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Quand le «cobaye» doit ouvrir son porte-monnaie

Tests cliniques

Les essais cliniques ne sont pas sans danger pour leurs participants. Parfois, ils tournent mal et les personnes doivent se battre pour ne pas payer les dommages de leur poche.

Par Laureline Duvillard. Mis à jour le 13.02.2012 1 Commentaire
Une technique chirurgicale est ici testée pour la première fois en février 2011 aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), où plus de 300 projets de recherche sont menés chaque année.

Une technique chirurgicale est ici testée pour la première fois en février 2011 aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), où plus de 300 projets de recherche sont menés chaque année.
Image: Keystone

C’est l’histoire d’une jeune femme atteinte d’une forme de cancer rare. Habitante du canton de Saint-Gall, elle se rend à Lausanne pour participer à un projet de recherche. Suite à la prise du médicament test, la patiente est victime de complications. Elle doit être emmenée d’urgence à l’université de Zurich, où elle est traitée de manière ambulatoire.

La jeune femme n’a pas conclu d’assurance qui couvre les frais hospitaliers dans toute la Suisse. Puisqu’elle a été hospitalisée 16 heures dans un hôpital hors de son canton, on lui réclame 11'000 francs. La patiente se tourne alors vers le médecin investigateur pour lui demander de l’aide, ce dernier botte en touche.

«Étant donné que la patiente a été victime de complications dans le cadre d’une recherche, il est légitime que l’assurance du sponsor paie. Mais j’ai dû moi-même agir, sinon elle n’aurait pas été remboursée», rapporte Margrit Kessler, directrice de l’Organisation suisse des patients (OSP).

Besoin de preuves

Prêter son corps à la science dans l’espoir d’atténuer ses souffrances ou plus marginalement pour empocher quelques billets. En Suisse, les projets de recherche sur l’être humain réunissent des profils divers. «Dans les hôpitaux, les recherches se font essentiellement avec des patients malades. Dans les organismes privés de recherche sous contrat (ndlr: organismes rémunérés pour une activité de recherche), on comptera par contre un peu plus de volontaires», remarque Olivier Irion, professeur en gynécologie et obstétrique et président de la Commission centrale d’éthique de la recherche aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Des «cobayes» qui choisissent consciemment de participer à des essais cliniques et d’accepter le risque sanitaire. Mais qui ne se doutent pas, qu’ils prennent également un risque financier.

«Nous connaissons plusieurs cas, dans lesquels des personnes ont eu des complications et ont ensuite dû assumer les frais financiers de celles-ci. Car, lorsque des problèmes surgissent, les médecins se rangent du côté de l’industrie pharmaceutique et laissent les participants à leur sort», souligne Margrit Kessler.

Sans l’appui du médecin, le participant lésé a en effet peu de chances de se faire rembourser. Car lorsque l’assureur refuse de payer, «le médecin à un rôle de témoin», remarque Hans-Peter Kuhn, chef du service juridique de la FMH.

Et si le médecin refuse d’admettre un lien de causalité entre la recherche et les complications du patient, ce dernier devra le prouver par ses propres moyens. «Ce qui est extrêmement difficile, puisque les personnes participent à des projets où les produits sont justement testés», relève Anne-Marie Bollier porte-parole de l’OSP.

Cas problématiques

Du côté médical, on note pourtant que le «médecin doit aider le patient tout au long de la recherche. Il doit l’informer de ses droits, l’assister en cas de problèmes et se montrer indépendant du sponsor (promoteur de l’étude)», note Olivier Irion.

Mais le professeur reconnait qu’ «il est parfois difficile de distinguer les complications inhérentes à la maladie de celles causées par la recherche. Car, ce sont essentiellement des personnes malades qui participent au plus de 300 projets que nous menons par année. Et plus les gens sont malades plus ils risquent de faire des complications.»

Difficulté à établir un lien de causalité mais aussi à admettre un dommage. «Le médecin investigateur aura peut être tendance à nier le lien de causalité car cela veut dire que ses actes, même accomplis dans les règles de l'art et avec la meilleure conscience professionnelle, ont provoqué un dommage chez un patient. En tant qu'être humain, il est normal que, spontanément, il ait des difficultés à admettre les faits», souligne Jean-Christophe Méroz, juriste chez Swissmedic dans le domaine des essais cliniques. Le patient doit, donc, se battre pour faire valoir ses droits.

Individus laissés à eux-mêmes

La nouvelle loi relative à la recherche sur l’être humain qui entrera en vigueur en automne 2013, promet quelques changements. «Le principe de causalité y sera inscrit de manière stricte. Ce qui implique que l’assureur répond de l’ensemble des dommages ayant un lien causal adéquat avec la participation au projet de recherche», comme le note Hans-Peter Kuhn.

Mais, si cette loi encadre parfaitement la recherche sur l’être humain, elle laisse apparaître une faille importante. «Cette nouvelle loi possède un grand défaut, c’est qu’elle s’applique uniquement aux personnes qui participent en groupe à des projets de recherche structurés, encadrés par les Commissions d’éthique. Elle ne prend pas en compte les essais thérapeutiques individuels, où un médecin décide de son plein gré de déroger aux thérapies standards», explique Anne-Marie Bollier.

Des cas pourtant nombreux et délicats. Car si les participants à des projets de recherche structurés doivent recevoir une information claire et donner leur accord par écrit, «les essais thérapeutiques individuels peuvent se faire sans protocole d’information et sans aucune trace écrite de ce qui est communiqué entre le médecin et le patient», souligne Anne-Marie Bollier.

Et de conclure «dans ces cas là, si des problèmes surgissent et que le patient ne veut pas payer, cela sera toujours à lui de démontrer que le produit en est la cause.»

(Newsnet)

Créé: 13.02.2012, 15h17

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1 Commentaire

elf fen

13.02.2012, 17:14 Heures
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Comment se fait-il que ce ne soit jamais la faute au médicament, médecin ou pharmas mais toujours celle du patient ? Répondre