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La révolte des gros

Société

Fatiguées de la discrimination qui les frappe, certaines personnes en surpoids crient leur fierté d’être bien en chair. En Suisse aussi, on commence à assumer ses rondeurs.

Par Sébastien Jost. Mis à jour le 19.07.2012 30 Commentaires

1/4 Séverine Meier insiste pour dire qu'elle ne prône pas l'obésité mais l'acceptation de ses rondeurs.
Sandro Campardo

   

Les gros ont-ils une place à part dans la société?

L'interview de l'expert

Dr Eric Héraïef, spécialiste des troubles du comportement alimentaire et de l’obésité à Lausanne

- Que pensez-vous de ces personnes qui revendiquent la fierté d’être gros?

- C’est une démarche intéressante. Je vois cela comme un réflexe de défense face à une société de moins en moins tolérante et où on met en avant une perfection médicale qu’il n’est pas possible d’atteindre. Il vaut mieux que les gens qui n’arrivent pas à changer leur poids s’acceptent et vivent heureux.

- N’y a-t-il pas de danger pour la santé à être en surpoids?

- Les risques liés à l’obésité sont une évidence. Il peut y avoir des maladies métaboliques comme le diabète, des problèmes articulaires, respiratoires, digestifs. Certaines formes de cancer seraient aussi favorisées.
Les personnes qui ont un poids supérieur au double de leur poids de référence ont un risque de mortalité multiplié par deux.

- Peut-on être gros et en bonne santé?

Oui, en tout cas au niveau du métabolisme. Il y a des personnes avec beaucoup de poids qui présentent un taux de sucre normal, un taux de cholestérol normal et une pression artérielle normale. Cela ne veut pas dire qu’elles n’auront pas le souffle court ou des douleurs articulaires.

ÉDITORIAL

Gros n’est pas une insulte

Ah si tout le monde était mince, non fumeur, sportif, gentil, poli, spirituel et avait de beaux cheveux! Nous vivrions dans un monde parfait. Mais tellement ennuyeux. Heureusement, il y a des chauves, des rustres, des teigneux. Et même des gros. Qui aujourd’hui se révoltent.

Ras le bol de la tyrannie de la minceur. Et surtout des remarques et des attaques. Gros n’est pas une insulte, affirment-ils avec force et justesse. Nous sommes tous déjà tombés sur une émission de télé où des personnes rondes ou fortes expriment leur malaise. Nous avons tous pu voir à quel point certaines peuvent souffrir. Et même parfois se haïssent.

Presque toujours, c’est le regard des autres qui les a conduites à cette piètre image d’elles-mêmes. De l’écoute, quelques conseils pour reprendre confiance et les choses vont souvent vite mieux. En regardant leur corps jusque-là abhorré, des gros et des grosses y trouvent du charme. Et, pourquoi pas, commencent à se trouver beaux.

Certes, en termes de santé, il sera toujours préférable d’être mince qu’obèse. Mais pour ceux à qui tout profite et qui ont compris que les régimes ne servaient à rien, il n’y a pas mille solutions. Soit se morfondre dans un embonpoint qui pèse sur le moral, soit s’assumer et croquer la vie à pleines dents. Ce dernier choix, s’il n’est pas le plus facile à mettre en œuvre, est le meilleur. Les personnes en surpoids doivent prendre conscience que la majorité des gens ne les détestent pas. Il n’y a donc aucune raison pour que, elles, elles ne s’aiment pas.

Sébastien Jost, journaliste

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne craint pas de parler d’épidémie. Le surpoids et l’obésité touchent plus de 1,4 milliard d’êtres humains dans le monde. Les risques pour la santé d’un excès de poids sont indéniables (voir encadré). Mais, aujourd’hui, certains dénoncent la discrimination dont sont victimes les personnes fortes. Ainsi, l’Américaine Cat Pause. Se décrivant comme «grosse», elle revendique la fierté d’être très, très ronde. Elle ne s’est pas pesée depuis des années mais la dernière fois elle faisait 130?kg.

