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Dopés pour rester dans la course

Société

De plus en plus de Suisses ont recours à des médicaments et autres substances pour améliorer leurs performances et survivre dans le monde impitoyable du travail.

Par Pascale Bieri. Mis à jour le 20.06.2012 25 Commentaires
Soumis à une pression professionnelle toujours plus lourde,
le travailleur est tenté de détourner l’usage de certains médicaments ou de prendre des drogues.

Soumis à une pression professionnelle toujours plus lourde, le travailleur est tenté de détourner l’usage de certains médicaments ou de prendre des drogues.
Image: Fotolia

Et vous, seriez-vous prêts à vous doper pour travailler plus?

Les principaux dopants au quotidien et leurs risques potentiels

ANTIDÉMENTIELS
Objectif: Améliorer l’attention, la mémoire et la capacité d’apprendre.
Réalité: Ces produits n’améliorent pas la mémoire chez les patients sains. En revanche, ils peuvent déclencher des maux de tête, de l’anxiété et des nausées.
Risque de dépendance: relativement faible

ANTIDÉPRESSEURS
Objectif: Améliorer son état émotionnel et son humeur.
Réalité: Ces produits ne contribuent ni à remonter le moral des personnes bien portantes ni à améliorer leurs performances.
Risque de dépendance: important

CAFÉ
Objectif: Effet stimulant sur le plan physique et intellectuel.
Réalité: La caféine joue bel et bien un effet stimulant ainsi qu’une action positive sur la concentration, la mémorisation et la fatigue.
Risque de dépendance: peu important

COCAÏNE
Objectif: Stimuler, booster, dépasser ses limites.
Réalité: Dans un premier temps, la coke permet d’atteindre ces objectifs; puis risque d’attaque de panique (défenestration).
Risque de dépendance: important

STIMULANTS
Objectif: Améliorer ses performances, son attention ou encore la mémoire à court terme.
Réalité: Pas d’effet sur la mémoire, pas d’amélioration de l’attention, diminution de la capacité d’action et de décision.
Risque de dépendance: relativement important

BÊTABLOQUANTS
Objectif: Résister au stress, à la surcharge de travail, parler en public sans palpitation.
Réalité: Diverses études montrent une certaine efficacité de ces produits aux fins précitées. Risque d’essoufflement et de chute de tension.
Risque de dépendance: quasi inexistant

ALCOOL
Objectif: Obtenir une certaine détente, se désinhiber.
Réalité: L’alcool aboutit bien aux effets recherchés, avec d’importants risques de perte de maîtrise totale, et de grandes confusions.
Risque de dépendance: important

HÉROÏNE
Objectif: On la prend sous forme inhalée ou fumée afin d’être calme et posé.
Réalité: Elle permet d’obtenir les buts recherchés dans un premier temps; puis risque important d’arrêt respiratoire.
Risque de dépendance: important

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Etre au top au boulot, dans sa vie privée, au lit… Pour faire face à des exigences – réelles, ou perçues comme telles – de plus en plus fortes, toujours plus de personnes ont recours au dopage! Certes, on ne parle pas là d’EPO. Toutefois, hormis le café et l’alcool, un nombre croissant de médicaments, voire de substances illicites, sont utilisées au quotidien. De quoi inquiéter Addiction Suisse, qui vient de consacrer une étude à ce qu’elle appelle les «dopants au quotidien».

Selon la profession

Et c’est effectivement un gros problème, selon le Dr Sophie Nicole, directrice de la Clinique Belmont à Genève, spécialisée dans le traitement des addictions. «Chaque profession a des «dopants» qui lui sont propres», confie-t-elle. Exemple: les antidépresseurs pour les administratifs, les anxiolytiques pour les chefs d’équipe ou encore les stimulants, voire la cocaïne, pour les banquiers. «Je n’ai encore jamais vu un trader qui soit clean. Ils sont soumis à de telles exigences de performances, qu’ils se rabattent sur ces substances pour faire face et être toujours performants», assure Sophie Nicole. Quant aux avocats, ils carburent plutôt à l’héroïne qui leur permet d’être plus posé, et de conserver une certaine distance émotionnelle.

