Jeudi 29 septembre 2016 | Dernière mise à jour 08:22

Interview Dave: «On m'a payé deux fois pour l'amour»

L’interprète de «Vanina», en concert à Genève fin avril, s’est prêté au jeu de notre interview indiscrète. La langue de bois? Il ne connaît pas!

Image: Visual Press Agency

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Sincérité: c’est le mot qui résume l’entretien téléphonique que nous a accordé Dave. Avant de se produire le 30 avril en Suisse, il nous a ouvert son cœur, avec humour et gentillesse, n’éludant aucune question. Touchant.

Dave, qui êtes-vous?

J’ai écrit trois autobiographies et je l’ignore encore. Je suis un chanteur. Dans mon âme, je le suis depuis toujours. Mais on change quand on devient célèbre. Dave… je parle de moi à la troisième personne, mais je ne me prends pas pour Delon! (Rires) Dave finit par jouer un rôle. Je me vois faire du Dave, faire le mariole à la télé. Ça m’emmerde un peu. (Pause). Il y a en moi encore une grande part de Wouter Levenbach, mon vrai nom. On m’a donné ce prénom bien germanique car je suis né en 44 et mon père était d’origine juive, donc ce n’était pas le moment de m’appeler Moïse! Des membres de sa famille ont fini à Auschwitz. Quelque part, je suis encore le même petit garçon. On évolue, mais pas beaucoup.

Votre premier souvenir?

Il est olfactif. Vers 5 ans, à Amsterdam, avec une loupe, au soleil, on faisait des trous dans les cadres de vélos en bakélite. Ça sentait bon! Je me souviens aussi de l’odeur du goudron des bateaux dans le port d’Amsterdam qui m’ont donné envie de voyager. Ce sont mes madeleines de Proust.

Etiez-vous un enfant sage?

J’étais vraiment un petit con. Par exemple, au lycée, notre prof d’histoire avait fait passer en classe des cartes postales avec des rabbins et moi je leur avais dessiné des moustaches. Mon prof n’était même pas fâché, juste dépité par ma bêtise.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

Que ma famille se noie l’été quand on allait au bord de la mer. Comme j’étais très mystique et croyant, je faisais un marché avec Dieu: «S’ils survivent encore cet été, je serai pasteur et te consacrerai ma vie.»

Vous vouliez être pasteur. Pourquoi avoir abandonné?

Pour une connerie de notre pasteur. Quand je lui ai avoué que j’avais des tendances à aimer plus les garçons, il m’a déconseillé ce métier. C’était idiot, car si on vit sainement, on peut très bien être homo et pasteur. Mais à l’époque c’était mal vu. Donc je suis devenu chanteur. C’est pas mal aussi.

Vous n’y pensiez pas avant?

Mes parents me voyaient avocat car je parle beaucoup. Moi je voulais être pasteur pour qu’on m’écoute. Il y avait déjà là une forme d’égocentrisme. Mais dans mon inconscient, j’ai toujours su que c’est en chantant que je gagnerai ma vie. A 6 ou 7 ans, j’ai dit à mes parents que c’était ce que je ferais. Quand j’y ai repensé bien plus tard, je me suis demandé à quel point tout n’était pas déjà écrit.

Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?

Le premier mort dont on m’a parlé. Un ami de ma sœur s’est noyé justement, en Italie. Une heure avant, il sauvait un enfant de la noyade! On ne sait pas pourquoi, il s’est ensuite noyé tout seul. J’en ai voulu à Dieu. Je me disais: «S’il existe, j’espère qu’il a une bonne excuse.»

Êtes-vous encore croyant?

Dans la mesure où j’ai beaucoup d’admiration pour Jésus, on peut dire que je suis encore chrétien. Mais je préfère m’appeler déiste. Il y a à prendre et à laisser dans toutes les religions. Quand on me demande ce qui me fait peur dans la vie, je réponds: le fanatisme religieux et la pluie verglaçante. Car les deux peuvent être mortels. Je crois en Dieu, mais pas en un monsieur avec une longue barbe blanche. Dieu est peut-être une femme noire.

Votre mère vous disait-elle «Je t’aime»?

