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Pascal Rostain, l'interview vérité

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Le paparazzo Pascal Rostain livre les secrets de sa carrière et règle ses comptes avec une presse trop frileuse à ses yeux.

Par Didier Dana. Mis à jour le 07.02.2014 1 Commentaire

Image: MAXPPP

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Mitterrand et Mazarine, sa fille cachée, les chefs d’Etat en bras de chemise au G8, Cécilia Sarkozy et son amant Richard Attias en catimini à New York: les images du paparazzi Pascal Rostain sont entrées dans l’histoire. Son bouquin «Voyeur» dévoile les secrets de fabrication et les limites d’un métier voué, selon lui, à disparaître.

Vous dites que le lecteur est votre patron. Qu’est-ce qui se cache derrière cette formule?

Selon moi, le lecteur demande la vérité avant tout. Les paparazzis sont peut-être de vieux dinosaures – des papyrazzis –, mais nous sommes le dernier rempart contre le storytelling qu’essaient d’imposer les communicants. Les directeurs de com ont émergé sous l’ère Kennedy. Il a su mettre en scène sa vie de famille de façon magistrale pour éviter que les médias américains ne s’intéressent, entre autres, à ses relations avec Marilyn Monroe. C’est à nous de jouer. Pierre Lazareff, fondateur et propriétaire de France-Soir, disait: «Le métier de journaliste est plutôt simple. Il y a trois règles. La première: vérifier. La deuxième: vérifier. La dernière: vérifier.»

La Toile bruisse des rumeurs autour du couple Obama. Vous «vérifiez» dans ce cas?

Dans un premier temps, il y a des images fixes ou télévisées du couple Obama devenu un peu distant. On peut légitimement se poser des questions. Nous avions constaté la même chose, toujours à travers des images, entre Hollande et Trierweiler. Après, il y a la rumeur. Celle d’Obama avec Beyoncé, par exemple. Et ce n’est pas parce que c’est une rumeur qu’il ne faut pas aller sur le terrain pour vérifier. Il ne faudrait pas oublier Marilyn ou Monica Lewinsky. On peut être le président de la première puissance mondiale, on n’en est pas moins homme.

Lazareff disait si tu ne peux pas entrer par la porte passe par la fenêtre. Quelles sont vos limites?

Nous ne sommes jamais allés ni sur des histoires d’enfants ni sur des personnes diminuées ou à l’hôpital. Ça ne serait pas à la gloire de notre profession. Le public n’accepterait pas ce genre d’images, comme Michael Schumacher dans sa chambre d’hôpital par exemple, sinon je serais en train de les faire.

Fallait-il publier celles de Diana morte?

Les photographes font leur métier, à chaud. Dès qu’elle est décédée, ce n’est plus la même chose. Je pense à ses enfants et pas seulement à son statut de «maman du futur roi d’Angleterre».

Vos limites varient-elles en fonction du sujet?

La décence et l’indécence ne sont pas forcément du côté des journalistes ou du public, mais aussi du côté des personnages photographiés.

Par exemple?

Lorsque Ségolène Royal attaque Match pour une photo d’elle en maillot de bains, ni topless ni avec un fiancé. En 1992, c’est elle qui invitait Match et Antenne 2 après son accouchement ( ndlr: elle était ministre et Trierweiler qui fit l’interview). La chaîne l’a filmée, à la clinique, dans sa chambre. Catherine Deneuve, elle, ne s’est jamais servie de ses enfants pour promouvoir un film. Jamais. Nos limites sont donc aussi fixées par ceux que l’on photographie.

Vous parlez d’argent dans «Voyeur». Mitterrand et Mazarine, ça ne valait que 90 000 francs?

Daniel Filipacchi, grand patron de presse, nous avait dit: «Cette photo vaut 1 million de dollars.» Ce prix n’est possible que lorsque plusieurs titres sont intéressés par l’histoire. Or ils avaient la trouille. Les médias français sont dirigés par des groupes industriels gouvernés par leurs peurs. «Le Matin» a été le premier titre à parler des déboires entre Nicolas et Cécilia Sarkozy. Si on a un gros scoop et que personne ne veut y aller, on le sortira à l’étranger, chez vous, dans Bild ou dans le Daily Mail. Et la France suivra.

Vous dites, il n’y a plus de stars aujourd’hui. Vraiment?