Faciles à trouver

«Un des gros problèmes, c’est la banalisation que l’on fait de ces substances, souligne le Dr Barbara Broers, responsable de l’Unité des dépendances aux HUG, à Genève. Aujourd’hui, quand on se sent dépassés ou mal dans sa peau, il apparaît normal d’avoir recours à une petite pilule. C’est très humain! Quand on ne se sent pas bien, on a envie que cela passe vite, plutôt que d’affronter le problème ou de se remettre en question!» D’autant qu’il suffit d’un clic sur le Net pour se procurer bon nombre de ces substances, avec tous les risques qui s’ensuivent.

«Non seulement certaines sont hors la loi, mais en plus, on ne sait pas ce qu’elles contiennent vraiment, avertit Barbara Broers. Par ailleurs, il peut y avoir des interactions pas banales avec d’autres médicaments pris par le consommateur, ou avec des problèmes de santé existants.»

De plus, ces produits dopants n’ont souvent pas l’effet qu’on leur prête (voir ci-dessous), alors que «les risques et les effets secondaires restent difficiles à évaluer», souligne-t-on du côté d’Addiction Suisse. Sans oublier les importants risques de dépendances, physiques ou psychiques, qu’ils entraînent.

Autre problème montré du doigt par les spécialistes en addiction, la facilité avec laquelle certains médecins généralistes prescrivent divers médicaments, tels qu’anxiolytiques ou calmants. «Les problèmes de dépendance commencent souvent ainsi», assure le Dr Sophie Nicole. Avec parfois d’étonnants détournements. Ainsi des inducteurs de sommeil finissent par être consommés à coup de dix ou douze comprimés durant la journée. Car, à cette dose-là, l’effet produit n’est plus de l’endormissement mais une légère euphorie, recherchée par des grands angoissés.

Une personne sur 20

Difficile de chiffrer, en Suisse, le nombre de personnes qui ont recours à l’une ou l’autre de ces substances, par manque d’études. Toutefois, la situation est sans doute proche de celle de l’Allemagne, où une enquête arrive à la conclusion que 5% de la population active (environ 2 millions sur 40 millions) ont déjà absorbé des médicaments pour améliorer leurs performances cérébrales ou leur psychique, et que 2,2% (environ 800?000) en prennent régulièrement à des fins de dopage!

Et ce n’est pas fini! «L’offre et la demande devraient vraisemblablement continuer à croître, car on attend des gens qu’ils soient toujours au top dans leurs tâches professionnelles et leur vie privée», résume Ségolène Samouiller, porte-parole d’Addiction Suisse. D’où la demande de «lancer un débat critique et de se poser des questions de fond avant de se trouver face à un problème de santé publique majeure». (Le Matin)

Créé: 20.06.2012, 22h48

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25 Commentaires

âme emâ

21.06.2012, 11:39 Heures
Signaler un abus 7 Recommandation 0

Drôle de monde bien cruel où il est nécessaire, à la longue, de se détruire la santé physique et mentale pour arriver à rester performant. Toutes les combines qui nous maintiennent en forme possèdent un effet boomerang dévastateur à l'approche de la vieillesse. Personne ne va sortir indemne des ces consommations abusives. Je me demande dans quel état sera notre société dans quelques années... Répondre


Marc Leutenegger

21.06.2012, 09:14 Heures
Signaler un abus 4 Recommandation 0

Chacun à la vie qu’il mérite. On a tous un chemin de vie et on est encore libre de choisir ce qu’on veut en faire, de ce qu’on a voulu en faire et surtout responsable et coupable de ce qu’on en a fait. Bien sûr que ça n’est pas toujours facile mais on a tellement de moyens pour se sortir de toutes mauvaises situations. J’ai 61 ans, j’ai vu pas mal de choses dans ma vie et bien croyez-moi, il y a les bons et les mauvais, c’est tout ! Salut Répondre



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