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Les accros à Internet, de nouveaux malades mentaux ?

Addiction

L’Association américaine de psychiatrie réfléchit à inclure l'addiction à Internet dans le prochain «Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux». Un problème en croissance constante en Suisse.

Par Laureline Duvillard. Mis à jour le 27.02.2012 17 Commentaires
Un adolescent chinois, dans un centre de traitement de l'addiction à Internet. Le jeune homme doit utiliser un ordinateur sans jeux en ligne.

Un adolescent chinois, dans un centre de traitement de l'addiction à Internet. Le jeune homme doit utiliser un ordinateur sans jeux en ligne.
Image: AFP

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Ne pas pouvoir s’empêcher de contrôler à tout bout de champ son compte Facebook, avoir un besoin incontrôlable de surfer sur des sites pornographiques ou présenter une envie insurmontable de jouer en ligne.

L’addiction à Internet figurera peut-être dans la cinquième édition de la «bible» des maladies mentales, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (ou DSM). Le nouvel ouvrage de référence, publié par l’Association américaine de psychiatrie et encore en cours d’élaboration, sortira en 2013.

Mondialement utilisé par les psychiatres et les psychologues, notamment pour leurs rapports aux assurances, le DSM devient toujours plus contesté par les spécialistes eux-mêmes. D’ailleurs, selon Reuters plus de 11'000 professionnels de la santé ont signé une pétition pour appeler à une redéfinition de la cinquième édition de cet épais recueil.

Le marché des maladies

En cause, le fait que cet opus recense toujours plus de troubles mentaux. En effet, à en croire le développement de l’indispensable manuel, les personnes saines d’esprit seront bientôt une exception. Une aubaine pour les compagnies pharmaceutiques.

«Les pressions économiques et politiques qui influencent la classification du DSM sont problématiques. Par exemple, ce n’est pas un hasard si on réfléchit à inclure des addictions sans substance, comme celle au sexe ou à Internet. On peut se demander jusqu’où c’est lié au fait que les industries pharmaceutiques cherchent à s’ouvrir un nouveau créneau», note le professeur Pierre Bovet, chef adjoint du département de psychiatrie du CHUV.

Comment définir un «drogué» du net?

Délicat de faire de l’addiction au sexe ou à Internet une pathologie. Car les critères sont particulièrement subjectifs. A partir de quand la personne souffre-t-elle d’addiction ? Tous les surfeurs irrépressibles sont-ils des accros à Internet ? Les internautes retiennent leur souffle.

«L’addiction intervient lorsqu’on ne peut s’empêcher de limiter sa consommation de contenus Internet. Une étude, par exemple, a montré que les personnes addictes passent plus de 20 heures par semaine sur Internet. Mais on ne peut se fier à des critères précis, cela dépend de chaque individu», explique le docteur Daniele Zullino, médecin chef du service d’addictologie aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Et de préciser que l’on n’est pas accro à Internet, mais bien à ce qu’il contient. Jeux et pornographie en tête, suivis des réseaux sociaux.

Une foule de malades

D’ailleurs les «drogués» du net sont en augmentation constante depuis le milieu des années 2000. En Allemagne, une étude commandée par le ministère allemand de la Santé a révélé en 2011 qu'un demi-million d'Allemands sont dépendants à Internet.

«Ce comportement addictif est désormais reconnu. Ici, nous traitons environ 60 à 70 patients par année et plusieurs centres ont décidé de se consacrer à cette forme d’addiction», remarque le spécialiste genevois, également responsable du programme nouvelles addictions. Et comme chez les héroïnomanes ou les cocaïnomanes, on peut mesurer chez les accros à Internet, des modifications au niveau cérébral.

Par conséquent, l’inscription de cette addiction dans le DSM-5 se justifierait-elle? «Je pense que le débat mérite d’être lancé, car si les autres formes d’addiction, par exemple à la drogue y figurent, il n’y pas de raison de ne pas l’inclure. D’un autre côté, il y a une question sociale à se poser. On a tendance à médicaliser tout notre quotidien. En effet, il est illusoire de croire qu’une maladie est recensée car, tout à coup, on la découvre de manière scientifique. Ce sont les spécialistes qui se mettent d’accord pour décider de ce qui est une maladie ou pas», relève Daniele Zullino.

Avec le DSM-5, le couperet de la maladie mentale risque de s’abattre sur de nombreux malheureux. Sans compter que l’ouvrage, largement utilisé pour lister et classifier les troubles mentaux est aussi employé «comme un manuel de psychiatrie à part entière», comme le remarque Pierre Bovet.

Au risque d’analyser les patients, en suivant scrupuleusement une liste de critères précis. Et d’engendrer une foule de malades. (Newsnet)

Créé: 27.02.2012, 09h42

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17 Commentaires

PA Debons

27.02.2012, 12:46 Heures
Signaler un abus 9 Recommandation 0

La question du Matin peut paraître excessive ou saugrenue et pourtant c'est bien ce que les professionnels de la santé, psychiatres et industrie pharmaceutique en tête, sont en train de faire: mettre des noms de maladie sur tous les comportements humains. Afin de gagner plus d'argent encore. C'est grave et il est temps que ça cesse. Répondre


super taxe

27.02.2012, 19:42 Heures
Signaler un abus 4 Recommandation 0

Ca sent la taxe a venir ça Répondre



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