Jeudi 29 septembre 2016 | Dernière mise à jour 03:18

L'interview indiscrète Roselyne Bachelot: «Je suis une fausse extravertie»

«Dès que les questions deviendront trop intimes, je baisserai le rideau de fer». Si l’ancienne ministre de la Cohésion sociale sous l’ère Sarkozy joue souvent de son exubérance, c’est pour mieux pour se préserver.

Image: BALTEL/SIPA

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«Les gens adorent vous mettre dans des cases et refuse de vous en faire sortir». Roselyne Bachelot, bientôt 67 ans, est passée de la politique à la télévision avec le même enthousiame. Devenue chroniqueuse pour le «Grand Huit» de Laurence Ferrari sur D8, elle vient de tourner deux épisodes de la mini-série «Nos chers voisins» pour TF1. «Je ne serai pourtant jamais actrice, cela serait renoncer à cette structuration de ma vie qui s’organise autour de mes chroniques, l’écriture et mes engagements caritatifs», confie-t-elle, avec son phrasé bien connu qui ne souffre aucune imprécision.

Roselyne Bachelot, qui êtes-vous?

Je me revendique comme une citoyenne du monde française, pétrie de culture et de curiosité. Avec une capacité de résilience assez inoüie.

Votre tout premier souvenir?

Je suis née le 24 décembre à minuit, donc Noël a toujours été pour moi quelque chose d’un peu étrange. Je revois ce Noël où, vers 3 ans, je rêve d’un vélo et je pense que mes parents ne pourront pas me l’offrir. Dans la nuit, je sais que mes parents ont disposé les cadeaux et j’ai quitté ma chambre pour descendre l’escalier. Le sapin est resté allumé et au pied, il y a le vélo! C’est un choc! Je suis restée plusieurs heures sur l’escalier à le contempler.

Est-ce que votre famille fêtait votre anniversaire à une autre date, pour répartir les cadeaux?

Non. Mon anniversaire était totalement occulté. Je n’avais pas de gâteau d’anniversaire avec des bougies, et j’ai ressenti cela comme une frustration. Bien plus tard, nous avions plus de 50 ans, lors d’un déjeuner de famille, j’ai dit à mon frère et à ma soeur: «Moi, je n’ai jamais eu d’anniversaire», et ils m’ont répondu, sur un ton fulminant: «Ah, tu peux bien te plaindre, c’est toujours toi qui avait le petit nain et la figue sur la bûche!» Comme quoi, on est toujours jaloux de ce que l’on n’a pas.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

Vers 5 ou 6 ans, j’ai fait des crises de panique parce que l'un de mes professeurs m’avait montré des photos de camps de concentration, avec des corps torturés. Dans mes cauchemars, je voyais ces cadavres sous mon lit. J’en faisais des insomnies mais je n’en ai parlé à personne. J’ai essayé de gérer mes peurs toute seule car j’ai toujours été une enfant solitaire.Je suis une fausse extravertie. Ce côté extraverti est surtout une manière de cacher ce qui m’est le plus intime. C’est une éthique de la préservation, de ne pas dépendre des autres.

Ces horribles photos sont donc le plus choc de votre enfance...

Oui, c’était très violent. Cela m’ennnuie toujours quand on parle de génocide à propos d’autre chose que de cette politique d’extermination qu’ont menés les Nazis. La Shoah, c’est le plus grand drame de l’humanité, il n’y a rien de comparable.

Votre mère vous disait-elle «Je t’aime»?

C’est une question à laquelle je ne réponds pas.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

Assez tard, finalement. J’ai été élevée en pension. Devenue jeune fille, j’ai arrêté mes études et j’ai travaillé dans un laboratoire pharmaceutique en tant que visiteuse médicale. En 1976, à 30 ans, j’ai repris mon cursus pour devenir docteur en pharmacie. C’est quelque chose dont je suis très fière. Je suis sortie major de ma promotion.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

Même chose que pour ma maman, je n’en parlerai pas publiquement.

Pour vous, c’est quoi, le vrai bonheur?

