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Patrick Sébastien: «Je suis un couteau suisse»

Interview

TV, théâtre, musique: même quand il est critiqué pour son côté populaire, à 62 ans, Patrick Sébastien ne s’arrête jamais.

Par Laurent Flückiger. Mis à jour le 06.10.2015 14 Commentaires

1/5 En forme: «Je ne bois pas, je ne me drogue pas, je ne prends ni tranquillisants ni stimulants, je ne vois pas de psy, je fume deux paquets de cigarettes par jour et je bois du café. Et je suis en bonne santé!»
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Jeudi dernier dans l’après-midi, quelques heures avant de donner la dernière représentation à Coppet du «Secret des cigales», une pièce qu’il a écrite, Patrick Sébastien nous reçoit dans un hôtel luxueux de Genève. Lorsque nous arrivons, il est au téléphone en train de régler les derniers détails de sa prochaine émission. A ses côtés, son assistant attend pour lui faire écouter un medley que lui a envoyé Europe, le groupe des années 1980. Patrick Sébastien est partout: à la TV sur France 2, au théâtre, dans les rayons des libraires, en tournée avec son spectacle «Ça va être ta fête!» et bientôt de retour sur disque avec «Ça va bouger» (le 13 novembre chez Warner). «Je fais trois mille choses à la fois, annonce l’animateur. En principe, je ne parle pas aux journalistes. Mais là, j’ai un peu de temps…»

Et il est généreux: durant près d’une heure quinze, le Français nous parle de la difficulté d’écrire une chanson légère, de sa non-considération par les élites, de son «petit frère» Cyril Hanouna, de rugby et de son prochain livre. «Je cherchais la bonne définition me concernant et j’ai trouvé: je suis un couteau suisse», dit-il fièrement. Alors, déployons les lames les unes après les autres.

Comme ça, vous écrivez un nouveau livre?

Oui, il sort en février. Son titre, c’est «Sexa 1», comme sexagénaire et sexe. J’ai fait un livre sur cinquante ans de ce que je connais en sexualité. Ce n’est pas sur ma sexualité à moi. Je n’ai aucun tabou, je ne suis pas obsédé non plus, mais ça m’a toujours passionné: le sexe est un révélateur sociologique formidable. «Sexa 1» est le premier volume. Puis je vais compiler toutes les réactions pour faire le deuxième. Moi, je suis un fou d’écriture! J’ai une formation littéraire qui m’a permis de faire des chansons légères. Et il est beaucoup plus difficile à créer «Les sardines» qu’une pièce de théâtre. C’est un enfer de trouver le petit refrain qui va cavaler partout. Mais je ne peux pas passer une journée sans inventer quelque chose.

Et vous trouvez toujours l’énergie de le faire?

Ecrire un album, un livre, un scénario, une pièce tout en faisant mon boulot de producteur, c’est une manière de rester en vie. (Il sourit.) J’ai 62 ans, je ne bois pas, je ne me drogue pas, je ne prends ni tranquillisants ni stimulants, je ne vois pas de psy, je fume deux paquets de cigarettes par jour et je bois du café. Et je suis en bonne santé! J’aime bien passer de tout à tout.

Jamais schizophrène?

Je n’ai pas le temps. J’ai la chance de faire le métier que je voulais. Mais c’est très marrant: je vends 200 000 albums, je ne suis pas considéré comme un chanteur, ni d’ailleurs comme un auteur, un écrivain ou un animateur. J’en suis à quarante ans de carrière en me montrant le plus authentique possible, avec mes défauts, donc. Il y a plein de mecs qui me prennent pour un blaireau, un beauf. Et puis il y a les gens qui me connaissent mieux. La reconnaissance, je n’en ai pas besoin. J’ai juste envie d’avoir du public. Je suis un saltimbanque! Je sais qu’il y a certaines choses que je fais qui sont moins bien que d’autres. Mais j’ai plus d’estime pour Depardieu que pour Adjani. Gérard, il est vivant, il prend des risques. Je l’adore, parce qu’il fait Obélix comme Cyrano. Je préfère les mecs qui font beaucoup et qui se plantent que ceux qui font une chose de temps en temps et qu’on colle au plafond, parce qu’ils ont les relations qu’il faut. Moi, je n’ai aucun réseau, aucune amitié particulière.

