ACCUEIL 22.9.2014 Mis à jour à 19h52

Le Champix aide à arrêter de fumer mais plombe le moral

Médicament

Ce médicament controversé va être remboursé en Suisse.

Par Benoît Perrier. Avec la collaboration de www.planetesante.ch. Mis à jour le 24.06.2012
Boîtes de Champix: le produit de Pfizer n’est pas sans risques, notamment sur le psychisme.

Boîtes de Champix: le produit de Pfizer n’est pas sans risques, notamment sur le psychisme.

Autopsie

Infographie: Le fonctionnement de la Varénicline

Le fonctionnement de la Varénicline.png

De quoi on parle

Les faits

L’été dernier, le Tribunal fédéral obligeait l’Office fédéral de la Santé publique à revoir sa décision de ne pas rembourser le Champix, médicament des Laboratoires Pfizer qui aide à arrêter de fumer. Motif? L’addiction à la nicotine est une maladie.

Le bilan

L’assurance de base paiera bientôt le Champix aux gros fumeurs, a révélé la NZZ am Sonntag. Une décision qui surprend car les effets secondaires psychiques
de la molécule sont critiqués.

Arrêt de fumer, mode d'emploi

Comment arrêter de fumer avec succès? En essayant encore et encore! Si vous n’y parvenez pas seul, faites-vous aider par un professionnel formé: vous doublerez presque vos chances de réussir. Consultations de tabacologie, hotline téléphonique ou suivi Internet, les possibilités ne manquent pas, souligne Jean-François Etter.

Sans soutien psychologique et sans médicaments ou substituts de nicotine, un arrêt réussi est rare (de 3 à 5% des cas); avec, un fumeur sur cinq parvient à arrêter.
La méthode utilisée est le plus souvent cognitivo-comportementale: on vous informera sur les risques liés au tabac, sur les situations de rechute classique et sur les
traitements efficaces.

En Suisse, trois sortes de médicaments sont autorisées pour l’arrêt du tabac: ceux à base de varénicline, de bupropion (qui est également un antidépresseur) et les substituts nicotiniques. Pour un premier essai accompagné, on vous proposera sans doute ces derniers.

Une fois engagé dans le processus, il vous faudra faire attention aux «déclencheurs» de l’envie de fumer, comme le stress, les rituels ou la prise de poids. Sans compter qu’il faut faire le deuil du plaisir du tabac, un élément cardinal selon Jacques Cornuz, sans quoi «il y a toujours un regret et donc… un risque de rechute».

Des additifs renforcent l'accoutumance

Jusqu’à 10% de substances renforçant la dépendance sont ajoutées au tabac dans la fabrication d’une cigarette.Voici quelques-uns des centaines de produits utilisés.

Cacao et réglisse: Ils dilatent les voies respiratoires pour une meilleure absorption de la fumée. La réglisse augmente par ailleurs le goût sucré de la fumée.

Sucre: Brûlé, il forme de l’acétal-déhyde, qui renforce le pouvoir addictif de la nicotine.

Ammoniac: Il augmente la proportion de nicotine libre dans la fumée. Sous cette forme, la nicotine passe directement dans le sang et provoque une dépendance accrue.

Arômes: Leur fonction est de cacher le goût âcre de la fumée.

Menthol: Ses propriétés anesthésiantes insensibilisent la gorge, permettant au fumeur
de prendre des bouffées plus profondes.


Partager & Commenter

Bonne nouvelle pour les fumeurs… du moins ceux qui entendent brûler leurs dernières cartouches. Il y a trois semaines, on apprenait que l’assurance-maladie obligatoire rembourserait le Champix, un médicament qui aide à l’arrêt du tabac. Bonne nouvelle… vraiment? S’il est efficace – 22% des personnes ne fument plus un an après le début du traitement – le produit de Pfizer n’est pas sans risques, notamment sur le psychisme. A cause de nombreux cas de suicides, son fabricant devra se présenter cet automne devant les tribunaux des Etats-Unis. Quant à la France, après l’avoir dans un premier temps remboursé, elle l’a retiré en 2011 de la liste des médicaments pris en charge par la Sécurité sociale.

