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L’amnésie a des formes et des causes très diverses

Autopsie

Chaque année en Suisse, entre 350 et 700 personnes sont frappées d’un type d’amnésie appelée transitoire. Si cette forme particulière inquiète quand elle survient, elle ne laisse souvent aucune séquelle. Ce qui n’est pas le cas de toutes les formes de ce trouble de la mémoire. Tour d’horizon.

Par Benoît Perrier. Avec la collaboration de www.planetesante.ch. Mis à jour le 06.10.2012

Autopsie

Comment naît Alzheimer

L’amnésie liée à la maladie d’Alzheimer et aux autres démences commence par de petits oublis au quotidien, puis progresse vers une difficulté à se souvenir des événements récents. La mémoire ancienne n’est, elle, affectée que dans les stades avancés de la maladie. Attention: une difficulté à se rappeler d’un nom ou à trouver ses clés peut aussi être le symptôme du stress ou d’une dépression. Ou cela peut simplement traduire le vieillissement de nos capacités à stocker des événements dans notre mémoire. Ce n’est que lorsque les oublis se font trop fréquents et surtout qu’ils ont des conséquences importantes qu’il faut consulter un médecin. 

Les souvenirs inventés sont très rares

Confronté à un «trou» dans son histoire personnelle, a-t-on tendance à s’inventer des souvenirs? Oui et non. «Les inventions totales sont très rares», résume le neuropsychologue Radek Ptak. Un ancien diplomate amnésique et hospitalisé expliquera, par exemple, qu’il doit absolument se rendre à l’ambassade. Cette croyance n’est, bien entendu, ni vraie ni adéquate par rapport à l’instant présent, mais correspond à une réalité et des habitudes passées. Les travaux du professeur Armin Schnider, qui dirige le Département des neurosciences cliniques aux Hôpitaux universitaires de Genève, contribuent à comprendre ces cas. Nous aurions ainsi plusieurs «réalités» en activité simultanée dans nos esprits: ce que l’on fait maintenant, ce à quoi cela nous fait penser, ce que l’on a fait, ce que l’on aurait pu faire, ce que l’on fera. Chez certains amnésiques, le système de contrôle qui permet de privilégier la réalité adéquate et concrète serait touché, ce qui expliquerait leurs assertions fantaisistes.

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Lancé à la poursuite de son passé, le personnage de Jason Bourne, agent secret amnésique créé par le romancier Robert Ludlum, est aussi poursuivi par celui-ci. Si son cas est plausible, il est pourtant loin d’être la seule forme que prend cette affection.

Nous avons ainsi tous plusieurs systèmes de mémoire qui marchent main dans la main. La distinction la plus fondamentale porte sur ce que la mémoire concerne: soit le futur, avec des événements à enregistrer, soit le passé, avec des souvenirs à «aller chercher». Ainsi, une amnésie qui porte sur la mémoire nouvelle, dite «antérograde», empêchera la personne d’apprendre de nouvelles choses, mais elle se souviendra très bien de sa vie passée. A l’inverse, une atteinte de la mémoire acquise depuis longtemps, dite «rétrograde», fera perdre des souvenirs du passé, sans forcément interférer avec l’acquisition de nouveaux éléments. C’est ce qui se passe pour Jason Bourne: au fur et à mesure de sa quête, il fixe de nouveaux souvenirs alors qu’il est incapable de se rappeler son passé.

Une encéphalite ou certaines maladies dégénératives peuvent causer ces amnésies rétrogrades. Mais le cas de Jason Bourne est particulier dans la mesure où son amnésie n’est pas le produit d’une lésion du cerveau, mais d’un choc psychologique. «C’est une charge émotionnelle excessive qui provoque ces amnésies appelées «psychogènes», explique Joseph-André Ghika, chef du service de neurologie à l’Hôpital du Valais. Elles surviennent chez des personnes qui ont, par exemple, subi une agression sexuelle ou assisté à un crime violent. Ces souvenirs peuvent parfois être accessibles sous hypnose, mais on ne s’en rappelle plus dans des conditions normales.» Perdre durablement la mémoire à la manière de Jason Bourne est cependant très rare.

Le stress qui fait oublier

La fiction a d’ailleurs plutôt l’habitude d’exploiter un autre type d’amnésie: celle qui met en scène un individu errant, très désorienté, qui ne sait absolument plus qui il est. Ce trouble, appelé «amnésie globale transitoire», touche simultanément la mémoire nouvelle et, en moindre proportion, la mémoire ancienne. On dénombre entre 350 et 700 cas par an en Suisse. Mais même si la situation est très impressionnante, notamment pour la famille, les victimes récupèrent presque toujours leur mémoire sans séquelles.

Ces épisodes sont dus en général à un stress important (causé par un deuil, une rupture sentimentale…) ou à un effort physique considérable (un passage dans l’eau glacée, par exemple). «Le cerveau n’est pas abîmé dans l’opération, reprend le Pr Ghika. On estime néanmoins que l’hippocampe – structure cérébrale impliquée dans le stockage des souvenirs (voir infographie) – a souffert temporairement, son approvisionnement en sang ayant été perturbé.»

Une troisième forme d’amnésie, plus courante, affecte la mémoire qui enregistre des nouveaux événements (antérograde). Elle se traduit donc par des difficultés à apprendre. Dans les cas les plus graves, la personne qui en souffre découvre toutes les dix à vingt minutes un monde totalement nouveau. De nombreuses causes peuvent provoquer ce syndrome: une attaque cérébrale, un traumatisme crânien, des maladies inflammatoires, une tumeur, la maladie d’Alzheimer ou les complications d’une consommation excessive d’alcool. Dans la plupart des cas (et contrairement aux deux amnésies précédentes), le cerveau est définitivement lésé.

Il existe cependant une mémoire qui n’est pas touchée par l’amnésie: celle qui concerne le langage, les procédures (faire du vélo ou jouer d’un instrument) et les conditionnements (des réactions incontrôlables ou des peurs, par exemple). Ces capacités dépendent en effet de zones du cerveau différentes de celles impliquées dans l’amnésie. Tel grand musicien amnésique pourra ainsi continuer à jouer tout en demeurant incapable d’intégrer de nouvelles connaissances sur le monde qui l’entoure.

Des rituels pour se situer

Le traitement des amnésies antérogrades reste très difficile et repose généralement sur l’entraînement de la mémoire, mais aussi sur des stratégies capables d’aider les personnes atteintes à vivre mieux au quotidien. «Il s’agit d’instaurer des rituels très stricts et de répéter chaque jour les mêmes informations au patient, explique le Dr Radek Ptak, neuropsychologue à l’Hôpital de Beau-Séjour, à Genève. On emploie également un agenda dans lequel se trouvent des informations qui permettent au malade de se repérer dans le temps et dans son environnement. Certains patients parviennent à fonctionner ainsi de leur propre chef, même s’il est difficile, voire impossible, pour une personne touchée de reprendre sa vie d’avant.» (Le Matin)

Créé: 07.10.2012, 09h13

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