J’ai eu la chance de commencer ce métier à une époque d’une élégance folle. Les gens s’appelaient Grace Kelly, Jacqueline Kennedy, Bardot, Delon et Romy Schneider. Ils avaient une légitimité. Aujourd’hui, lorsqu’on me parle de Paris Hilton, de Nabilla ou de Zahia, ça me fait moins bander. Des footballeurs qui ont deux neurones et des stars de la télé-réalité avec des Q.I. de sole meunière, c’est forcément moins excitant.

L’émotion, vous l’éprouvez à quel moment?

A la publication. Au moment de déclencher, il y a une excitation incroyable. Mais je ne fais pas de photos pour les accrocher dans ma salle de bains. Ce qui nous amuse, c’est d’être les premiers à révéler et raconter une histoire au public. Nous sommes de grands enfants. Il y a aussi des envies qui ne rapportent rien, comme de photographier Orson Welles. J'ai fait les dernières photos de Samuel Beckett pour mon seul plaisir.

Quel conseil donneriez-vous à Julie Gayet dont vous claironnez sur Europe 1 que la première photo avec Hollande sera publiée en une de «Match»?

Surtout ne pas s’installer à l’Elysée et ne pas vouloir devenir une première dame! Qu’elle garde son libre arbitre, sa profession de comédienne et de productrice et continue à vivre chez elle avec ses enfants de façon naturelle. Ce rôle est trop pesant. Je le sais pour avoir fréquenté Carla Bruni ou Valérie ( ndlr: Trierweiler) avec laquelle j’ai travaillé à Paris Match 25 ans.

Début 2013, vous prévenez Hollande à l’Elysée de la rumeur le concernant avec Julie Gayet. Soudain, Trierweiler intervient et vous dit: «Vous parlez encore de Julie Gayet!» Savait-elle ou pas?

Elle était au courant de la rumeur. Ça tournait dans toutes les rédactions parisiennes. Elle est journaliste. Il y a évidemment des confrères qui lui en ont parlé. Je ne dis pas qu’elle était au courant de la liaison. J’ai de la tendresse pour elle et un peu de compassion même si nous sommes très fâchés.

Pourquoi?

Parce que je les ai aidés, elle et François Hollande. Ils ont habité chez moi, pendant un mois, au tout début. Allez aider des amis… Si vous les dépannez, c’est qu’ils traversent une période difficile. Et vous leur rappelez cette période-là. Ça veut dire aussi qu’à l’époque ils n’avaient pas d’amis.

Vos armoires sont pleines de photos non publiées. Lesquelles?

J’avais réussi à pénétrer l’intérieur du G8 pour vivre pendant 2 jours et 2 nuits avec Bush, Poutine, Chirac, Tony Blair, Berlusconi et Schröder. Chirac, grand fan du Japon, expliquait aux autres convives le degré d’inclinaison en fonction de la personne que l’on salue en face de soi. Soudain, Koijimi le Japonais, pour rire, met un genou à terre et s’aplatit devant Bush. Moi, je fais l’image, puis, je me dis: «Il ne faut pas oublier Nagasaki et Hiroshima. Lorsqu’il rentre au Japon, si je publie la photo, il se fait hara-kiri.» La NHK, télé japonaise, m’a proposé des sommes indécentes pour récupérer le cliché. J’ai préféré brûler le négatif.

Y a-t-il une image ratée qui vous hante?

Non. C’est une question de temps et de moyens. Lorsque l’on veut une image, on a cette image. C’est mon côté breton, têtu. La seule que j’ai loupée c’est peut-être Ben Laden. J’aurais aimé le retrouver avant les Américains. Ça m’aurait amusé de me dire que Bush qui proposait une fortune pour toute information le concernant aurait, en achetant Time ou Newsweek 1,25 dollars, découvert grâce à moi où il se cachait.

Comment envisagez-vous l’avenir de votre profession?

Ce métier, avec les réseaux sociaux et les smartphones, c’est chronique d’une mort annoncée. Dans 10 ans, je serai à la retraite sur mon bateau dans le raz de Sein à la pêche au bar. Mais si je vois passer sur un yacht le petit-fils de Barack Obama avec la petite-fille de Caroline de Monaco, je les suivrai au bout du monde. (Le Matin)

Créé: 07.02.2014, 11h08

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1 Commentaire

Alexis Raunee

07.02.2014, 09:58 Heures

16 questions posées à un paparazzo contre 3 questions posées à une sommité médicale ayant sauvé de nombreuses vies... Le moins que l'on puisse dire c'est que LeMatin.ch marque clairement son territoire...! Répondre