L’effet du Champix est dû à la molécule varénicline. Elle ôte au fumeur l’envie de fumer par un double mécanisme, comme l’explique le Dr Jacques Cornuz, directeur de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne. D’une part, elle agit sur les mêmes récepteurs du cerveau que la nicotine (elle provoque une libération de dopamine, le neurotransmetteur du plaisir et de la récompense, ce qui amoindrit l’effet du sevrage); d’autre part, dans la mesure où elle occupe déjà ces récepteurs, elle coupe l’effet d’un apport de nicotine supplémentaire apporté par une cigarette.

«Nous prescrivons le Champix, oui, affirme encore le médecin. Au même titre que les autres traitements. Mais nous assortissons cette prescription de nombreux avertissements sur les risques et les effets secondaires qu’il comporte. En pratique, c’est donc rarement notre premier choix.» Ce premier recours, ce sont les substituts nicotiniques (patchs, gommes, inhalateurs, comprimés à sucer). Leur avantage: une sécurité garantie par des années d’emploi et de suivi.

«Il faut d’ailleurs rappeler l’importance d’associer deux substituts nicotiniques complémentaires (patch et gommes ou patch et inhalateur, par exemple), insiste le spécialiste. Nous ne disposons pas d’études comparant une telle thérapie avec la varénicline, mais nous avons un faisceau d’arguments cliniques et épidémiologiques qui nous suggère que l’une est aussi efficace que l’autre.»

Humeur dépressive

Cette modération ne réconfortera que peu les plus de 2000 personnes qui poursuivent Pfizer, tenant la varénicline pour responsable de suicides ou de tentatives de suicide chez ceux qui l’ont pris. Le Dr Cornuz ne minimise pas. «Insomnie, rêves anormaux… les patients qui prennent de la varénicline peuvent présenter des symptômes neuropsychiatriques comme une humeur dépressive ou des idées suicidaires, même si cela demeure rare, voire exceptionnel.»

«Le Champix est un médicament actif sur le psychisme, qui comporte peut-être un risque, mais il existe un danger bien supérieur: celui de continuer à fumer», avance pour sa part Jean-François Etter, responsable de stop-tabac.ch et chercheur à l’Institut de médecine sociale et préventive de Genève. Il ajoute: «Il s’agit d’un médicament sur ordonnance. C’est en fonction de l’évaluation du patient que le médecin décide s’il est en mesure de le recevoir.»

Par ailleurs, ce sont les données de surveillance du médicament qui ont mis en évidence les cas de problèmes psychologiques rencontrés par les utilisateurs de varénicline. Or ces chiffres sont le plus souvent biaisés ou incomplets. A contrario, une synthèse des études sur le Champix, où il a été comparé à un placebo, fournit des arguments beaucoup plus solides pour suggérer que la varénicline n’a pas d’effet sur le taux de suicide.

«Les données dont nous disposons ne permettent pas d’affirmer qu’il y a un lien de cause à effet», précise Jean-François Etter. Certes, l’arrêt de la cigarette est une épreuve psychologique. Mais en même temps, «les malades souffrant de troubles psychiatriques fument davantage que la population générale», détaille le Dr Etter. Pour tragiques qu’ils soient, il n’est donc pas sûr que les incidents rapportés soient liés aux Champix.

Retour sur investissement

Et si, plutôt que téméraire, la position de remboursement de l’Office fédéral de la santé publique était timorée? «Je déplore qu’elle ne s’accompagne pas d’une décision semblable pour les autres produits d’aide au sevrage, en particulier les substituts de nicotine», ajoute Jacques Cornuz. Pour un traitement de Champix de trois mois, il faut compter un peu moins de 600?francs – ce qui demeure moins cher que fumer un paquet de cigarettes par jour. Les autres médicaments ont des coûts similaires et des risques inférieurs, mais ils ne sont pas remboursés.

L’OFSP ferait bien d’y songer, le gain pour la santé de la population serait évident. De nombreuses analyses démontrent que les dépenses concédées pour aider au sevrage du tabac sont dérisoires par rapport aux frais médicaux ultérieurs qu’elles évitent. Les deux experts interrogés s’accordent: quand on considère le rapport entre le prix d’un traitement et son effet sur la santé, il n’y a guère que la vaccination qui soit supérieure aux traitements de la dépendance au tabac. (Le Matin)

Créé: 24.06.2012, 10h45

Sondage

Les médecins doivent-ils s’engager d’avantage dans le débat sur la caisse publique?