13h45, l'heure qui fâche
Football
—Par Nicolas Jacquier. Mis à jour le 06.07.2012 27 Commentaires
Il faudra s’y faire. Le football suisse, désormais, c’est aussi le dimanche à 13h45. Un horaire aussi inhabituel que décalé, dicté principalement par la TV, permettant ainsi la diffusion d’un match supplémentaire au mépris du confort des spectateurs et du bien-être des joueurs, laissés-pour-compte. Un horaire qui, avant même son entrée en service, fait déjà polémique. Sans doute un petit quart d’heure supplémentaire, psychologiquement capital, aurait-il permis de dégonfler la polémique. Tandis que là, quand même…
Retour des nocturnes
13h45, drôle d’horaire pour un match de Super League. Si l’on jouera à cette heure, c’est uniquement parce que la Swiss Football League en a décidé ainsi, sous la pression de Cinetrade/Swisscom, nouveau détenteur exclusif des droits TV du championnat jusqu’à la saison 2017-2018, et de Teleclub, son diffuseur payant.
Habituellement fixé à 17h45 jusque-là, le coup d’envoi du samedi a été repoussé de deux heures pour des nocturnes bienvenues (19h45, dans le but d’éviter la concurrence des centres commerciaux et le problème des parkings); celui du dimanche a en revanche été avancé à 13h45 (pour deux affiches) afin de laisser place libre au direct de 16h, maintenu gratuitement sur l’antenne de la RTS. Dans le cadre du nouveau contrat TV, spectaculairement revu à la hausse, ni les techniciens ni surtout les joueurs n’ont été consultés. Valable 5?ans, le nouveau contrat-cadre, sifflant hors jeu la SSR, rapportera 28 millions de francs par saison à la Swiss Football League, contre 10 jusqu’à présent. A raison de 180 matches retransmis chaque année, chaque direct «vaudra» 155'555?fr.
Loin de faire l’unanimité chez les acteurs, cette privatisation du football suisse lèse aussi les fans, désormais condamnés à passer à la caisse (et à être abonné à Swisscom TV) pour suivre leur équipe favorite. Quelques voix nuancent les critiques, à l’image de celle d’Arpad Soos. «On vit dans des contraintes économiques permanentes. Il faut vivre avec son temps, s’adapter, sans être trop conservateur», estime ainsi le coordinateur sportif du Servette FC, un SFC dont le premier derby de la saison – le 22 juillet contre Sion – se jouera à partir de 13h45 à Tourbillon. C’est toujours plus tard qu’en Angleterre, où certains matches à haut risque se disputent au 12e coup de midi.
Médecin des «grenat», Finn Mahler ne voit aucune contre-indication, tout au plus un problème d’ajustement. «Les joueurs vont devoir adopter une autre routine, modifier leurs habitudes alimentaires, explique le praticien. Pourquoi vouloir crier au scandale alors qu’ils s’entraînent durant toute la semaine souvent à 10h?»
Manger au stade
Au siège de la SFL, on a conscience que ces nouveaux horaires vont bousculer les habitudes: «On pense avoir trouvé la meilleure solution, la réalité nous dira si c’est vraiment le cas, concède Philippe Guggisberg, son porte-parole. En venant plus tôt au stade le dimanche, les gens pourront aussi y manger avant d’aller s’asseoir pour le spectacle en guise de dessert.» A Muri, on balaie aussi les récriminations des joueurs d’un péremptoire. «Oh, mais nous, on est au bureau avant 8h30 chaque matin! Alors 13h45…»
Et vous, qu’en pensez-vous? En morcelant les journées de la sorte, la SFL se moque-t-elle des joueurs et du public ou cet éparpillement est-il normal, acceptable?
LES RÉACTIONS
SÉBASTIEN FOURNIER, entraîneur du FC Sion
«Du point de vue physiologique, c’est une hérésie. 13?h?45, c’est peut-être parfait pour faire la sieste ou digérer, mais pas pour jouer et présenter un spectacle. Ce nouvel horaire n’est pas adapté aux footballeurs. La qualité des matches en souffrira, on verra moins d’intensité, moins de rythme, surtout en plein été. A-t-on vu un seul match de l’Euro se disputer à cette heure? J’ai toujours préféré jouer le soir. Dans cette histoire, les droits TV ont manifestement plus de poids que le respect des joueurs…»
ALAIN JOSEPH, vice-président du LS
«Vous voulez faire quoi à 13?h?45? Ce n’est pas un horaire pour faire du sport. Ça vous coupe un dimanche en famille pour ceux qui veulent rester en famille. Quand il y a certaines règles, une tradition qui a un sens, je suis partisan qu’il faut s’y tenir. En lieu et place, ça risque d’être l’horreur. Je sais bien qu’il est impossible de contenter tout le monde, mais il existe des limites qu’il ne faut pas dépasser. Dans ces conditions, avec des matches étalés, comment le supporter va-t-il s’y retrouver?»
STÉPHANE GRICHTING, joueur de GC
«Jouer si tôt? Je n’ose pas imaginer ce que cela va donner en plein été, dans la touffeur du Letzigrund. Le corps n’est pas préparé pour faire des matches de 90?minutes dans ces conditions. Les personnes qui ont décidé un tel horaire n’ont jamais dû faire de foot dans leur vie. C’est le business qui prime sur la raison sportive. Ça va bousculer nos habitudes alimentaires, il faudra se lever et manger plus tôt. Les deux équipes seront au moins logées à la même enseigne, mais je doute que le vrai supporter y trouve son compte.» (Le Matin)
Créé: 06.07.2012, 10h06
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27 Commentaires
Indépendamment de l'heure du match, qui est certes étonnante, mais bon, en cyclisme, tennis et autre on joue a des heures similaires, ce qui est le plus étonnant, c'est que la SFL a réussi le tour de force de ne fixer AUCUN match à 13h45 pour le FC BÂLE au 1er tour, alors que tous les autres clubs en ont 3 au minimum, excepté St-Gall 1 et le pire pour Servette, 7.. Beau sens de l'équité cette SFL Répondre
Les pauvres joueurs pros, selon les horaires ils ne peuvent pas jouer....comment font les tennismen, les athlètes, les cyclistes etc.... Allez, rêvons un peu et imaginons une grève de nos supers joeurs obligés de jouer un dimanche à l'heure de la sieste...mais que fait Amnesty International? Répondre
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