«Une fois j'ai failli tuer de rire»
Ary Abittan
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La jalousie
La cuisine en turc
Ary Abittan est inclassable. Lorsqu’il fait un sketch en turc, on croit entendre la langue, alors qu’il en imite la sonorité. «J’adore l’arabe, le turc, l’italien et l’espagnol, mais j’ai la flemme de les apprendre. Elles résonnent comme une musique à l’intérieur de moi. J’en fais des parodies: une recette de cuisine, une météo, un JT. Cela rythme mon spectacle. Le reste, ce sont des personnages que j’aime et qui me font peur. Je ne veux fréquenter que des fous. D’où «A la folie», le titre de mon spectacle.»
Ary Abittan, qui êtes-vous?
Ary Abittan, né à Paris le 30 janvier 1974, de père marocain et de mère tunisienne.
Votre tout premier souvenir?
J’étais à l’école et je n’avais pas appris ma poésie. J’ai demandé à la lire et à la jouer. J’ai fait rire toute la classe et ce jour-là je me suis dit: «Avec le rire, on peut se sauver de tout!»
Etiez-vous un enfant sage?
Pas du tout! Ma mère ne pouvait m’emmener nulle part. Dès que j’arrivais chez mon oncle, je ne sais pas pourquoi, j’éteignais la télé, direct. J’avais besoin qu’on me remarque.
Enfant, de quoi aviez-vous peur?
De tout. Un truc que je ne maîtrisais pas me faisait peur. Si j’entendais une sirène de police ou lorsque mes copains regardaient un film d’horreur. Jusqu’à aujourd’hui, à 38 ans, je n’ai jamais regardé un film d’horreur.
Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?
La perte de ma grand-mère maternelle, Tunisienne. Elle m’a beaucoup inspiré. Dans sa manière de faire, dans sa voix, dans ses dires, dans ses gestes. Comme Mme Sarfati d’Elie Kakou. Elle avait un côté grand comique, mais elle ne le savait pas. Le dimanche midi, il y avait une tradition: elle faisait ce qu’on appelle makarouna bel salsa, des macaroni sauce tomate. Elle avait la meilleure sauce tomate du monde, qu’elle faisait mijoter depuis 6 h du matin. Elle mettait un peu de sucre, sinon tu avais des aigreurs d’estomac jusqu’à jeudi.
Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?
Un peu trop. Comme une mère juive…
Comment avez-vous gagné votre premier argent?
J’étais chauffeur de taxi à Paris. Il fallait que je trouve un métier pour financer des cours de théâtre, que je n’ai jamais pris d’ailleurs. Je voulais voir plein de gens et m’en inspirer. A un moment donné, il m’arrivait même d’enregistrer mes sketches sur des cassettes audio, que je faisais écouter aux passagers en leur faisant croire que c’était la chaîne de Radio Rire et Chansons.
Que vouliez-vous devenir?
Je voulais qu’on m’aime. Aujourd’hui, avec des amis au restaurant, si ça ne rigole pas, j’ai l’impression que c’est de ma faute.
Vous avez essayé la psychanalyse?
J’ai commencé, mais, bon, je m’arrête, je reviens. Ça me fait peur.
L’amour pour la première fois, c’était quand et avec qui?
En maternelle. Elle ne voulait pas de moi. J’essayais de la faire rire, de faire des danses devant elle, tout ça. Elle rigolait, et moi, j’étais avec mon copain, qui ne disait pas un mot. Il était très beau gosse, moi, un peu bouboule. A la récréation, elle restait avec lui, pas avec moi.
Avez-vous déjà tué?
J’ai failli tuer de rire une personne une fois. Lors d’un spectacle, j’étais parti en improvisation. Et le mec, il a ri, il a ri et, à un moment donné, j’entends: «Vite, mon mari, il s’étouffe! Il faut le sortir de la salle!» J’ai eu peur, je me suis arrêté net. Je me suis presque excusé...
Si vous aviez le permis de tuer quelqu’un, qui serait-ce?
Mes angoisses. Existentielles. Elles viennent et repartent, vite fait. Peut-être qu’elles sont bien, qu’elles m’aident à avancer.
Avez-vous payé pour l’amour?
Jamais. Je paie pour l’amour quand je vais voir une bonne pièce de théâtre, un humoriste ou un film. Ils me donnent beaucoup d’amour. Lorsque je paie pour voir «Intouchables», ça me donne de l’amour.
Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?
Woody Allen.
Qui trouvez-vous sexy?
Ça change tous les jours. Chaque fois que je vois une pub avec Charlize Theron, je me dis que c’est elle. Ensuite, je vois Monica Bellucci, je change… Ça peut être un mec. Lorsque je vois George Clooney, je me dis: «Il est classe!»
Pour qui était votre dernier baiser?
Mes filles. J’ai trois enfants.
Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?
J’ai pleuré des larmes de joie à la dernière de mon spectacle à Paris, le 31 décembre.
De quoi souffrez-vous?
(Ndlr: On entend une ambulance passer au loin. Il ritt.) De tout et de rien!
Croyez-vous en Dieu?
Oui. Je lui parle régulièrement.
Il vous répond?
Pour l’instant, non. Je ne désespère pas.
Votre péché mignon?
Un club sandwich à 17 h, quand j’ai très faim, dans une bonne brasserie.
Trois objets culturels à emmener sur une île déserte?
Le best of de Michel Legrand, «Le livre de ma mère», d’Albert Cohen, et le film «Il était une fois en Amérique».
Combien gagnez-vous par an?
Je gagne de plus en plus d’amour du public!
Ce qui n’a pas de prix...
Absolument. Et sans vouloir faire de l’esprit.
Pensez-vous que vous gagnez assez par rapport au travail que vous fournissez?
Je gagne honnêtement ma vie. Assez? Des gens négocient nos contrats. Nous, les artistes, on est déjà très content de monter sur scène. Alors, ça va.
Qui sont vos vrais amis?
Mes amis.
Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?
De baigner dans le miel!
Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?
Robert De Niro. (Le Matin)
Créé: 21.01.2012, 09h11
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