Et Cyril Hanouna?

C’est différent. Je suis son grand frère et je l’appelle souvent pour le remettre dans le droit chemin. Il m’adore, on se connaît depuis très longtemps et il sait que je suis de bon conseil. Là, tout arrive en même temps, le succès, l’argent, mais il faut qu’il se méfie. C’est vachement dur de gérer le succès en restant sain d’esprit. Il est de ma famille. Il a été élevé à toutes mes outrances. Il a du talent, il a toujours 14 ans dans la tête. On est des clowns et il ne faut pas qu’on se prenne pour autre chose. C’est le jour où on commence à sortir de notre rôle qu’on se casse la gueule. La seule chose qui me fait peur c’est qu’il tombe dans la dope.

Parlez-nous de votre tournée «Ça va être ta fête»!

Je suis parti il y a quatre ans pour faire une dernière tournée en tant qu’imitateur, mon premier métier. Ça s’est transformé en route parce que mes chansons ont commencé à prendre de l’importance. Ce sont les mômes qui ont décidé ça. D’un seul coup, il y a eu un élan avec «Les sardines». Aujourd’hui, il n’y a pas un mariage où il n’y a pas mes chansons, alors que je ne passe pas du tout à la radio.

Pourquoi vous ne passez pas à la radio?

(il réfléchit) Depuis Molière, on n’a pas beaucoup évolué. Il y a encore un mépris du populaire. Ce sont des crétins et ce sont les mêmes qui vont défiler contre l’intolérance. Tu vois, j’ai fait cette petite chanson à la con, «Une pipe avant d’aller dormir». C’est «Annie aime les sucettes», il n’y a pas un gros mot, rien. Certains ont dit qu’il aurait fallu l’interdire. Ce sont les mêmes qui ont défilé le 11 janvier. Il y a deux libertés d’expression: celle de Libé et de Télérama et puis il y a l’autre. Ça ne tient pas! (il ricane)

Ce ne serait pas plutôt votre personne qu’ils n’aiment pas?

C’est parce qu’on les dérange, on les emmerde, on n’entre pas dans la norme, on ne fait pas de courbettes. Ils sont suffisants! A l’époque, Chirac parlait de fracture sociale. Et bien la fracture, elle est élitiste. Il y a une catégorie de gens qui se prennent pour une race supérieure et qui pensent «nos goûts à nous, c’est bien et si vous n’aimez pas ce qu’on aime vous ne valez rien». Ce n’est pas loin des théories de Hitler! Je me suis toujours battu contre ça parce que je viens de la province, que je vais tous les soirs dans des galas où effectivement je vois des gens qui ne sont pas toujours malins ni tirés à quatre épingles. Mais p…! Ce sont des êtres humains. Et si je n’avais pas réussi, je serais à la même place qu’eux. Je serre dans mes bras des gens à qui les mecs d’en haut ne serraient même pas la main.

Quel est votre rapport à l’argent?

Je n’en avais pas du tout et si je ne bosse pas il n’y a personne au-dessus de moi pour m’en donner. Mais l’argent je l’ai relativisé en me disant que suffisamment, c’est assez. Je suis dans cet hôtel parce que Michel Reybier (ndlr.: le propriétaire de La Réserve) c’est mon copain. Je l’ai connu il y a trente ans quand il m’a engagé pour faire la pub Justin Bridou, une marque dont il était le patron. J’ai une petite boîte de prod et vingt fois, on a essayé de m’acheter. Je ne veux pas. Je perds beaucoup d’argent mais je fais ce que je veux. Je ne sais pas ce que j’ai en banque mais j’ai toujours 500 euros dans ma poche. Si tu m’enlèves ça, je vais me sentir à poil. C’est un vieux réflexe de paysan.

De quelle chanson auriez-vous aimé être l’auteur?

Tout Brassens. C’est mon maître, avec mon Suisse que j’aime le plus, Frédéric Dard. Musicalement, j’aurais voulu être l’auteur de tout Queen.

