Didier Cuche: «Je prends mon palmarès avec fierté et bonheur»
Ski alpin
—Par Gaelle Cajeux. Mis à jour le 23.02.2012 4 Commentaires
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Le cirque blanc est de retour à Crans-Montana, lieu du triomphe suisse de 1987. Qui était alors Didier Cuche?
J’avais 13 ans, je disputais les courses OJ, les épreuves inter-region. C’était le début des déplacements en équipe. De bons souvenirs, l'ambiance dans les dortoirs… et cette envie d’aller vite à ski.
Vous n’aviez déjà que le ski en tête?
Non, mais c’était mon loisir, le sport dans lequel je m’éclatais et c’est clair que j’ai eu très jeune l’esprit compétitif, combatif. L’envie d’aller plus vite que tout le monde était bien présente. Je me souviens avoir réussi mes seuls podiums lors de ma dernière année OJ, aux Championnats suisses ouest. J’avais terminé deuxième en slalom, à une seconde et demie de Jörg Roten (ndlr: aujourd’hui entraîneur) et je crois 2 centièmes derrière Vincent Monnet en géant. Ces résultats sont arrivés au bon moment, c’est grâce à cela que j’ai pu gravir l’échelon supérieur.
Vous rêviez-vous alors champion?
Parfois, sur la neige, on s’y croyait. Mais ça remonte à trop loin pour que j’arrive à dire si j’en rêvais vraiment. Je n’étais pas fan d’un skieur. Moi je décollais les étiquettes des bouteilles de Rivella au restaurant de mes parents et j’envoyais tout ça à Swiss Ski pour recevoir des bonnets, des bandeaux, des posters signés. C’est l’ensemble qui me fascinait.
Onze ans plus tard, vous décrochez votre première victoire de Coupe du monde à Kitzbühel, une médaille olympique à Nagano, et la 2e place de la descente lors des finales à… Crans-Montana.
1998 fut la saison du déclic. Après ma première victoire, je commençais à être régulier dans le top 10 et ça paraissait tout à coup plus facile de faire des top 10 que d’y entrer la première fois. C’est la preuve que le succès te met dans un état d’esprit plus décontracté, plus léger, tu skies en te donnant à fond, sans réfléchir, ça se fait naturellement.
Un état comparable à ce que vous vivez depuis quelques années?
Oui, depuis que ça a bien redémarré après la blessure, après le changement de skis, c’est un peu ça. Maintenant je pense que Beat (Feuz) vit cela, dans une dimension encore supérieure à ce que j’ai vécu lors de la saison de mes premières victoires. Lui avec une constance impressionnante. (Jörg Roten vient le saluer. Didier: «Félicitations pour ta victoire en 1987.» Jörg: «Quoi? J’ai gagné? Oui, mais maintenant tu es le champion et moi le champignon.» Ils éclatent de rire.)
2012, vous revenez sur le Haut-Plateau en champion justement. Héros national, emblème du ski international. Cela donne le vertige?
Je vis mon truc à fond, donc j’en suis un peu moins conscient. Je n’ai encore pas le recul pour comprendre le regard que les autres athlètes ou le public peuvent avoir. Je suis heureux de sentir que je suis apprécié. Mais je ne m’arrête pas forcément au jugement des gens. Les choses sont comme elles sont, je suis resté fidèle à moi-même, donc je ne me pose pas trop de questions.
Des regrets au cours de votre carrière à l’incroyable longévité?
Non, je prends tout, même les mauvais moments, même les blessures. Ce qui serait bien, dans certains domaines, serait de pouvoir recommencer à 20 ans avec l’expérience de maintenant. Entre autre pour les relations avec les médias. De même sur le plan sportif, par rapport au matériel, aux réglages. Ce serait beau d’arriver en ayant tout compris à 20 ans...
Mais cela aurait moins de saveur...
Peut-être oui. C’est sûr que le fait de passer par des hauts et des bas te permet d’apprécier beaucoup plus lorsque ça retourne dans le bon sens. Après, ce sont quand même des moments - les blessures, quand tu es dans le dur, le doute - dont on se passerait. Et je dois dire qu’on s’habitue presque trop vite quand ça va bien. Quand il y a une série de succès, on a cette impression que tout est facile, qu’on a tout compris. Et dès qu’il y a deux-trois courses où ça se passe moins bien, où la crispation s’en mêle, on se livre moins pleinement. Après, pour retrouver tout ce qu’il faut mettre en place pour gagner, être à nouveau dans un état d’esprit décontracté, c’est dur. Enfin, je touche au bout de ma carrière en ayant atteint pas mal de mes objectifs, alors je ne suis pas frustré, je savoure tout ce qui arrive.
Vous reste-t-il des rêves?
Sportivement, bien sûr que ça aurait été le rêve de gagner l’or olympique. Mais j’ai l’argent et cela est tout sauf une déception. Il faut être gourmand, mais ne pas exagérer non plus. Les gens qui ont tout gagné sont super rares et moi je suis super heureux avec ce que j’ai. A 13-14 ans, si quelqu’un m’avait dit «Tu feras 65 podiums», j’aurai répondu «Tu es malade toi». Donc je prends mon palmarès avec fierté et bonheur. Et pour l’après-ski, j’espère trouver ma place dans la société.
Que ressentez-vous à l’idée de disputer vos dernières courses de Coupe du monde en Suisse?
Si je veux être performant, je me dois de laisser un peu l’aspect émotionnel de côté. J’en prendrais conscience après les courses. Avant, je vais m’efforcer de rester le plus calme possible. Ici à Crans, les gens seront certainement très demandeurs pour faire des photos, des autographes, mais ce sera impossible de contenter tout le monde. Et j’espère qu’ils le comprendront. (Le Matin)
Créé: 23.02.2012, 09h02
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4 Commentaires
Didier tu es immense, quel beau champion tu es devenu à tous niveau.Nous (CH) garderons de toi que de bons souvenirs.Je te souhaite une très bonne fin de saison et que ton futur auprès des jeunes espoirs.J'espère tu trouveras le temps pour te marier et que ta chère moitié mette au monde un où + nouv. champion.Bonne suite cher Didier dans la FS de ski, qui d'autre que toi pourrait apporter ...... Répondre
Pendant ce temps là, nous on paie nos pv... Répondre


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