«Première cuite à 8 ans!»
Alcool
—Par Didier Dana. Mis à jour le 31.01.2012 7 Commentaires
MORCEAUX CHOISIS
JEAN-PIERRE MOCKY
«Ma plus grosse cuite, c’est avec Mickey Rourke. Au restaurant,
Le Calvados, en face du Georges V. Il me dit: «On va aux chiottes, on se fout à poil et on ressort!» raconte le réalisateur. On enlève le pantalon et le slip. Et on revient dans le restaurant et on continue à boire! On était noirs. C’est le garçon qui m’a raconté ça après, quand il m’a rendu mon pantalon et mon slip, un autre jour…»
VIRGINIE EFIRA
«Un des effets secondaires de l’alcool? Je peux m’endormir sur place, dit la comédienne et ex-animatrice. C’est-à-dire vraiment n’importe où. Une fois je me suis réveillée, j’étais devant ma porte, sur le palier.»
BENOÎT POELVOORDE
parle d’alcool mais aussi de nourriture. Le comédien livre un secret, made in Belgium. «Tu sais à quoi on reconnaît un mec qui fait bien les frites? Il est mauve! Il est mauve parce que ça fait cinq ans qu’il est dans sa graisse à frites, et plus il est mauve et plus la frite est bonne!»
JEAN-MICHEL RIBES
acteur et metteur en scène, parle de Jacques Villeret. «Il m’appelait «docteur». Au Sherwood ( ndlr: bar d’artistes ), quand Villeret était jeune, il habitait là, pour ainsi dire. Il s’endormait à table et Georges, le patron, à 5 h
du matin, il lui mettait un seau sous la table pour qu’il pisse et lui mettait la nappe comme couverture et il dormait. C’était son lit et ses toilettes, tout était là.»
AMÉLIE NOTHOMB
«J’explique dans «Le fait du prince», un livre sur le champagne, qu’il y a un instant entre la quinzième et la seizième gorgée où tout le monde est un aristocrate, raconte l’écrivaine. Oui, le problème, c’est que cet instant dure très peu de temps puisque forcément on boit encore après et que j’ai déjà essayé de capter cet instant pour l’écriture, ça ne marche pas.»
Voici l’ouvrage le plus rabelaisien de la rentrée. Il est signé Gustave Kervern, une sorte d’ours, barbu et décoiffé, qui joue les journalistes éméchés dans «Groland» sur Canal+. Il sait être un réalisateur inspiré lorsqu’il signe «Louise Michel» ou «Mammuth». Avec Stéphanie Pillonca, le plantigrade a recueilli les souvenirs d’ivresse des personnalités françaises du cinéma, de la chanson et de la littérature. On trouve pêle-mêle Jean-Pierre Mocky, Benoît Poelvoorde, Fernando Arrabal, Nicolas Bedos, Marjane Satrapi, Miossec, Amélie Nothomb et l’inégalable, le buveur sommital: Gérard Depardieu. Interviewé en premier, il est la locomotive de ce projet alcoolisé, celui sans qui les autres n’auraient pas suivi.
L’énorme Gégé donc, quintuple pontage coronarien au compteur, a pris sa première cuite à l’âge de 8 ans. «Un coma éthylique à la fête foraine, au rosé chaud et au blanc qu’on avait gagnés dans une tombola… Je me suis réveillé trois ou quatre heures après, et je n’ai rien vu, un trou noir.» Du vin, il est à la fois l’esthète et le marathonien de l’ouvrage. L’individu hors norme totalise, lors d’une cuite invraisemblable, un record de vingt-quatre bouteilles, soit vint-quatre litres d’un grelot d’Anjou. Il égrène ses souvenirs à la terrasse du Fouquet’s. «Sur le «1900» de Bertolucci, j’avais bu un bianco secco qui, quand il était en vinification, éthérisait, ça donnait de l’éther. C’est ce qu’on appelle des vins à ressort: tu peux rester 64 heures éveillé et là, l’inspiration vient…»
Depardieu, propriétaire et vigneron, a une connaissance scientifique de la vigne et le verbe fleuri, à mi-chemin entre Audiard et San-Antonio. Lorsqu’il parle des bars de sa jeunesse, il se souvient d’une certaine Lily. «Elle tenait un bar à putes, Le Carré d’As. J’y suis retourné dans les années 1970 lorsque je faisais du théâtre à Paris. Je lui disais: «Mets tes cuissardes, ou une minijupe, mais surtout lave-toi! Parce qu’ils aiment bien que ça sente bon, les clients.»
