veste et nous somment de ne plus polluer. Nous, on paie les pots cassés et ce sera pire pour nos enfants.
Que regrettez-vous de votre enfance?
Je ne suis pas nostalgique. Je ne me dis pas que c’était mieux avant. Je déteste entendre cela! Chaque période est différente. Mon fils est né dans une période plus politiquement correcte qu’avant. Je sais qu’en Suisse on est toujours politiquement correct. (Il rit.) Il arrive dans un monde où on ne peut plus rien dire. Un aveugle, c’est un malvoyant, un sourd c’est un malentendant, on ne peut plus dire «Giscard d’Estaing», il faut dire «mort-vivant»...
Vous savez que cela va être difficile à mettre dans l’interview…
C’est bien pour ça que je vous le dis! On ne peut plus dire «c’est du grand n’importe quoi», il faut dire «le Parti socialiste». Qu’est-ce qui va encore changer pour Mathis? Ah, il va moins galérer que moi avec les filles.
Pourquoi?
Les sites de rencontre n’existaient pas à l’époque.
Cela ne fonctionne pas toujours…
Mais cela aide beaucoup! Avec Meetic, c’est génial, tu cliques, tu niques…
Ça sent la réplique de spectacle, là…
Tout à fait! Vous m’avez amené sur ce terrain, alors j’en profite.
| «Ouate Else!», Théâtre du Gymnase, à Paris, jusqu’au 2 janvier 2010. |
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