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Viande in vitro: le rêve prend chair

Science

Aucun chercheur n’a pu fabriquer du poulet de synthèse avant le 30 juin, comme le voulait l’association PETA. Mais les travaux avancent à grands pas.

Par Renaud Malik. Mis à jour le 29.06.2012 2 Commentaires
La viande de synthèse, comme celle obtenue par le professeur néerlandais Mark Post, a-t-elle un avenir? La question divise encore les scientifiques.

La viande de synthèse, comme celle obtenue par le professeur néerlandais Mark Post, a-t-elle un avenir? La question divise encore les scientifiques.
Image: Reuters

Mangeriez-vous de la viande artificielle?

POUR: Bastien Girod, conseiller national (Verts/ZH)

«La viande in vitro est une bonne solution»

«Je suis végétarien, mais cela ne signifie pas que je n’aime pas la viande. Si on arrive à produire une viande avec le même goût et la même texture, mais sans les effets négatifs sur la planète, j’y goûterai volontiers. La production de viande in vitro est une bonne solution pour réduire les émissions de CO2 et éviter la souffrance animale. Je reconnais qu’il est un peu paradoxal de voir les défenseurs de l’environnement militer pour un produit qui est tout sauf naturel. Mais, à l’inverse, est-ce naturel de consommer toujours plus de viande, sachant à quel point cela met en danger la planète? Promouvoir la technologie me semble raisonnable dans ce cas-là. Et je pense que le grand public finira par l’accepter. C’est comme pour la voiture électrique: on est toujours en voiture, mais la technologie est différente.»

CONTRE: Denis Martin, chef cuisinier

«Je suis pour la recherche, mais c’est une idiotie»

«Goûter de la viande de synthèse? Je ne suis pas fou, je demanderais d’abord à connaître les composants. Je n’y goûterais pas juste par curiosité. Quant à savoir s’il faudrait appeler cela de la viande, la réponse est non: soit on mange de la viande issue de la tradition, soit on mange un produit de laboratoire, et alors il faut lui donner un autre nom! Je suis assez pour la recherche, mais là je pense que c’est une idiotie. Si on remplace tout par des produits de synthèse, que va-t-il nous rester comme mémoire à transmettre à nos enfants? Ayons une meilleure gestion de notre alimentation, voilà tout. Personnellement, je suis pour un élevage traditionnel un peu amélioré. Et, s’il n’y a plus assez de viande, alors mangeons moins de viande. Avant, on en mangeait deux fois par semaine, aujourd’hui on en consomme deux fois par jour!»

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Le 30 juin 2012 aurait pu être une date-clé dans l’histoire de l’alimentation humaine. C’est du moins ainsi que l’entendait l’association de défense des animaux PETA. Il y a quatre ans, elle avait offert un million de dollars à tout chercheur capable de produire de la viande de poulet synthétique, la date limite du concours étant fixée à aujourd’hui. Le résultat n’a pas été à la hauteur des attentes: dans un communiqué publié mardi, PETA a admis qu’aucune équipe scientifique ne s’était manifestée, et a repoussé la date butoir d’un an.

Burger in vitro

Le pari n’était pourtant pas si fou: la viande in vitro, qui a longtemps fait partie du folklore de la science-fiction au même titre que les voitures volantes ou les colonies lunaires, serait sur le point de devenir une réalité. En février, le professeur néerlandais Mark Post a annoncé qu’il espérait présenter en novembre le premier prototype de hamburger in vitro. Et son projet, qui a bénéficié de 2 millions d’euros de crédits publics et mobilisé trois universités, est loin d’être le seul actuellement en cours: aux Etats-Unis et au Brésil, d’autres équipes de recherche s’efforcent de synthétiser de la viande artificielle.

Souffrance animale et pollution

L’enjeu de ces recherches est de taille. La viande in vitro représente un immense espoir pour les défenseurs des animaux comme pour certains écologistes, qui y voient une réponse intelligente au problème de la souffrance animale et de la pollution: le bétail, rappellent-ils, est responsable de 5% des émissions de CO2 et de 40% des émissions de méthane (lire encadré).

Or on s’attend à un doublement de la consommation de viande d’ici au milieu du siècle, croissance démographique oblige. «La viande de synthèse permettrait de procurer des protéines aux 9 milliards d’hommes que la terre comptera en 2050, sans mettre en péril la planète», souligne le conseiller national Bastien Girod (Verts/ZH). L’ennui, c’est que la science ne peut pas faire de miracles. Chercheur au département de biologie moléculaire de l’Université de Genève, Ulrich Schibler s’interroge sur l’impact écologique d’une production à grande échelle de viande synthétique: «Qui dit que la dépense d’énergie ne dépassera pas celle qu’il faut pour faire croître une vache?»

L’autre problème, poursuit le chercheur, est d’ordre qualitatif: «En laboratoire, on peut parvenir à produire de la viande de synthèse, mais tout dépend de ce que vous considérez comme satisfaisant. Pour fabriquer des protéines commercialisables dans le tiers-monde, c’est tout à fait réalisable. Maintenant, pourrait-on fabriquer en laboratoire un filet de bœuf de la même qualité que ceux de l’Hôtel de Ville de Crissier? Je pense que non.»

Il y a aussi, et surtout, l’effet psychologique. Les amoureux de la viande accepteront-ils, même à long terme, de se satisfaire de produits synthétiques? Président de l’Union professionnelle suisse de la viande, Ruedi Hadorn dit avoir «de sérieux doutes quant à la capacité d’acceptation des consommateurs». Même Isabelle Chevalley, conseillère nationale (Vert’libéraux/VD) et végétarienne convaincue, admet qu’elle préférerait manger «du steak d’insectes plutôt qu’un steak de synthèse». Bastien Girod, lui, se montre plus optimiste. Et assure qu’«en quelques décennies les mentalités peuvent changer». (Le Matin)

Créé: 29.06.2012, 22h56

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2 Commentaires

Jean-Paul Costantini

30.06.2012, 08:17 Heures
Signaler un abus 9 Recommandation 0

Hmmmm! je m'en réjouis déjà, gastronomiquement parlant ! Ne serait-il pas aussi, sinon plus sage de réduire notre consommation de viande en la limitant aux protéines quotidiennes nécessaires à l'organisme ? Répondre


Patrick Luder

30.06.2012, 11:56 Heures
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Si on doit limiter notre consommation de viande, pour notre bien-être et pour la planète, ne serait-il pas plus intelligent de se tourner vers une nourriture plus saine ? J'espère que ces orgies seront interdites par nos autorités, on bouffe déjà tellement de saloperies ... Répondre