Comment en êtes-vous venu à écrire des chansons comme «Les sardines»?

Ça vient de mon identité: la province, des fanfares qui jouaient faux, des batteuses les soirs de moisson où on entendait l’accordéon et on chantait en chœur. Les rappeurs, c’est pour oublier qu’ils sont sur du goudron. Moi, c’est pour oublier que le travail était dur. J’ai grandi dans une France des années 1960 où le week-end on ne se posait pas la question de savoir si les conneries qu’on chantait avaient un sens. Ça nous détendait, ça nous faisait oublier que la grêle allait bouffer les vendanges, que mon grand-père allait mourir parce qu’il avait respiré de la farine dans son métier de boulanger. J’ai toujours rêvé d’être chanteur de bal. Et en 1998 j’ai demandé à René Coll de m’emmener avec lui pour une chanson sur les places de village avec son orchestre. J’ai pris mon pied et on a eu envie d’écrire. Je lui ai amené parfois des textes superbien chiadés. J’en ai 50 comme ça et tu verras qu’on les ressortira quand je serai mort. Mais les autres le font déjà. Alors, je me suis mis dans un créneau où il n’y avait personne et je n’ai pas du tout envie qu’on vienne me marcher sur les pompes.

Ça paraît trop facile!

Mes chansons ne sont pas si faciles à chanter. Il faut les dynamiser. Mais tout ce qu’on fait aujourd’hui, c’est futile, ce ne sont pas des œuvres. La postérité, je m’en branle, je ne serais pas là pour voir. Par contre, j’ai un truc très particulier: je touche énormément les handicapés mentaux. Un éducateur social m’a expliqué que mes chansons les apaisent. C’est rassurant.

Vous nous dites ce que vos chansons font aux gens. Mais ces derniers, quel effet ont-ils sur vous?

Le public me galvanise. Quand j’entre sur scène je suis crevé, mais je ressors en pleine forme. La dose d’amour que te renvoient les gens, c’est salvateur. Quand j’étais président du club de rugby de Brive, j’ai dit que je voulais faire marcher cette équipe à l’amour, on m’a pris pour un con. Un an après on a été champions d’Europe. Quand j’ai Philippe Saint-André (ndlr.: le sélectionneur du XV de France) au téléphone, je lui dis: «Si tu arrives à créer une âme, ton équipe peut être championne du monde».

Sacrée perspective! Et vous concernant, comment voyez-vous l’avenir?

Je ne me couche jamais avant 4 h du matin depuis quarante ans. Dès 22 h 30, c’est ma plage à moi pour écrire, pour me retrouver. Le vrai luxe aujourd’hui, c’est l’espace et le silence. Mais je suis au bout du parcours. Je peux vivre dix ans – quinze ans ça m’étonnerait – comme six mois. Avec la clope, je vais finir par avoir des soucis mais ça ne me gêne pas. Le chemin est beau. Ce n’était pas évident mais je suis vachement fier d’être resté fidèle à tout ce que je pensais. Je suis aussi con qu’à 14 ans, capable de monter sur une table pour montrer ma b… Je fête mes 30 ans sans alcool. De ça aussi j’en suis fier. Jamais de ma vie je n’imaginais pouvoir être sur scène à jeun. Mais la lucidité, c’est le pied. (Le Matin)

Créé: 06.10.2015, 14h55

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14 Commentaires

Jean-François Chappuis

06.10.2015, 15:45 Heures

Patrick Sébastien et une "bête de scène" qui fait une audience qui est enviée de beaucoup d'animateurs! C'est un travailleur infatigable qui avait fait un passage par la TSR après avoir été remercié par la Télévision française. Je me rappelle encore vu que j'étais au Conseil des Programmes quant il a produit une émission de variété le samedi soir sur la TSR1 qui s'appelait YAKA. J'avais apprécié! Répondre


louis kolher

06.10.2015, 17:56 Heures

Sébastien et ses show, c'est quand même autre chose que Morisod et Richard et leurs tristes Coups de coeurs, à quand son retour sur la RTS ? Répondre