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Costinha, bourreau d’Alves

Football

Contesté depuis l’été par un directeur sportif autoritaire, João Alves n’a pas survécu à la défaite du Servette à Bienne. Chronique d’une injustice annoncée.

Par Mathieu Aeschmann. Mis à jour le 30.12.2011
Costinha (à g.), le directeur sportif du Servette FC a décidé de se séparer de son entraîneur João Alves (à dr.).

Costinha (à g.), le directeur sportif du Servette FC a décidé de se séparer de son entraîneur João Alves (à dr.).
Image: Keystone

Un Servette Kouassi-dépendant

Lorsque le couperet de la direction fauche un technicien sans appel, ni motivations claires, il est bon de rappeler quelques vérités du terrain. João Alves n’a-t-il pas passé son été à réclamer des renforts, dont un élément de qualité au milieu du terrain? Non exaucé, il a dû se résoudre à prier pour qu’il n’arrive rien à son chef d’orchestre Xavier Kouassi. Un coup d’œil aux statistiques prouve la dépendance absolue des Grenat à l’international ivoirien. Lorsqu’il a évolué à son poste, le SFC a compilé 6 victoires . Il a marqué 21 buts et en a encaissé 14. En l’absence de Kouassi ou lorsqu’il évolua latéral (une mi-temps contre GC), Servette présente le bilan catastrophique de 5 défaites et 1 nul (à Guin), avec 1 seul but marqué pour 14 encaissés. Dès lors se pose la question suivante: João Alves est-il responsable de l’absence de Kouassi, libéré pour jouer avec la Côte d’Ivoire olympique?

Commentaire de Mathieu Aeschmann, journaliste

De Paris jusqu’à Genève, les hommes d’influences portent le complet-cravate. Raffiné ou étriqué, l’attribut doit attester d’un statut, d’une promotion sociale qui a subitement transformé l’homme de terrain en homme d’intrigues. Leonardo et Costinha furent en leur temps des joueurs admirés. Ils sont riches, célèbres et reconnus par leurs pairs. Mais lorsque le premier malmène un Antoine Kombouaré alors en tête de la Ligue 1 et que le second ne daigne pas s’asseoir à la même table que João Alves, ces deux anciens champions perdent la mémoire. Ils oublient que le football se joue et se respire à hauteur de gazon. Que le pouls d’une équipe se palpe sur les catelles d’un vestiaire. A force de garer leur bolide à côté des grosses cylindrées de leurs présidents respectifs, Leonardo et Costinha ne songent qu’à les contenter. Les actionnaires qatariens du PSG souhaitent des grands noms? Kombouaré devient incompétent. Majid Pishyar trouve que João Alves manque de poigne? Costinha se charge de savonner la planche. A Paris comme à Genève, le football a pris cette saison une autre dimension. Celle qui donne toujours raison au complet-cravate contre les honnêtes serviteurs du jeu habillés d’un simple training.

Super League

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Tous les limogeages se nourrissent d’une part d’injustice. Mais celui qui résonna dimanche soir sur la messagerie vocale de João Alves dégage un sentiment de gâchis que seul le temps parviendra peut-être à estomper. A travers ses qualités d’homme, humble et généreux, mais surtout celles de technicien, le Portugais avait su redonner en deux ans un statut au Servette. Un bilan apparemment insuffisant aux yeux de sa hiérarchie qui, avant même le début de saison, s’était mise à douter de ses compétences.

«Déjà cet été, le président Pishyar hésitait à reconduire son contrat, confie un ancien employé du club. Il trouvait João Alves trop paternaliste et semblait convaincu que la Super League exigeait un homme de poigne.» Face à la vox populi et un vestiaire conquis, le président servettien finit tout de même par maintenir sa confiance au «patriarche claudiquant». Mais alors que juillet approche, un renouvellement de contrat compliqué puis l’engagement de Costinha comme contre-pouvoir austère et vaniteux dévoilent les premiers signes d’une fragilisation.

Tensions dès l’été

Face à cette nouvelle autorité technique, João Alves peut s’appuyer sur un effectif solidaire et soudé. Les résultats suivent et la direction doit attendre le premier vrai couac de la saison pour mettre la pression sur son coach. Lors de la venue de GC, le gardien Gonzalez se troue ce qui, selon plusieurs sources, déclenche l’ire d’un président soudain interventionniste. Alves défend son joueur, la tension monte et le fossé se creuse entre le vestiaire et une direction autoritaire. Durant la semaine qui suit cette première étincelle, le poste de João Alves vacille une première fois. Mais la démonstration des Genevois sur la pelouse de Tourbillon (4-0, 28 août) calme les esprits et offre un répit au Portugais.

Une guerre larvée

A la sortie de cet été houleux, les bons résultats servettiens ne parviennent pas à éviter une guerre larvée entre la direction sportive et la première équipe. Prime de promotion revue à la baisse, charte comportementale non signée, le groupe a parfois le sentiment de devoir lutter contre un adversaire interne. En sursis durant le mois d’octobre, João Alves décide alors de faire bloc avec ses joueurs et se mure dans le silence. Fidèle à ses principes, l’homme balaie tous les passe-droits au profit de la seule vérité du terrain. Un dogme auquel il s’accroche encore dimanche à la Gurzelen, en sortant à la mi-temps et après seulement dix minutes de jeu (!) Saleiro – le protégé de Constinha – pour un manque de combativité évident. Très certainement l’outrage de trop puisque son successeur – João Carlos Pereira – piaffe déjà dans la salle d’attente ce qu’atteste sa nomination instantanée.

Sacrifié sur l’autel du pouvoir, João Alves restera pour les supporters grenat le grand artisan d’une promotion historique en Super League. Mais l’homme s’est également révélé comme un formidable dénicheur de talents. Sous ses ordres, Vincent Rüfli est passé de l’anonymat à l’équipe nationale, François Moubandje de Meyrin à la sélection M21. Et que dire de Xavier Kouassi, passé des M21 servettien à la sélection ivoirienne en deux saisons?

Hier la direction du Servette n’a pas souhaité motiver son choix, imposant le silence à ses salariés. Mais dans l’entourage du club, une seule expression revenait sur toutes les lèvres. Elle dénonçait la cruauté et le gâchis d’une mise à mort annoncée. (Le Matin)

Créé: 30.12.2011, 14h43

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