ACCUEIL 26.5.2012 Mis à jour à 22h47

«Les alcooliers ciblent des écoliers»

RÉSEAUX SOCIAUX

La présence des grandes marques d’alcool sur des sites comme Facebook inquiète les spécialistes.

Par Camille Krafft. Mis à jour le 11.02.2012 1 Commentaire

Image: AFP

Des dizaines de pages font la promotion de grandes marques d‘alcool sur Facebook. Certaines sont ouvertes par les entreprises elles-mêmes, alors que d’autres sont lancées par des «fans» d’une marque en particulier. Si les premières diffusent généralement un discours de consommation responsable, les secondes affichent des photos de jeunes buvant de l’alcool fort au goulot et des textes décrivant les beuveries de la veille. Ces pages récoltent parfois des centaines de milliers de «likers». Thierry Favrod-Coune, médecin responsable alcool à l’Unité des dépendances des HUG, est convaincu de l’influence de ces images sur la consommation des jeunes.

Comme beaucoup d’entreprises, les alcooliers font désormais leur promotion sur les réseaux sociaux comme Facebook. En quoi cela pose-t-il problème?

Leur présence incite les jeunes à consommer de l’alcool. Selon des données récentes, le grand producteur de boissons alcoolisées Diageo a vu ses ventes augmenter de 20% aux Etats-Unis suite à un marché passé avec Facebook. (ndlr: dans un communiqué de presse publié en septembre, Diageo annonce vouloir intensifier sa collaboration avec le réseau social, qui fait office de «consultant stratégique». Le producteur précise que la vodka Smirnoff est devenue la boisson alcoolisée numéro un sur Facebook). Ce qui est très préoccupant, c’est que c’est une zone très peu réglementée: les marques d’alcool peuvent potentiellement toucher de jeunes écoliers. Or, des études scientifiques montrent que plus l’âge du premier contact avec l’alcool est précoce, plus le risque de consommation problématique à l’âge adulte est grand. Une récente étude britannique conclut en outre que les jeunes peinent à trouver des alternatives à l’alcool pour faciliter la socialisation. Il existe une synergie entre socialisation et alcool, qui est utilisée par les producteurs. Cela semble particulièrement dangereux.

On trouve également de nombreuses pages à la gloire de telle ou telle marque d’alcool, ouvertes par des «fans». Cela vous frappe-t-il? Est-on vraiment sûr que ces jeunes ouvrent ces pages spontanément?

Le fait de mettre une marque en avant me paraît suspect. Je me demande s’il ne se cache pas une intervention des producteurs d’alcool là derrière. Au-delà de ça, je ne suis pas surpris par cet enthousiasme autour de la consommation d’alcool: juste après les premiers contacts avec une substance psychotrope, on n’en voit que les effets positifs, un peu comme lorsqu’on tombe amoureux. La toxicité n’est pas encore installée. La vodka semble particulièrement prisée des jeunes internautes.

Faites-vous le même constat?

Je n’ai pas eu accès à des données scientifiques ou sociétales, mais j’ai effectivement l’impression que la vodka est un alcool de choix chez les jeunes, alors que le whisky est consommé par des personnes plus âgées. Une question de goût, sans doute. Les milieux de la prévention semblent démunis face à ce phénomène: difficile d’intervenir dans une discussion sur Facebook avec un discours moralisant. Les milieux de la prévention sont déjà présents sur les réseaux sociaux, mais ils doivent trouver des moyens d’intervenir davantage. Notre but n’est pas de faire passer un message moralisant, mais d’expliquer aux jeunes qu’à partir d’une certaine quantité d’alcool, la «courbe de plaisir», qui montait jusque-là, commence à chuter. Une restriction de la publicité semble préférable, mais Internet reste une zone de non droit et cela n’est pas prêt de changer. Cette problématique s’inscrit dans un contexte plutôt morose pour les milieux de la prévention: le projet de révision de la loi sur l’alcool, dévoilé en janvier par le Conseil fédéral, nous préoccupe énormément. La prévention y a été sacrifiée sur l’autel de la consommation.  (Le Matin)

Créé: 11.02.2012, 22h41

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1 Commentaire

Patricia Roosvelt

12.02.2012, 11:28 Heures
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les cigarettiers visaient et visent encore une clientèle de jeunes, comme les dealers au coin des rues, comme la prolifération des magasins de vêtements...Les jeunes plus malléables et influençables sont devenus des bêtes à tondre...et naturellement ils affichent une soi-disant liberté en se rendant malades à force de bitures ou fauchés par les marques de vêtements...Non, ils sont manipulés. Répondre




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