«L'histoire dit qu'il faut faire attention»
Dopage
—Par Frédéric Lovis. Mis à jour le 10.02.2012 6 Commentaires
En homme porté par des convictions ancrées profondément en lui, le scientifique a fait de son combat contre le dopage une lutte allant bien au-delà de la simple traque au tricheur dans le domaine sportif. Il l’a élevé au rang de bataille à la finalité profondément éthique.
Martial Saugy, 560 jours pour convaincre le vainqueur du Tour de France 2010 de dopage, est-ce trop?
Oui, clairement. Au point qu’une question se pose: ce cas préfigure-t-il le rythme de croisière nécessaire dans le futur pour condamner un sportif ayant une envergure de cette importance? Je ne l’espère pas.
L’immédiateté induite par le sport de compétition est ici fortement remise en cause...
Le public, les photographes, les médias, les athlètes, tout le monde veut obtenir un résultat irréfutable et définitif le plus vite possible. On voit aisément, dans cette affaire, le décalage qu’il existe avec la grille de lecture temporelle normale d’un événement sportif.
Accélérer les procédures devient nécessaire?
Indispensable, même. Le hic? L’application du droit est rarement quelque chose de direct et n’est pas dénuée de toute bureaucratie.
C’est même tout le contraire, n’est-ce pas?
La réalité montre une tendance lourde à l’augmentation de l’emprise de la paperasserie. Cela va à l’encontre de la possibilité de rendre un jugement rapidement. Pourtant, c’est faisable. Pendant les JO, par exemple, le TAS est présent sur place pour trancher, si c’est possible, afin d’éviter de traîner des cas sur plusieurs années. Cela devrait pouvoir être généralisé à d’autres événements. Bon, on va me dire que ça coûtera cher, que ce sera très compliqué à mettre en œuvre. Le fait est que ça fonctionne aux Jeux. Pourquoi pas ailleurs?
Comment expliquer au grand public qu’il faut 560 jours pour condamner le vainqueur du Tour de France sans éveiller sur lui des soupçons, ou alors de la sympathie alors qu’il a finalement triché?
Les progrès technologiques nous obligent à donner des explications de plus en plus pointues. La quantité infinitésimale de clenbuterol est un bon exemple de quelque chose ayant profondément marqué l’opinion publique. Il y en avait certes peu, mais il y en avait! Il a fallu expliquer et prouver pourquoi ça aurait pu profiter à Contador, pourquoi cette si petite quantité s’est retrouvée dans son corps, et pas forcément après avoir ingurgité un bout de viande.
Ces faibles quantités vous posent-elles problème?
Il faut se laisser aller à des interprétations possibles sur l’origine de la prise d’un produit. Est-ce dû à un bout de viande, à des compléments alimentaires contaminés, à des microtransfusions, à des micro-injections de produits dopants? Dans les années 90, la technologie n’était pas aussi pointue. Quand on détectait une substance prohibée, le doute n’était pas permis. Les quantités ne pouvaient être qu’énormes.
Est-ce à dire qu’actuellement, il est aussi possible de se doper efficacement en usant de microdoses?
Les tricheurs sont partis sur cette voie-là. Ils nous conduisent vers des cas proches des limites, où l’interprétation des résultats devient sujette à caution.
Au point que cette interprétation puisse être attaquée et, ainsi, décrédibiliser la lutte antidopage?
C’est cela.
Avez-vous été surpris par le fort soutien dont a bénéficié Contador?
N’oublions pas qu’en Espagne aussi, des personnes ne croient pas une seconde en l’innocence du cycliste. Reste qu’il flatte, au même titre qu’un Nadal, un Alonso ou un joueur de l’équipe nationale de foot, le nationalisme des foules ibériques. Beaucoup s’élèvent, dans un réflexe communautaire compréhensible, pour s’offusquer contre des déboires dont le sportif dit ne pas être responsable. Une telle attitude pourrait être observée en Suisse aussi. Cela ne me surprend pas venant de la part du public non-averti. Ce qu’il y a de plus frappant, c’est la solidarité des gens issus du milieu cycliste.
Certains n’ont-ils pas suffisamment appris du passé?
J’ai vécu de près les cas Floyd Landis et Lewis Hamilton. A l’époque, aux États-Unis, nombreux étaient ceux qui nous critiquaient quand on avait réussi à les coincer. J’ai vu de mes propres yeux ces deux sportifs jurer sur la tête de leurs parents, devant un tribunal, qu’ils étaient blancs comme neige. Je peux comprendre une certaine compassion de la part du grand public résultant d’une forme de réflexe nationaliste. Mais l’histoire dit qu’il faut quand même faire attention, les deux Américains ayant depuis avoué s’être dopé.
Le cas Contador, est-ce l’arbre qui cache la forêt?
Non. En tout cas, la forêt n’est pas immense. Il y a eu une prise de conscience après l’affaire Festina, apogée de la pratique quasi généralisée du dopage. L’imposition d’une surveillance permanente, la peur du gendarme, l’introduction du passeport biologique, tout cela a conduit à dissuader les sportifs de recourir à la tricherie.
Quelles sont les pratiques dopantes à la mode?
Outre le recours aux microdoses, il y a l’usage de la testostérone qui nous pose problème. Contrairement aux stéroïdes de synthèse, on a tous cette hormone en nous. C’est très efficace dans n’importe quel sport et ça devient difficilement détectable.
Microdoses, hormones semblables à celles produites par le corps, les pratiques ne cessent d’évoluer et de vous rendre la tâche compliquée...
Le dopage rouleau compresseur, c’est terminé. Il faut utiliser de plus en plus de matériel sophistiqué pour confondre les tricheurs. Cela coûte de plus en plus cher. A terme, les fédérations et les gouvernements devront se poser la question de l’argent qu’ils sont prêts à investir là-dedans.
Y a-t-il un sens plus profond à votre combat?
Le dopage dans le sport, c’est un laboratoire de la société. Si on lâche là-dessus, on lâche partout. Certains me disent que, dans la vie, il est possible de prendre des produits pour être plus performant. Mais est-ce que cela en vaut le coup?
Votre réponse est non?
Une société n’a pas d’avenir si elle se construit sur la tromperie. Se doper, c’est se mentir à soi-même, c’est faire croire que l’on est capable de réaliser des performances situées au-delà des limites existantes. Je refuse de cautionner une société où il devient nécessaire de prendre des amphétamines ou de la cocaïne avant d’aller travailler pour être suffisamment performant. A un moment donné, tout s’écroule. On l’a prouvé en donnant de la cocaïne à des rats. Ils ont fini par en abuser, puis par s’autodétruire et disparaître. Il fut un temps où il semble que de telles pratiques étaient admises dans certains milieux professionnels de haut vol, comme la finance, par exemple. On voit où cela mène...
Êtes-vous clean, Martial Saugy?
Oui. (Le Matin)
Créé: 10.02.2012, 19h04
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6 Commentaires
Il s'agit de TYLER Hamilton et non Lewis Hamilton qui est un pilote de F1. Répondre
Ce labo a suspendu une coureuse de fond romande à cause d'un taux anormal en faisant de multiples déclarations diffamantes dans la presse. Ensuite l'erreur a été reconnue, mais pas un article, aucune excuse. Lausanne dépense des mios pour subventionner ce labo qui fonctionne mal et verse en même temps d'autres mios pour sponsoriser la scene ouverte de la drogue. Allez comprend Répondre


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