Boire et tourner Il sait aussi se faire poète. «Quand j’avais entre 30 et 40 ans, dit-il, la cuite, c’était un peu comme le mistral, c’était trois jours, neuf jours ou… neuf semaines!» Il y a, dans sa collection d’anecdotes, des histoires qui ne s’inventent pas. Celle qui concerne François Perrier en est une. «Je partageais sa loge au théâtre. Un jour, il avait laissé la porte ouverte, j’entends un bruit familier… je me suis dit: il planque une bouteille. Je la trouve, elle ressemble à du Fernet Branca. Hop! je vide. Le lendemain, avant de rentrer sur scène, François s’isole, et j’entends: «Mais qui m’a piqué ma lotion pour les cheveux?»
Sur le tournage des «Valseuses», Gérard Depardieu et Patrick Dewaere ont rendu fou Bertrand Blier. «C’était la jeunesse, on passait des nuits à boire et on tournait le lendemain.» Avec Jean Carmet, son ami et complice, qu’il surnomme «petites jambes», ils se sont pris des cuites éléphantesques. «On a voulu crâner devant l’armoire à liqueurs du vieux Blier ( ndlr: Bernard, le père du réalisateur ) à Neuilly… mais il y avait une liqueur dedans qui nous a fait oublier tout…» Du coup, ils ont disparu deux jours entiers. Une autre fois, le duo est au Vivarois, un restaurant parisien.
«Epicurien, pas alcoolique» «Le chef était un caractériel. On était obligés de les séparer avec son fils, ils avaient des couteaux, parce que l’autre avait raté le beurre blanc, ça pouvait partir! Le chef nous faisait des choses délicieuses au porto de 1890. J’avais ma Yamaha bleue et il était tout fier de nous avoir complètement bourrés. Je monte sur ma moto, Jean derrière, on dit «au revoir»! J’enlève la béquille… et on s’écrase tous les deux avec la moto couchée… on s’était endormis devant le Vivarois, et l’autre, il a fermé et dit: «Bien fait pour leur gueule!» On s’est réveillés une heure après, Jean avait sa jambe coincée sous le pot d’échappement… et on a réussi à repartir.»
Alcoolique? Il s’en défend. «Epicurien, alcoolique, je ne le suis pas. En revanche je suis vivant, donc j’ai des états d’âme qui peuvent être très chiants pour moi…» Il ajoute, lorsqu’il ne se supporte plus, «je suis ecchymosé de moi-même», et se souvient de la devise de son père. «Le Dédé ne disait pas qu’il avait bu, il disait qu’il était contrarié.» Au final, Depardieu l’a été, souvent. (Le Matin)
Créé: 31.01.2012, 22h41
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7 Commentaires
Gégé, fidèle à cet amour de la langue française qu'il partageait avec Jean Carmet, met des mots fleuris (et choisis) sur une maladie qui s'appelle l'alcoolisme et qui est, en partie, héréditaire. Un mal qui ne fait pas que du bien. Répondre
Boire, s'amuser et bien vivre est une fort bonne chose. Mais s'étaler sur ses histoires de cuite, ça devient vite lassant et fait un peu trop chambrée de recrues ! Depardieu peut (ou pouvait ?) faire mieux. Répondre


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