Gigi Oeri: «Oui, je me sens fière de ce que j’ai réussi»
Interview
—Interview: Sandra Jean, Renaud Tschoumy. Mis à jour le 17.01.2012 13 Commentaires
Gigi Oeri au milieur de son équipe. Le FC Bâle vient de remporter le titre, mai 2008. (Image: Keystone )
Le FC Bâle remporte son premier titre depuis 22 ans. Pour honorer un pari, Gigi Oeri saute dans le jacuzzi des vestiaires. (Image: Blick)
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Lundi soir, Gigi Oeri a donc officiellement abandonné la présidence du FC Bâle à l’avocat Bernhard Heusler. Une page de plus de dix ans s’est tournée pour ce petit bout de femme hors norme, qui a tenu son club à bout de bras. Interview en forme d’au revoir.
Après 6 ans de président, vous lâchez votre bébé. dans quel état êtes-vous?Je me sens bien. Vous savez, ce n’est pas une décision que j’ai prise la nuit dernière. J’ai eu le temps de m’y préparer.
Aucune tristesse? Non, je ne suis pas triste. Sinon, je ne l’aurais pas fait. Je laisse un club en très bonne santé et entre de très bonnes mains. Bernhard Heusler, mon successeur, est un homme bon, rempli de qualités. J’ai totale confiance en lui.
Pourquoi abandonner la présidence de ce club que vous adorez? Il y avait trop! J’aime m’investir à 100% dans ce que je fais. Et, là, je n’arrivais plus à suivre. Le FCB-Campus (ndlr: un centre de formation actuellement en construction et qui devrait être opérationnel avant la fin de l’année et dont elle est la principale cheville ouvrière et financière) arrive à une phase importante de son développement. Je ne pouvais plus assumer de front ces deux activités. Je n’ai plus 20 ans! Mais je ne laisse pas tomber le club, puisque je continue à m’impliquer dans ce Campus. La seule différence, c’est que je ne serai plus active au sein de la SA et que je m’impliquerai plutôt à 80% qu’à 100%. Mais avec la moitié de stress en moins!
Seule femme en Suisse, mais aussi en Europe, à diriger un club de foot professionnel, vous en êtes fière? Je vous mentirais si je disais que non. Ce fut une expérience incroyable, et je suis fière d’avoir en plus réussi à mener l’équipe vers le succès.
Difficile pour une femme de s'imposer dans un bastion exclusivement masculin? Au début, bien sûr. Mes homologues masculins ne m’ont pas vraiment prise au sérieux. Mais ils ont vite appris! Ensuite, avec le temps, ils ont compris que je savais de quoi je parlais. Maintenant, je me sens totalement acceptée, et ça, c’est aussi une belle victoire.
Dirige-t-on différemment un club quand on est une femme? J’ai toujours utilisé mon intuition à 100%, ce que ne savent pas faire les hommes. Dans le fond, ils n’ont rien dans le ventre! Ou, plutôt, ils n’utilisent leur ventre que pour manger! (Rire.)
Que retirez-vous de toutes ces années passées à la tête du club? Vous savez, je suis du signe du Scorpion. Le plus difficile a été d’apprendre à perdre, ce qui a été terrible pour moi. Mais cela appartient au football. Et puis il a aussi fallu apprendre à composer avec une équipe, alors que je suis plutôt du type individualiste. Au final, cette expérience m’a beaucoup enrichie.
Quelle image souhaitez-vous laisser au moment de transmettre le témoin? Je ne veux pas de remerciements. Seulement qu’on se souvienne de moi exactement comme j’étais, avec mes points positifs et négatifs.
On vous a souvent considérée comme une pourvoyeuse de fonds avant tout, cela vous a blessé? Oui et non. Ceux qui me connaissent savent la vérité et ne m’ont pas réduite à ce simple rôle de mécène. Les autres, au fond, ce n’est pas très important.
Si vous ne deviez conserver qu'un souvenir positif? Le 3-3 contre Liverpool qui nous qualifiait pour la deuxième phase de la Ligue des champions, en automne 2002. Un moment inoubliable.
Et un souvenir négatif? Les événements du 13 mai 2006 sur la pelouse de Saint-Jacques, après la «finalissima» contre Zurich remportée par le FCZ. D’abord parce qu’on a perdu le titre dans notre stade, ensuite parce que ces bagarres rangées étaient tristes à voir, enfin parce que la Swiss Football League nous a lourdement sanctionnés (ndlr: deux matches à huis clos et une amende de 80 000 francs). Je pense qu’on a fixé l’amende en fonction de ma richesse. On savait que derrière le FCB, il y avait Gigi Oeri, et que Gigi Oeri avait les moyens de payer.
En tant que président, ou plutôt ex-présidente, que pensez-vous de vos homologues Christian Constantin et Bulat Chagaev? Je dois commencer par dire que j’adore Constantin. C’est une vraie personnalité, qui va au bout des choses, même s’il a coutume de faire comme il l’entend, et pas autrement. Quant à Chagaev, c’est un autre problème. (Elle réfléchit.) On prend le mauvais chemin en laissant nos clubs en mains étrangères, qu’il s’agisse d’un club suisse, allemand ou anglais. Et puis un président ne doit pas interférer dans le domaine sportif. A quoi sert l’entraîneur si c’est le président qui décide de tout?
Si votre successeur, Bernhard Heusler, vient vers vous et vous dit: «Gigi, on a un superjoueur en vue, mais on n'a pas d'argent», que faites-vous? Il ne faut jamais dire jamais, mais j’aurais tendance à répondre que je ne donnerais pas d’argent. En tout cas, pas tout de suite.
Gigi Oeri, vous êtes devenue une vraie légende dans le monde du sport, beaucoup d'histoires circulent sur vous. Est-ce vrai que vous portiez chaque fois un nouveau vêtement pour chaque rencontre du FC Bâle? Il est vrai que je me suis fait faire des vêtements particuliers, que j’ai dessinés, mais uniquement pour les rencontres spéciales. Par contre, ce sont des mensonges de dire que je ne porte qu’une seule fois ces habits.
Il y a quelques années, vous avez coproduit le film «Le Parfum», d'autres projets cinématographique sont à l'ordre du jour? Oui! J’ai un nouveau projet en route, cette fois avec Hollywood, c’est un blockbuster avec Tom Hanks. Le film s’appelle «Cloud Atlas». Pourquoi est-ce que j’investis aussi dans le cinéma? Mais avant tout par passion, parce que j’aime ça!
(Le Matin)Créé: 17.01.2012, 23h40
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13 Commentaires
Et si M. Heusler ça ne l'intéresse plus, un certain Chagaev pourrait se montrer intéressé...Ok je =>>>>>>>> Répondre
Fière ? Elle peut l'être, elle a refait de Bâle un grand club, digne de son glorieux passé. Ce n'est pas le moindre de ses mérites. Dommage qu'il n'y a pas plus de mécènes passionnées comme elle. Répondre


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