ACCUEIL 26.11.2014 Mis à jour à 23h52

Harcelées, elles brisent le silence

Mobilisation

En filmant le machisme ordinaire dans son quartier, une jeune Belge a mis en lumière la violence du harcèlement de rue. Comme elle, des milliers de femmes se mobilisent contre ce fléau.

Par Renaud Malik. Mis à jour le 05.08.2012
Sofie Peeters, réalisatrice du film  «Femme de la rue».

Sofie Peeters, réalisatrice du film «Femme de la rue».
Image: Philip Reynaers/Photonews/Gettyimages

Vous avez été victime de harcèlement dans la rue?

Son film embrase la Belgique

Depuis quelques jours, Sofie Peeters refuse toute interview. Cette étudiante en cinéma de Bruxelles a été quelque peu dépassée par le phénomène autour de son film, «Femme de la rue». A l’origine, il ne s’agissait pourtant que d’un simple travail de fin d’études. L’idée? Filmer en caméra cachée ses déplacements dans les rues de son quartier d’Aneessens, afin de montrer le harcèlement dont pouvaient faire l’objet les jeunes femmes. Le résultat, choquant, met en lumière toute la violence du machisme ordinaire. En Belgique, la diffusion d’extraits du film sur la chaîne publique francophone RTBF a provoqué des réactions immédiates, certains politiciens appelant de leurs vœux une loi contre le harcèlement de rue. Les critiques ont également été au rendez-vous, certains taxant de racisme la jeune cinéaste qui a, dans une interview, fait observer que les insultes étaient «dans 95% des cas» le fait de Maghrébins. Vendredi, dans une vidéo diffusée sur le site de l’organisation Sharia4belgium, un islamiste s’en est pris violemment à Sofie Peeters, taxée de «prostituée bon marché» qui «se promène à moitié nue et a le visage peint comme un clown».

Avec son film, Sofie Peeters a suscité le débat au-delà des frontières de la Belgique.

Partager & Commenter

La scène se passe dans une rue de Bruxelles. Une étudiante arpente seule un quartier populaire de la ville. Sur son passage, les remarques fusent. «Chienne», glisse un inconnu. «Belles petites fesses», plaisante un groupe d’hommes, plus loin. Quelques minutes après, un passant insiste: «Je t’emmène à l’hôtel?» Cette scène, Sofie Peeters l’a vécue et filmée elle-même, en caméra cachée, au fil de ses déplacements dans le quartier populaire d’Aneessens. Étudiante en cinéma, elle a présenté la semaine passée son film «Femme de la rue» (lire encadré). Un travail de fin d’études qui a suscité le débat au-delà des frontières de la Belgique. Et qui met en lumière la mobilisation croissante des femmes contre le fléau du street harassment.

43% des Anglaises victimes

«La rue est à nous», proclamaient jadis les militantes féministes. En 2012, force est de constater que l’espace public demeure hostile pour bien des femmes dans le monde. En mai dernier, un sondage anglais publié pour le compte de l’ONG End Violence Against Women (EVAW) révélait que 43% des Londoniennes âgées de 18 à 34?ans avaient été importunées dans la rue au cours de l’année précédente. En Egypte, la moitié des femmes interrogées dans le cadre d’une étude en 2008 disaient être victimes chaque jour de harcèlement dans la rue. En Inde, selon un sondage de 2009, 95% des habitantes de New Delhi se disaient gênées dans leurs déplacements quotidiens par les comportements des mâles. «Le phénomène s’est banalisé au point qu’on le remarque à peine, commente Holly Dustin, directrice d’EVAW. Pourtant, chaque femme interrogée a au moins une histoire choquante à raconter. Il est grand temps que la société mette un terme au harcèlement de rue, qui contribue à créer un climat d’insécurité pour les femmes dans les lieux publics.» Au mois de mai, Holly Dustin a participé à la toute première semaine internationale contre le harcèlement de rue. L’occasion, pour des milliers de militantes comme elle, de briser le silence autour du phénomène. De tables rondes en manifestations de rue, l’événement a mobilisé jusqu’en Afghanistan, au Pakistan ou en Egypte. Dans les rues du Caire, des activistes ont défilé en brandissant des panneaux qui proclamaient «J’aimerais me sentir en sécurité dans la rue», ou encore «Ne me harcelez pas, la rue est à vous comme à moi». L’ONU, dans le cadre de son programme Safer cities («des villes plus sûres»), avait apporté son soutien à la manifestation. Si elle est encore récente, la mobilisation internationale contre le street harassment commence déjà à porter ses fruits. Fin avril, la ville de New York a annoncé avoir déboursé 20?000?dollars pour le lancement d’une application smartphone destinée aux femmes. Elles pourront bientôt signaler chaque cas de harcèlement, et publier la photo de ceux qui les importunent. «Messieurs les harceleurs, prenez bien note de cela, a averti en conférence de presse la porte-parole du Conseil municipal, Christine Quinn. Nous allons savoir qui vous êtes, où vous êtes, ce que vous avez dit et combien de fois vous l’avez dit. Le temps où vous pensiez pouvoir rendre la vie impossible aux femmes sera bientôt révolu grâce au bon vieux girl power et aux technologies du XXIe siècle.»

Des espaces pour témoigner

Dans les faits, des sites et applications smartphones existent déjà, qui permettent aux femmes de témoigner et de se décharger. Des outils d’autant plus précieux que la justice est souvent impuissante face aux cas de harcèlement de rue. Sur le site Ihollaback.org, des centaines de victimes à travers le monde se livrent. Certains témoignages viennent de Suisse, comme celui d’Anne, une Genevoise qui raconte comment des inconnus lui ont proposé, dans un parc, de tourner dans un film X. Sur le site Stopstreetharassment.org, une autre habitante de Genève, Juliet, se plaint d’avoir été importunée en pleine rue: «J’en avais les jambes qui tremblaient», raconte-t-elle. Le street harassment est tout aussi répandu en Suisse qu’ailleurs, observe Brigitte Berthouzoz, cofondatrice du Deuxième Observatoire, un institut genevois de recherche et de formation sur les rapports hommes/femmes: «Sofie Peeters a tourné son film à Bruxelles, mais elle aurait pu le faire à Genève ou à Lausanne.» Comment expliquer, dans ce cas, que personne à ce jour ne se soit mobilisé en Suisse face au phénomène, et qu’il n’existe presque aucune documentation à ce sujet? «Vous connaissez la Suisse, on y descend moins facilement dans la rue qu’ailleurs, soupire la chercheuse. Sans compter que les mouvements féministes ne sont pas au mieux de leur forme, et que la mobilisation n’est pas facile.» Fondatrice de l’association lausannoise Feminista, Brigitta Bischoff renchérit: «On s’est sans doute plus concentrées sur les problèmes face auxquels il existe des moyens d’action légaux, comme le harcèlement au travail. Et pourtant, c’est vrai qu’il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce qui se passe dans nos rues.» (Le Matin)

Créé: 05.08.2012, 22h59

Sondage

Les cadeaux de Noël, vous y pensez déjà?





Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne

Super héros, Louis Vuitton, fleuri, à poids... Les meilleurs du web!