Vendredi 2 décembre 2016 | Dernière mise à jour 23:02

Débat L'amélioration humaine a déjà commencé

Des classes romandes se questionnent sur le surhomme technologique et ses limites.Et si l’idée leur plaît, elle les inquiète aussi.

Avez-vous peur des hommes-machines?

Son exosquelette lui permet de remarcher

Il y a un an, «Le Matin» évoquait le parcours incroyable de Benoît Thévenaz. Tétraplégique depuis 2005 et une «mauvaise chute» à vélo, le Vaudois peut remarcher grâce à un exosquelette (une combinaison d’assistance robotisée). Une expérience qu’il racontera ce mercredi à l’EPFL dans le cadre d’une conférence organisée par Pro Infirmis sur le thème de l’amélioration et de la réparation humaine. «Moi, je ne suis pas un humain amélioré, de toute façon, je suis diminué par rapport à un humain normal», précise d’entrée le Vaudois de 29 ans.

Pour le moment, son exosquelette est surtout à but thérapeutique.

«C’est génial de pouvoir marcher dehors: c’est bon pour ma rééducation. Etre debout, cela change le regard des gens.» Benoît Thévenaz invite d’ailleurs ceux que ça intéresse à venir tester son exosquelette. «Vu son prix (ndlr: 125 000 francs), c’est difficile que tout le monde en ait un, mais ce serait bien qu’il y en ait au moins dans les centres de rééducation.»

Si sa combinaison robotisée est pour le moment limitée – il ne peut pas monter les escaliers et a besoin d’aide pour l’enfiler –, ce n’est que la première génération d’exosquelettes thérapeutiques. «C’est déjà un truc de fou, mais cela va évoluer à vitesse grand V. Ce qui serait bien, c’est une combinaison plus légère que l’on pourrait garder toute la journée.» Une perspective qui ouvre de nouveaux horizons au Vaudois: «Dans quelques années, je retrouverai peut-être mes capacités d’avant. Voire même un peu plus.»

Les projets sont effectivement très nombreux. «Plus je découvre de choses, plus je me rends compte de tout ce que j’ignore. Il y a plein de projets fous sur lesquels on n’a pas d’infos. Le robot dont je rêve existe peut-être déjà.»

Au-delà de l’usage thérapeutique, Benoît Thévenaz est persuadé de l’utilité des exosquelettes pour la société. «C’est un plus pour l’être humain. Ils peuvent être une véritable aide dans les tâches difficiles, par exemple dans les hôpitaux.» En septembre dernier à Genève, une entreprise de construction des routes avait également testé un exosquelette pour soulager les ouvriers.

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Des exosquelettes pour vous rendre plus fort, plus rapide, plus endurant. Des puces implantées sous la peau pour contrôler votre environnement d’un claquement de doigt. Le rêve d’améliorer des humains grâce à la technologie est déjà d’actualité. «Spontanément, les gens vont trouver ça génial ou bizarre. Il faut prendre un peu de recul et essayer de comprendre quelles valeurs sont menacées par l’amélioration humaine», explique Vincent Menuz, chercheur en bioéthique à l’Université de Zurich et enseignant en biologie au Collège Rousseau à Genève.

Il souligne que les premiers concernés seront les adolescents d’aujourd’hui. C’est pour ça que l’Université de Zurich a lancé le projet Superhumains.ch. Le principe? Sensibiliser des classes genevoises et valaisannes à la problématique. Et les questions sont nombreuses. «Quelle limite est-ce qu’on se fixe? Qui a accès à ces technologies? Est-ce que nos moindres gestes, notamment dans le domaine de la santé, ne risquent pas d’être espionnés?» détaille Vincent Menuz.

Le chercheur rappelle que le phénomène ne tient pas de la science-fiction. «L’amélioration humaine a déjà commencé. Votre smartphone vous permet de tout savoir en quelques secondes et de vous situer dans l’espace grâce au GPS.» Et ce n’est qu’un début. «Les exosquelettes sont en cours de développement, notamment par l’armée. La démocratisation va venir très rapidement.»

«Débattre en société»

Ces armures technologiques donneront à ceux qui les portent des capacités surhumaines. Entre de mauvaises mains, ne représentent-elles pas un danger? «C’est un outil. Comme un couteau. Avec, on peut cuisiner ou tuer», assure Vincent Menuz. Pour lui, l’utilisation détournée qui pourrait en être faite ne justifie pas son interdiction.

«Mais cela fait partie des choses dont il faut débattre en société. On a tous des avis différents», précise-t-il. D’où l’intérêt de sortir du cadre universitaire et d’interpeller des élèves sur la question. Des élèves qui ont d’ailleurs étonné leur enseignant. «On pensait que les jeunes seraient progressistes, mais ils sont dans la résistance. Ils ont peur d’être manipulés.»

L’objectif final de Superhumains.ch est de créer un livre avec les réflexions des adolescents genevois. Les textes seront illustrés par les œuvres en cours de création en Valais. «On veut faire prendre conscience aux gens qu’il se passe un truc. C’est captivant parce qu’il faut, comme le dit Jean-Luc Guillebaud, penser l’impensé», conclut Vincent Menuz. (Le Matin)

(Créé: 25.11.2014, 07h24)

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