Mardi 30 août 2016 | Dernière mise à jour 03:07

Happy end Elle devait ne jamais remarcher

Sept ans après la chute qui l’avait laissée quasi paraplégique, une ex-freerideuse signe, skis aux pieds, un exploit en duo avec son amie Géraldine Fasnacht dans les airs.


Malgré ses jambes restées faibles suite à son accident, Karina est montée par elle-même sur l’arête. (Image: David Ravanel)

La Norvégienne Karina Hollekim a travaillé d’arrache-pied des mois durant pour réussir à remarcher. (Image: DR)

Une image comme celle-ci – Karina à skis – était inconcevable il y a sept ans. (Image: David Ravanel)

Fin février, Géraldine Fasnacht et Karina Hollekim ont caressé l’arête de la Roualle ensemble. Cette première n’est pas passée inaperçue à La Clusaz (F). (Image: David Ravanel)

Après leur exploit, Géraldine (à d.) et Karina rient d’avoir trouvé une autre façon de profiter ensemble de la montagne. (Image: David Ravanel)

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«Mademoiselle Hollekim, vous ne remarcherez jamais.» Ces mots sont ceux d’un docteur lâchés en août 2006 au CHUV, deux jours après un grave accident de parachutisme qui avait gâché le Vertigo Festival de Villeneuve (VD) en brisant les os de Karina Hollekim en 25 morceaux et sa vie avec. «Mais ma tête dure m’a sauvée», plaisante-t-elle à moitié. Fin février, la freerideuse et base jumpeuse norvégienne est allée plus loin que le plus optimiste des irréalistes aurait osé le pronostiquer.

Ce jour-là, elle et son homologue vaudoise Géraldine Fasnacht ont défloré ensemble La Roualle, une magnifique arête poudreuse du massif des Aravis (F). La première skis aux pieds, bien qu’elle n’ait plus de ligaments croisés (!), et la seconde au-dessus d’elle moulée dans sa wingsuit (ndlr: combinaison permettant de planer dans les airs), tel l’ange gardien qu’elle fut pour son amie après son accident.

20 opérations, pas d’amputation

Un happy end incroyable pour les deux pétroleuses qui, depuis qu’elles s’étaient croisées sur une compétition grisonne en 2000, ont tout partagé. Exploits, galères et coups durs. Toujours avec la montagne pour toile de fond et acteur principal. «Quand on s’est connues, les filles étaient rares dans ce milieu, rappelle Géraldine Fasnacht. Pour moi qui n’avais partagé ma passion qu’avec des mecs, c’était cool!» Karina et Géraldine «ramonent» ensemble les couloirs de Verbier et s’élancent en base jump des meilleurs spots de la planète. Des films témoignent de ces moments où seul le présent existe et qui transcendent les mots. Puis l’accident remet tout en cause. Karina subit 20 opérations et frôle l’amputation.

Cette même maudite année 2006 à Noël, Géraldine perd sous ses yeux son mari, le guide Sébastien Gay, dans un accident de speedflying. Son amie apprend la nouvelle à Oslo dans son centre de rééducation. Malgré les 45 malheureux kilos auxquels l’a réduite son accident, elle se rend illico en Suisse contre l’avis de ses médecins. L’amitié entre les deux femmes en sort renforcée. Lors d’une rencontre à l’hôpital, elles se promettent: «Un jour, on retournera skier ensemble!» Géraldine pousse Karina à se dépasser en salle de rééducation. Cette dernière encaisse, progresse et s’oblige à voir sa nouvelle vie d’un bon œil. Vu d’une chaise roulante aussi, l’existence peut avoir de la saveur. Puis vient le jour où Karina remarche et enfin celui où elle remonte sur des lattes, dans un siège tout d’abord puis debout.

A chaque fois, Géraldine, ses amis et sa famille l’encouragent et la poussent. «Ils m’ont aidée à avancer et à devenir plus forte, résume la Norvégienne. L’ironie de mon histoire, c’est que je suis plus heureuse et meilleure aujourd’hui. J’aimerais qu’elle aide ceux qui en passent par-là aujourd’hui.» Un jour à Verbier, le duo tombe sur un ami du médecin de la Rega qui avait cru Karina condamnée à la paraplégie. «Il lui a téléphoné devant nous en disant que j’étais là à skis. Il répondait que c’était impossible», s’amuse Karina.

La peur avant le bonheur

A La Clusaz (F), elle et son amie ont rejoué en quelques minutes de grâce comme une métaphore de leur amitié. Karina a serré les dents pour escalader l’arête sur ses jambes flageolantes. Une fois au sommet, la peur s’est imposée à elle. «J’ai téléphoné à mon copain. Il m’a rassurée et je me suis élancée. Au bout de dix mètres, l’angoisse s’est évanouie et a été remplacée par un bonheur intense. Puis Géraldine est passée au-dessus de ma tête. On a hurlé de bonheur. Une fois en bas, on s’est tombé dans les bras en riant d’avoir trouvé cette nouvelle manière de profiter de la montagne ensemble.» (Le Matin)

(Créé: 16.03.2013, 09h08)


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