Samedi 29 avril 2017 | Dernière mise à jour 08:35

Football Les joueurs suisses sont sous-payés

A Servette, mais aussi à Thoune et à Lausanne, les joueurs gagnent moins de 10?000?francs par mois.

A Servette, Tibère Pont «ne s’enrichit pas».

A Servette, Tibère Pont «ne s’enrichit pas». Image: rezo.ch

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Hugues Quennec se bat comme un beau diable pour sauver Servette. Les actions populaires se multiplient. Pourtant, certaines voix continuent à crier au scandale: pourquoi venir en aide à ces footballeurs forcément flambeurs et millionnaires?

Or, dans le cas de Servette et de bien d’autres évoluant en Super League, le vieux cliché ne correspond plus à la réalité, bien au contraire. Les salaires à Genève oscillent pour la plupart entre 7000 et 8000 francs brut, à peine l’équivalent de ce que gagne une maîtresse d’école. Le cliché qui, malgré l’évidence, perdure fait sourire Tibère Pont, 28?ans, milieu de terrain. «Même non payé pendant deux mois, nous avons continué à faire notre job, par amour du maillot grenat. Au Servette, on ne joue pas pour s’enrichir.»

Smicards de l’Europe

D’énormes disparités existent dans le football suisse. Nettement au-dessus du lot, Bâle, avec son budget record de 55 millions, offre les plus gros salaires, dont plusieurs excèdent le million de francs, dignes d’une équipe moyenne de Bundesliga. Alexander Frei, avec 2,2 millions annuels, est de loin le mieux payé de Suisse. A Young Boys, Degen, Spycher et Bobabilla gagnent près d’un million par an. A Sion, Lucerne, et Zurich, même si ce dernier a récemment dégraissé, certains salaires dépassent les 200?000?francs. Mais pour les autres, GC, Lausanne, Servette, Thoune, c’est la Berezina. Comparé aux tarifs pratiqués ailleurs en Europe, les joueurs de ces clubs font figure de smicards.

«Le public ne se rend pas compte à quel point les salaires peuvent être bas dans certains clubs de Super League. A LS, les dirigeants calculent au centime près», confirme Loïc Favre, agent de joueur.

Ces disparités font sourire Bernard Challandes, entraîneur de Thoune. «Le seul revenu de Bobadilla à YB correspond au salaire cumulé de tous mes joueurs.» Ce qui n’empêche pas son équipe d’occuper une probante quatrième place. «Chez nous, sur un bon mois, les meilleurs, primes incluses, empochent 9000?francs au maximum. Les salaires des plus jeunes n’excèdent pas les 5000?francs, même plus bas. Ça permet de vivre, rien de plus. Mais ces jeunes ne se plaignent pas, ils font ce qu’ils aiment. C’est ça la réalité du foot suisse.»

Jusque dans les années 80, grâce à de généreux mécènes, Nageli à Zurich, Facchinetti à Xamax, Lavizzari à Servette, notre pays pouvait rivaliser financièrement avec ses voisins. Deux stars mondiales avaient fini leur carrière en Suisse: Rumenigge à Servette et Stielike à Xamax. Meilleur joueur suisse des années 80, Heinz Herrmann avait préféré Xamax au Bayern, alors que les deux offres étaient équivalentes. Un cas de figure inconcevable de nos jours, tant les écarts se sont creusés. «Les droits TV ont fait exploser les recettes chez nos voisins à la fin des années 80 mais malheureusement pas chez nous, analyse Edmond Isoz, senior manager de la Swiss Football League. Aujourd’hui, ces droits représentent entre 50 et 70% des budgets des clubs français ou italiens mais seulement entre 3 et 10% chez nous. On estime que le salaire moyen d’un joueur de Ligue 1 est de 700?000?francs, contre un million en Bundesliga et beaucoup plus en Angleterre, En Super League, il se situe entre 80?000 et 120?000 francs.»

Secrétaire à 30%

«Je ne vous donnerais pas de chiffre précis, mais vous pouvez écrire qu’au LS, je gagne nettement moins que 10?000?francs par mois», rigole Antony Favre, gardien remplaçant qui, parallèlement au foot, travaille à 30% comme secrétaire dans un bureau d’architecte. «Je garde ainsi un pied dans le monde actif et ça me change les idées.» Le défenseur Guillaume Katz (22?ans), employé à 40%, a fait le même choix. «A l’entre-saison, j’ai eu des contacts avec un club israélien, mon salaire aurait été multiplié par quatre, mais malheureusement ça ne s’est pas concrétisé.»

Se faire remarquer de l’étranger correspond toujours à un jackpot. «A mes joueurs, je répète toujours: chez moi vous ne deviendrez pas riche mais le foot suisse est un tremplin idéal», relève Christian Constantin, patron du FC Sion.En passant cet hiver de Sion à Wolfsburg en Bundesliga, Giovanni Sio a vu son salaire de 150?000?francs en Valais multiplié par quatre, voire six en cas de bonne performance. Plus spectaculaire encore: passé l’an dernier de Grasshopper à Lorient, pourtant pas le plus riche des clubs français, le jeune espoir suisse Emeghara a décuplé son salaire annuel de 120?000 à 1,2 million de francs.

Un constat qui n’enlève rien à l’éternel optimisme de Michel Pont, entraîneur adjoint de la Nati: «Je tire mon chapeau à tous ces jeunes qui jouent avant tout par passion. Le foot, c’est Cristiano Ronaldo, mais c’est aussi Marazzi de Lausanne, Pizzinat de Servette, Baettig de Thoune.» (Le Matin)

Créé: 31.03.2012, 22h35


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