C’est d’être en paix avec moi-même. De se dire que l’on fait ce qu’on doit faire, en toute honnêteté. C’est un sentiment de sérénité. C’est aussi donner. J’ai donné par exemple tous mes bijoux aux femmes que j’aimais car je préfère les voir sur elles, j’en profite beaucoup plus.

Quelle est la plus belle de vos qualités?

Certainement le courage. Je n’hésite pas à prendre des risques pour affirmer mes positions. Je l’ai prouvé dans ma carrière politique. C’est toujours très prétentieux de dire ses qualités, mais je crois avoir une certaine intelligence qui me permet d’avoir de la compréhension pour les autres dans toutes sortes de situations.

Votre plus grand regret?

De ne pas avoir fait davantage de musique. Je suis issue d’une famille modeste, une activité culturelle était inimaginable. Je reste une amatrice éclairée. A la maison, j’ai fait quelques aménagements pour installer bientôt un piano.

Avez-vous déjà volé?

Ah oui, vers l’âge de 6 ans, le goûter d’un de mes camarades dans la cour de récréation. C’était affreux. D’ailleurs, je l’ai jeté, j’étais incapable de le manger. Cela m’a donné une sorte de phobie contre tout ce qui pourrait apparaître comme de la malhonnêteté.

Avez-vous déjà tué?

Des souris de laboratoire pendant mes études.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?

Personne. Vraiment.

Avez-vous payé pour l’amour?

Non, jamais. Et on ne m’a jamais payée non plus.

Avez-vous déjà menti à la personne qui partage votre vie?

Oh, oui. Mais on ment tout le temps: «bien sûr que j’ai acheté ça en soldes». Mais pour les choses importantes, non. Et puis j’ai une caractéristique affreuse (elle éclate de rire), c’est que j’ai un visage horriblement expressif. J’ai revu involontairement les images d’une visite ministérielle où l’on m’a offert un cadeau d’une laideur absolue, mais sur le moment je suis persuadée d’avoir un air extatique. En fait, on ne voit que ma consternation, je n’ai dupé personne ce jour-là.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

J’ai la larme très facile. Je pleure à l’opéra, les gens qui m’accompagnent le savent et me tendent les mouchoirs quand il le faut. Je vois bien les regards réprobateurs mais cela m’est égal. La dernière fois, c’était début décembre dans l’émission «Le grand 8», lorsque nous avons reçu la comédienne Frédérique Bedos, qui nous a parlé de son enfance en famille d’accueil.

De quoi souffrez-vous ?

De la haine exhalée sur les réseaux sociaux. Ces gens qui vous bavent dessus, protégés par un pseudo, c’est quelque chose qui me dégoûte. Je sens derrière tout ce qui fait la laideur de l’humanité.

Avez-vous déjà frôlé la mort?

Oui. Mais ce sont des choses de ma vie personnelle. dont je ne parle pas.

Croyez-vous en Dieu?

(Après un long silence). Non.

Quel est votre pêché mignon?

Le gin tonic (elle éclate de rire). Miam miam. Mais je vous rassure, je ne bois que dans les occasions festives.

Trois objets culturels (livres, CD ou DVD) que vous emmenez sur une île déserte?

L’opéra de Wagner, Parsifal. Dans les livres, Belle du Seigneur d’Albert Cohen, pour faire plaisir à la Suisse. Et puis, (elle hésite un peu) un tube à rouge à lèvres. J’ai un Dior fuchsia que j’aime bien.

Combien gagnez-vous par an?

Tout compris, 250 000 euros par an.

Pensez-vous que vous gagnez assez par rapport au travail que vous fournissez?

Oui, de toute façon, je mène une vie très simple et je vis depuis toujours très en-dessous de mes revenus.

Une question de saison, avec Noël qui s’approche: vos cadeaux sont-ils prêts?

Oui, j’ai tout fini avant le 1er décembre. Je refuse de mettre un orteil dans un magasin après cette date. Je fais des cadeaux toute l’année et tout est empilé dans différentes pièces de la maison. Il y en a partout!

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

De se réincarner dans la peau de Roselyne Bachelot.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Le pape François et Angela Merkel. (Le Matin)

(Créé: 14.12.2013, 11h15)
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