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Les médecins légistes se penchent sur les stars

Médecine

Michael Jackson, Amy Winehouse, Whitney Houston, trois fins tragiques qui soulèvent la question des limites et des ombres qui peuvent entourer l’autopsie médico-légale.

Par Jean-Yves Nau. Mis à jour le 02.03.2012
La police emmène le corps de l'acteur Heath Ledger, le 22 janvier 2008 dans le quartier de Soho, à New York.

La police emmène le corps de l'acteur Heath Ledger, le 22 janvier 2008 dans le quartier de Soho, à New York.

Les morts dues à l’alcool, aux drogues ou aux médicaments

Les morts de Whitney Houston, d’Amy Winehouse, de Michael Jackson, entre autres, ont été commentées dans le contexte de l’appétence de ces trois personnalités pour la consommation d’alcool, de stupéfiants ou de médicaments. Pour savoir si la mort est due ou non à la consommation de ces produits, les médecins légistes réalisent des investigations toxicologiques sur différentes «matrices» (sang, urine, contenu gastrique, voire analyse de cheveux). Pour le Pr Mangin, l’examen anatomopathologique (l’analyse fine des cellules et des tissus) doit en outre être systématique. Il permet de contribuer au diagnostic et de déterminer s’il existe un lien de cause à effet entre ces produits et la cause du décès. On conclut à une mort par intoxication dans la mesure où il n’existe pas d’autre cause, et que les analyses toxicologiques plaident sans équivoque en faveur de l’hypothèse de mort violente par intoxication mortelle. Reste à savoir si cette intoxication est volontaire.

Le 11 février 2012, Whitney Houston, 48?ans, est retrouvée morte dans la baignoire de la chambre d’un hôtel de Beverly Hills. Trois semaines plus tard, on ignore toujours de quoi elle est morte. De nombreuses rumeurs circulent depuis. La «diva pop» était de longue date connue pour sa dépendance à l’alcool et aux produits psychotropes illicites. Quand saura-t-on la vérité sur les causes de cette mort prématurée?

Michael Jackson (1958-2009), Amy Winehouse (1983-2011), Whitney Houston (1963-2012). Trois parcours différents pour une même fin tragique. Trois morts prématurées survenues dans des circonstances qui demeurent bien mystérieuses. Et qui soulèvent la question des limites et des ombres qui peuvent entourer l’autopsie médico-légale: elle ne parvient pas toujours à déterminer avec précision les causes de la mort et ne livre bien souvent ses conclusions que plusieurs semaines –?voire plusieurs mois après le décès de personnalités du monde du spectacle.

Deux types d’examens

L’autopsie – qui signifie voir de ses propres yeux – désigne deux pratiques bien différentes: la démarche dite «scientifique», et la démarche «médico-légale». Dans le premier cas, des médecins cherchent de leur propre fait à mieux comprendre les véritables raisons de la mort du patient; dans le second cas, des médecins légistes agissent sur ordre de la justice quand la mort a été subite ou violente. Ce sont de ces autopsies dont nous parlent régulièrement les romans policiers, le cinéma et les séries télévisées («Les Experts» ou «NCIS», par exemple). Et ce sont elles qui font du médecin légiste un héros sombre et mystérieux, vivant chaque jour au contact de la mort.

«En Suisse, lors d’une mort suspecte, le ministère public peut demander une autopsie. Mais aussi – c’est assez fréquent – un simple examen externe, sans ouverture du corps, explique le professeur?Patrice Mangin, directeur du Centre universitaire romand de médecine légale. Dans les pays anglo-saxons, la demande d’autopsie médico-légale est plus importante et émane de la police ou du coroner.»

Que s’est-il passé dans le cas de Whitney Houston? Dès le lendemain de la découverte du corps dans une baignoire emplie d’eau, les légistes californiens ont cherché à savoir s’il était possible d’expliquer la mort par une cause criminelle évidente – utilisation d’arme à feu ou strangulation, par exemple. Après ouverture et dissection, ils ont ensuite cherché l’existence de lésions massives, hémorragiques notamment, dont les conséquences auraient été mortelles, comme par exemple après un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral. Faute de résultats, des prélèvements de fluides (dans les poumons ou le vagin), d’organes et de tissus ont été effectués et précieusement conservés. Des échantillons ont ensuite été adressés à différents spécialistes en toxicologie ou en anatomopathologie (analyse fine des cellules et des tissus) afin de mieux comprendre la succession des événements pathologiques ayant conduit à la mort. Ce sont les résultats de ces examens qui devraient, dans les semaines ou les mois à venir, expliquer les causes de la mort.

Le mystère demeure

Pourquoi un tel délai? Pas pour des raisons techniques: les résultats toxicologiques et anatomopathologiques peuvent être obtenus en quelques heures ou quelques jours. «On peut imaginer que les autopsies médico-légales des personnes célèbres nécessitent des investigations complémentaires qui peuvent prendre du temps et justifier un délai supplémentaire avant l’interprétation des résultats et leur communication publique, explique le professeur?Mangin. On peut aussi imaginer que s’ajoutent des raisons plus politiques, qui font que la diffusion de l’information est maîtrisée par le juge, voire la police, qui ne souhaite pas communiquer dans les délais habituels.» Ce silence prolongé autorise bien des fantasmes et ajoute immanquablement au mystère tragiquement romantique de ces morts prématurées. (Le Matin)

Créé: 04.03.2012, 11h14

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