Attaques et insultes

La semaine dernière en Nouvelle-Zélande, elle a participé avec des chercheurs et des professeurs à une grande conférence consacrée aux «fat studies», un nouveau champ d’études qui se penche sur la place des gros dans la société. Cat Pause insiste sur l’importance d’accepter que certains sont plus gros que d’autres et sur la nécessité de ne pas juger ces personnes ou de ne pas les pousser à perdre du poids. L’Américaine se bat pour que le mot «gros» ne soit plus utilisé comme une insulte et compare la fierté d’être gros à celle d’être homosexuel (gay pride).

En Europe aussi, l’acceptation des gros fait son chemin. En France, par exemple, l’association Allegro Fortissimo soutient les personnes en surpoids et défend leurs droits. En Allemagne, l’organisation Dicke?e.V. fait le même travail. Et, dans les médias, on ne compte plus les émissions pour aider les personnes fortes à retrouver confiance en elles, les mannequins aux formes généreuses et les concours de Miss Ronde. Séverine Meier, de La Chaux-de-Fonds, a d’ailleurs participé à cet événement et a été élue Miss Plump Suisse en 2011. Elle aussi assume et revendique ses 115?kg pour 1,64?m. «Je suis ronde et fière de l’être. Gros est un terme qui ne me gêne pas mais qui m’énerve un peu car il me fait penser à toutes les fois où des gens l’ont utilisé à mon égard pour me blesser quand j’étais enfant. Je peux dire le mot gros, comme obèse. C’est d’ailleurs ce que je suis en termes médicaux. Et alors? Je me sens bien comme cela.»

Pourtant, d’après les participants à la conférence néo-zélandaise, les gros sont souvent la cible d’attaques et d’insultes. «Il se passe rarement une journée sans qu’un inconnu me balance une grossièreté dans la rue», a ainsi témoigné Kath Read, une Australienne. Indiquant que des lois contre le sexisme et le racisme existent, la femme affirme que la discrimination contre les individus en surpoids n’est pas seulement tolérée mais encouragée par les campagnes anti-obésité qui fleurissent à travers le monde.

«Il faut s’accepter»

Séverine Meier ne va pas jusque-là. Il faut dire que, si elle avoue avoir vécu une adolescence pénible, elle n’est pratiquement jamais l’objet de réflexions déplacées depuis qu’elle est adulte. «Personnellement, je ne suis pas l’objet de remarques désobligeantes, c’est une question d’assurance, explique la Chaux-de-Fonnière. Dans la rue, je marche la tête haute. Il faut s’accepter.» Cat Pause explique que «nous haïssons la graisse parce que nous pensons que nous pouvons lire dans le corps des gens. Lorsque des gens voient un corps comme le mien, il leur dit que je suis en mauvaise santé, que c’est un corps malade. Il leur dit que je ne fais pas de sport et que je ne mange que des cochonneries.»

Sexy et ronde, pas incompatible

Une manière de voir qui révolte aussi Miss Plump Suisse 2011. «Je ne prône bien entendu pas l’obésité, mais ce qui m’insupporte c’est l’assimilation de toutes les personnes rondes à des fainéants qui se gavent de chips et de soda devant la télé. C’est faux. Moi, je mange équilibré et je fais du sport, certes un peu moins depuis que je suis maman.» Séverine Meier reconnaît que les choses commencent à évoluer. «On le voit avec des mannequins rondes. Le regard des hommes aussi a changé. Auparavant, certains aimaient les femmes fortes mais n’osaient pas sortir avec une ronde ou même dire qu’ils aimaient ça. Aujourd’hui, sexy et ronde, ce n’est pas incompatible, bien au contraire.» La preuve: la jeune femme de La Chaux-de-Fonds a plusieurs séances photos prévues pour les prochaines semaines et un défilé au mois de septembre. (Le Matin)

Créé: 19.07.2012, 22h56

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30 Commentaires

Fabio Despont

20.07.2012, 07:06 Heures
Signaler un abus 47 Recommandation 0

ne confondons pas rondeurs et obésité morbide. Répondre


Gary Leston

20.07.2012, 08:46 Heures
Signaler un abus 25 Recommandation 0

Rien contre les rondeurs et en revanche rien de plus refroidissant qu'une personne qui se plaint à qui veut l'entendre de son poids! De plus en plus d'hommes le font... Je préfère une personne qui vit sa vie avec quelques kilos de plus en sachant où sont les priorités à quelqu'un qui se regarde le nombril/les fesses à longueur de journée et qui en fait son sujet de conversation favori! Répondre



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