Non, je ne crois pas. Les peuples du Nord sont plus froids. Ce qui ne les empêche pas d’aimer leurs enfants.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

En faisant la manche en chantant devant les terrasses quand j’étais étudiant en droit. J’en vivais bien. Je n’avais pas de grands besoins car je vivais sur mon bateau. Aujourd’hui, j’ai une maison, 5 voitures, des jardiniers, des cuisiniers… Mais je préférerais avoir moins de moyens et avoir 20 ans à nouveau. Mon premier cachet, c’était vers 23 ans, quand Nicoletta a pris une de mes chansons. On m’a donné un chèque de 2000 francs français.

Votre premier amour?

A 9 ans, j’étais très amoureux de Saskia. J’étais son petit copain en été car j’étais un des meilleurs nageurs de l’école. L’hiver, elle me laissait tomber comme une merde parce que je ne savais pas patiner.

Quand avez-vous su que vous préfériez les hommes?

Je suis tombé amoureux d’un garçon au lycée. Ça m’a troublé. Mais je n’ai commencé ma vie sexuelle homo qu’à 22 ans. C’est tard, non?

Avez-vous déjà volé?

Oui. Quand je chantais dans une pizzeria, le commis voulait voler la recette une nuit. J’ai fait le guet. J’ai eu si peur que j’ai sûrement perdu 5 années de vie ce soir-là!

Avez-vous déjà tué?

Non, jamais.

Déjà payé pour l’amour?

Non. Par contre on m’a payé pour l’amour! (Rires) Quand j’étais jeune, j’ai voulu savoir quel effet ça ferait. Mais un homme ne peut pas faire semblant… (Rires) Je l’ai fait deux fois: avec la fille du directeur d’une marque de cigarettes. Et avec un inspecteur des impôts!

Déjà menti à votre compagnon, le parolier Patrick Loiseau?

Oui. On est ensemble depuis 45 ans donc évidemment, il y a eu des tromperies, des tricheries, pour ne pas dire des trahisons.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

J’aurais aimé discuter avec Dostoïevski dont je suis un grand admirateur. Même s’il y a des choses qui me gênent chez lui car à son époque, il était de bon ton d’être antisémite. Sinon je dirais d’autres écrivains, des gens qui m’éblouissent, qui sont importants. (Pause) Enfin, c’est plus important de trouver un remède contre le sida…

Qui trouvez-vous sexy?

Julia Roberts dans «Pretty Woman». Et DiCaprio dans «Titanic». Mais aujourd’hui, il ressemble de plus en plus à Orson Welles!

Votre dernier baiser?

Pour mon cher et tendre, Patrick Loiseau évidemment. Mon compagnon depuis 45 ans et 1 mois.

Vous comptez les mois?

Non! C’est juste que je sais qu’on s’est rencontré le 7 février. Je ne suis pas comme un prisonnier qui coche les jours en cellule! (Il éclate de rire)

Vos dernières larmes?

Je pleure quand on fait du mal aux animaux. Avec Patrick, nous venons de publier «Ma chienne de vie» (ndlr: leur histoire à travers celle de leur chienne, miraculée de la Réunion, où elle devait servir d’appât aux requins). Je suis aussi parrain de «Mira», qui s’occupe de chiens d’aveugles pour les enfants.

De quoi souffrez-vous?

J’ai subi un pontage coronarien. il reste des petites douleurs cicatricielles météos sensibles. Tout comme ma triple fracture à la cheville, faite en sautant de scène parce que j’y fais toujours le con. Des petits problèmes d’arthrose aussi, docteur, sinon ça va! (Rires)

Déjà frôlé la mort?

Au moment du pontage. Et je suis passé de l’autre côté de l’autoroute à cause de la pluie verglaçante. J’ai eu très peur mais personne n’a été blessé.

Votre péché mignon?

Les frites! Mais comme j’avais eu une hépatite dans ma jeunesse après avoir bu de l’eau non potable, je dois faire un peu attention. J’adore aussi le foie gras poêlé. Ce n’est pas logique d’en manger et de défendre les animaux, je sais. Je me le reproche.

Combien gagnez-vous?

Autour de 300 000 euros par an.

Qui sont vos vrais amis?

J’ai des amis inconnus et deux connus: Daniel Auteuil que j’ai rencontré avant qu’on soit célèbres. Et Marc-Olivier Fogiel que j’ai rencontré en 2001-2002. On se téléphone presque tous les jours. (Le Matin)

(Créé: 18.03.2016, 06h26)
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