ACCUEIL 23.11.2014 Mis à jour à 19h36

Marta: «J’ai reçu un don de Dieu»

Football

Considérée comme la meilleure joueuse de football du monde, la Brésilienne et ses collègues de la Seleção préparent les JO en Valais. Samedi elles joueront à Châtel-Saint-Denis, mardi prochain à Savièse.

Par Jean-Claude Schertenleib. Mis à jour le 11.07.2012
?En préparation du tournoi olympique, Marta s’est généreusement prêtée au jeu de l’interview privée et de la séance photos.

?En préparation du tournoi olympique, Marta s’est généreusement prêtée au jeu de l’interview privée et de la séance photos.
Image: Isabelle Favre

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Quand vous avez découvert les montagnes valaisannes, vous avez immédiatement pensé à Dieu. Pourquoi?

J’ai dit à mes camarades: regardez, les filles, ici, en altitude, on est plus proche de Dieu. Il verra beaucoup mieux ce que nous allons faire pendant ce camp d’entraînement.

C’est si important?

C’est très important. Je suis catholique pratiquante. J’ai lancé ce qui peut ressembler à une boutade, mais je le pense vraiment. Pour tout et pour rien, on s’adresse à Dieu, mais on doit aussi lui rendre quelque chose. Il m’a donné un don, d’accord, mais, si je n’en fais rien de bon, à quoi cela sert de vivre?

Donc un don sans travail, c’est du gâchis?

Assurément. On ne peut pas attendre que les choses arrivent comme cela, sans les provoquer. Pour obtenir des résultats, il faut faire toujours plus, toujours mieux.

Vous êtes née dans une petite ville d’Alagoas, l’Etat le plus pauvre du Brésil. Dans votre philosophie de vie, quel est le poids des années difficiles de votre enfance?

Il est certain que cette inspiration, cette volonté de toujours vouloir plus vient de cette enfance rude. Ma famille était pauvre, et on me faisait tellement de difficultés parce que j’étais une fille et que je voulais jouer au football, j’ai très rapidement appris à me battre.

On raconte ainsi qu’à un tournoi l’entraîneur d’une équipe adverse avait exigé que l’on descende votre culotte pour s’assurer que vous n’étiez pas un garçon. C’est vrai ou cela fait partie de la légende de Marta?

Ce n’est pas tout à fait exact. Je participais régulièrement à un tournoi de football en salle, réservé à des équipes féminines. Et l’entraîneur d’une équipe que nous battions chaque année a voulu que je quitte l’équipe, parce qu’il ne» »croyait pas possible qu’une jeune fille puisse être aussi forte. C’est tout.

A 14?ans, vous quittez votre famille pour Rio. Pour le football, bien sûr?

Oui. La petite maison, la grande famille, les copains, j’ai tout laissé, et je suis montée dans un bus, direction Rio de Janeiro. Trois jours de voyage.

Le choc a dû être terrible?

Je découvrais tout à coup des choses que je n’avais jamais vues. Tout était nouveau. Soudainement, la grande carte de géographie qui était accrochée sur l’un des murs de mon école devenait une réalité, avec les frontières des différents Etats que je traversais. J’ai beaucoup apprécié ce moment, un peu moins la suite.

Parce qu’à Rio les choses étaient très différentes?

C’est certain. J’étais la petite fille qui débarquait de l’arrière-pays, je n’avais plus de repères, pas encore d’amis. Là, j’ai beaucoup pleuré.

Cette jeune fille qui pleurait est aujourd’hui une icône du sport brésilien. Dans le monde machiste du football, cela doit être une sacrée revanche, non?

Ce qui est gratifiant, c’est d’avoir la sensation d’aider au développement du football féminin, qui en a beaucoup besoin dans notre pays. Nous avons maintenant un championnat national, il y a aussi des compétitions dans les différents Etats, mais notre sport n’a pas encore la considération qu’il mérite. Notre rôle, et pas seulement celui de Marta, mais bien de toutes les joueuses de l’équipe nationale, c’est de montrer que nous pouvons gagner. Déjà les Jeux olympiques de Londres.

La victoire est obligatoire?

Deuxième, au Brésil, ce n’est pas suffisant. En Suède, où je joue en club, mes collègues me disent: «Mais tu as déjà gagné deux fois l’argent, c’est bien.» Pour moi, l’argent, cela ne veut rien dire; l’argent, cela signifie que nous sommes arrivées deux fois en finale et que nous avons perdu le match.

Le tournoi olympique est plus important que la Coupe du monde? Les deux principales compétitions internationales ont le même poids. Et nous devons gagner!

Parce qu’après Londres il y aura Rio en 2016?

Je mentirais si je disais que je n’y pense pas un tout petit peu, bien sûr. Serai-je encore, physiquement, en état de défendre les couleurs de la Seleção? Impossible de le dire aujourd’hui. Donc priorité sur Londres.

Un journaliste nord-américain a écrit un jour que vous étiez le «Pelé en jupon». Comment avez-vous réagi?

Je préfère être Marta. Mais, à mon âge, être comparée à un homme qui a fait l’histoire, qui a marqué plus de 1000 buts, c’est quelque chose.

Vous êtes féministe?

Je suis engagée comme ambassadrice de l’ONU pour les droits de la femme et contre la pauvreté. Une fois encore, pour moi, ces deux problèmes font partie de ma vie, de mon histoire. C’est donc naturel de défendre ces causes.

Un mot revient en permanence dans le discours des Brésiliens et des Brésiliennes qui vivent loin du pays, «a saudade», l’ennui, le blues. Vous qui vivez depuis des années à l’étranger, vous souffrez de cela?

Bien sûr. La semaine dernière, j’ai rejoint le Brésil depuis la Suède le jeudi soir. Quand je suis arrivée au pays, j’étais fatiguée, mais tellement contente. Je retrouvais des sensations ancrées au plus profond de mon être. J’étais bien, tout simplement. Après les Jeux de Londres, vous allez repartir au pays, ou retrouver immédiatement votre club, en Suède?

Normalement, je dois rentrer à Tyresö. Mais le programme pourrait changer si nous avons une médaille d’or autour du cou. L’or, ramener l’or au Brésil, ce serait un moment unique!

Pourquoi, après les Etats-Unis, avoir choisi la Suède?

Parce que j’y avais de très bons souvenirs depuis mes cinq saisons passées à Umea, mais aussi parce qu’en Suède il y a un championnat très relevé, des équipes avec des structures solides. Le football féminin y est beaucoup plus important qu’il ne l’est dans mon pays.

Mais il y fait froid.

On s’habitue. Vous savez que je me suis mise un peu au ski? Les virages, ce n’est pas brillant, mais tout droit, ça va.

Et quand la «saudade» revient, on trouve un restaurant brésilien pour aller manger la cuisine typique du pays?

C’était le cas à Los Angeles et à San Francisco, ça ne l’est pas en Suède. Alors, quand j’ai envie de retrouver mes racines, c’est moi qui invite et qui me mets aux fourneaux.

Si je vous invite, que préférez-vous, un repas gastronomique ou une bonne «feijoada» (plat typique, à base de haricots noirs) faite comme à la maison?

Devinez! Mais non, il n’y a même pas de suspense: la feijoada!

(Le Matin)

Créé: 11.07.2012, 22h24

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