ACCUEIL 23.10.2014 Mis à jour à 06h57

Dossier - Le Stade de Manaus: "Opéra sportif du XXIe siècle" ou éléphant blanc? (REPORTAGE)

Par Claire DE OLIVEIRA NETO MANAUS (Brésil), 01 déc 2013 (AFP) - Il se dresse, majestueux et blanc, au coeur de la capitale de l'Amazonie.

Mais passée l'euphorie du Mondial brésilien, le stade de Manaus (nord) risque fort de se transformer en "éléphant blanc" faute de footballeurs. "Nous sommes en train de construire au milieu de la forêt amazonienne le nouvel Opéra du XXIe siècle pour le sport", s'enflamme Miguel Capobiango Neto, l'architecte qui coordonne les travaux. Une allusion au fameux Teatro Amazonas, l'Opéra de Manaus érigé à grand frais à la Belle Époque (fin du XIXe siècle) par les "barons du caoutchouc". Tissus et fauteuils Louis XV de Paris, marbres et statues d'Italie, poutrelles d'acier d'Angleterre, le tout acheminé par bateaux: rien n'était trop beau à l'âge d'or de Manaus. Mais l'Opéra finit, comme la ville, par tomber en décadence au milieu des années 20. Et il dût attendre le milieu des années 1990 pour qu'un opéra y soit rejoué... Le stade de Manaus, avec sa forme arrondie et ses flancs en losanges symbolisant les paniers tressés de la région subira-t-il le même sort? "Aujourd'hui, c'est la structure métallique de 6.670 tonnes qui est venue en trois parties du Portugal pour monter ce beau stade de 44.000 places", souligne M. Capobiango.

Sa toiture transparente capte l'eau de pluie grâce à sept réservoirs de 120.000 litres qui irrigueront la pelouse. Il deviendra ainsi la première construction du nord du Brésil à obtenir un certificat écologique. Quelque 1.900 ouvriers s'affairent sur le chantier pour livrer leur chef d'oeuvre à la Fifa fin décembre. Il reste encore à installer des sièges "aux couleurs des fruits de la région". L'Arena da Amazonia accueillera quatre matches du Mondial. Ensuite? Mystère. Car malgré ses 2 millions d'habitants, Manaus n'a pas d'équipe de football de première division. Des responsables locaux ont même suggéré en septembre de le transformer en "prison temporaire"! Beaucoup s'insurgent contre les plus de 200 millions d'euros publics engloutis, faisant écho aux récriminations des manifestants qui ont protesté massivement dans tout le pays en juin, en pleine Coupe des confédérations de football.

"Ils ont dépensé des millions alors que les gens manquent de tout, qu'ils ont faim et meurent à la porte des hôpitaux!", fustige Vanilde Basto, une vendeuse de la zone franche. "En plus, on n'aura même pas les moyens d'entrer dans le stade" pendant le Mondial. "Ils auraient mieux fait d'investir dans la culture. Le stade sera toujours payant et cher, alors qu'ici c'est gratuit", affirme Sheila Juliane, une étudiante de 25 ans, sur le point d'assister à un concert à l'Opéra où des programmes culturels sont désormais offerts toute l'année. Au "Comité populaire" anti-Mondial de la ville, on dénonce "une privatisation de l'espace public". Car la gestion du stade sera par la suite confiée à un consortium privé. Pour Arnadlo Santos, 70 ans, coordinateur du "Peladao", le plus grand tournoi de football amateur au monde qui se dispute chaque fin d'année à Manaus, les critiques ne voient pas assez loin. "Le stade a été construit pour de grands événements et sert avant tout au développement de toute la région. La Coupe du monde donne de la visibilité au football et Manaus profite de cette vitrine". "L'Arena devra recevoir d'autres événements comme des shows internationaux. C'est un site touristique. Cela va attirer de nouveaux investissements dans le pôle industriel et le tourisme. Il sera blanc, mais ce ne sera pas un éléphant blanc", parie de son côté Miguel Capobiango. Encore faudra-t-il qu'il génère des revenus suffisants pour son entretien, estimés à 170.000 euros par mois. Les mêmes craintes planent sur l'avenir des stades de Cuiaba (centre-ouest), Natal (nord), et, dans une moindre mesure, de Brasilia (centre), trois villes tout aussi dépourvues de grands clubs locaux. Elles sont d'ailleurs alimentées par l'exemple sud-africain, où certains stades du Mondial-2010 peinent à trouver une seconde vie. cdo/pal/dla/jgu (AFP/Le Matin)

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